‹ Correspondance générale (volume 3)Chapitre 104 sur 161 · Archives de Polignac · texte numérisé non relu

Archives de Polignac

Aujourd'hui, nous n'en aurions pas une. Fiez-vous à ma prudence. Le M[arqu]is de Rivière pourra facilement venir passer quelques jours avec vous.

J'ai assemblé le Conseil pour examiner vos dépêches sur les pêcheries. Il a paru que vous étiez dans la bonne route, maison a pensé avec raison qu'on ne pouvait pas aller si vite et je vous dis pourquoi dans ma dépêche officielle. Nous prendrons aussi en considération vos observations sur le droit de tonnage. Je vous ai mandé que nous avions enfin l'amnistie pour l'Espagne. Cela couronne notre ouvrage et c'est une importante nouvelle. M. Paëz part enfin pour Londres. 11 est venu me voir, nous avons causé. Je vous le recommande. 11 doit être autant que vous le pourrez sous votre protection et dans votre dépendance. Tâchez qu'il ne traite pas secrètement avec M . Canning de quelque arrangement préjudiciable à la France. Les Espagnols sont sujets à ces négociations niystérieuses ; ils sont de plus ingrats et ils manquent d'argent; deux grands sujets de défiance pour nous. L'estafette qui arrivera ce soir de Madrid m'apportera la réponse du ministère espagnol à M. Canning. Je crois que l'Espagne refuse de traiter pour le Mexique sur la base de l'indépendance et qu'elle demande positivement la médiation de l'Angleterre et de toutes les puissances. C'est le moment d'insister auprès de M. Canning sur cette médiation.

Rapprochez-vous de vos collègues et surtout de M. Liéven qui se plaint toujours de votre froideur. Parlez tous à la fois de la médiation demandée par l'Espagne. Dites à M. Canning qu'elle ne l'oblige à rien, ni nous non plus ; qu'elle mettra même l'Angleterre et nous plus à même de prendre le parti qui nous paraîtra le plus convenable. Laissez entendre que si le lieu de la négociation (Paris) était désagréable à l'Angleterre, on pourrait le transporter ailleurs, dans quelque ville neutre d'Allemagne. Saisissez bien le moment, Noble Prince.

Je n'ai jamais tout à fait désespéré de cette affaire, parce que la résistance passive de l'Espagne et du Continent avec l'Espagne

contre l'indépendance complète des Amériques Espagnoles doit embarrasser beaucoup TAngleterre. Vous savez que M. Canning pour eng-ager l'Espagne à reconnaître rindépendance du Mexique lui promettait de lui garantir la possession de Cuba et de Porto- Ricco.

Je vous prie. Noble Prince, de donner pour moi à la Société poxir le soulagement des gens de lettres 40 livres sterlings. Vous tirerez une égale somme sur moi.

Tout à vous Noble Prince,

Chateaubriand. '

i4:W 13 mai 1824.

Au prince de Polignac.

Paris, le 13 mai 1824.

Mes dépêches aujourd'hui, Noble Prince, sont extrêmement intéressantes. La réponse de M. Ofalia à la note anglaise est foudroyante par les faits; aussi Talaru me mande-t-il que Sir William A'Court demeura stupéfait quand M. Ofalia lui présenta la Gazelle de Mexico mentionnée dans la note; il y avait de quoi, car M. Wair a quitté Mexico le lendemain même du jour où lui et ses collègues avaient demandé leurs passeports pour se retirer, de sorte que toute la note anglaise qui porte sur l'état prospère du Mexique et sur son aptitude à recevoir son indépendance est une insigne fausseté et cette fausseté était connue de M. Canning. Reste à savoir comment celui-ci va prendre la chose. Il est probable qu'il s'irritera comme il arrive toujours quand on a tort et quand on vous prend Ih. main dans le sac. Si, au contraire, il était raisonnable, ne négligez rien pour l'amener à entrer dans la médiation. C'est le moment de redoubler d'efforts auprès de

1 . Publié incomplètement par Chateaubriand dans le Congrès de Vérone. — Vérifié par nous sur l'original autographe appartenant à la famille de Polignac.

