‹ Correspondance générale (volume 3)Chapitre 116 sur 161 · Original autographe