lui avec vos collègues . Représentez-lui bien que cette médiatiou ne l'engage k rien du tout, pas plus que la France qui ne veut pas non plus prendre d'engagement, mais qu'elle le met au contraire à même d'agir plus librement ensuite, si l'Espagne n'est pas raisonnable. Faites-lui entendre que si Paris lui déplaisait comme lieu de négociation, nous n'y tiendrions pas et que Ton pourrait choisir une petite ville neutre sur le Rhin. Il faut prévenir une chose. SirWillian A'Gourt mandera qu'il a été étonné d'apprendre que la France ait accepté la médiation, comme le dit M. Ofalia dans sa note. Nous ferons remarquer à M. Ganning, que c'est la France elle-même qui a toujours demandé la médiation des cinq puissances (la Russie, l'Autriche, la Prusse, l'Angleterre, la France) comme le meilleur moyen d'arranger l'affaire des Colonies ; ainsi que la France a dû accepter l'offre de cette médiation, mais qu'elle a toujours entendu que l'Angleterre entrerait dans cette médiation, sans quoi il lui semblerait que la médiation des quatre puissances continental.es serait inutile. Pour ne rien dire de plus, vous savez que j'ai signifié ici aux ambassadeurs dans une conférence, et à nos ambassadeurs sur le continent, qu'iuie conférence ad hoc sur les Colonies, dont l'Angleterre ne ferait pas partie, perdrait ces Colonies au lieu de les sauver. Il vous sera facile d'expliquer le fait ainsi à M. Canning, s'il vous en parle, car s'il ne vous en dit rien, contentez-vous de le presser d'entrer dans la médiation. Faites-lui remarquer que la note espagnole propose de faire garantir par toutes les puissances la liberté du commerce accordée par le décret de Ferdinand. Demandez à M. Canning si les intérêts de l'Angleterre ne se trouveraient pas beaucoup mieux, de voir établir au Mexique et au Pérou des espèces d'assemblées provinciales entièrement composées de colons^ mais administrant seulement le pays au nom du Roi d'Espagne et laissant le commerce libre à tous les peuples du monde, que de voir dans ces mêmes pays des Républiques anarchiques qui, bientôt liées de principes démocratiques et d'intérêts avec les Etats-Unis, deviendraient les ennemis de

l'Angleterre ? Si M. Canning n'était pas aveuglé par les passions et engagé par ce qu'il a dit dans les Chambres, je ne conçois pas comment il pourrait hésiter un moment. Si nous pouvions, vous etmoi, noble Prince, engager l'Angleterre à entrer dans la médiation, nous aurions rendu aux monarchies européennes un des plus grands services qu'il soit possible de leur rendre dans ce moment.

Tout à vous, noble Prince. ^

iiSi 17 mai 1824.

Au Prince de Polignac.

Paris, le 17 mai 1824.

Je suis, je vous assure, désolé. Noble Prince^ d'être toujours obligé de vous répondre par un refus. La lettre que m'apporte M. Boitel ne m'a pas converti : la loi sur la réduction de la rente n'est pas passée ; elle ne le sera pas avant quinze jours, et quoique vous en puissiez dire, il n'est bon ni pour vous, ni pour moi, que vous reveniez pendant qu'on la discute. Vos affaires augmentent aussi à Londres. Voilà la grande affaire des colonies remise sur le tapis par la réponse de l'Espagne, et voici une terrible affaire en Portugal. Il importe que vous cherchiez à découvrir quelle part l'Angleterre a eu dans cet événement. A-t-elle ou non favorisé l'entreprise de l'Infant Don Miguel ? A-t-elle voulu arrêter l'expédition au Brésil ? Gomment arrive-t-il, si cela est, qu'elle soutienne le parti du Prince qui est lié par des Ultras^ contre ses propres principes qui doivent l'attacher au parti constitutionnel ? Hyde [de Neuville] se plaint beaucoup du maréchal Béresfort, avec lequel j'ai su par une autre voie qu'il a eu une vive altercation.

Je reçois votre lettre du 14. J'ai vu Monsieur, il pense comme

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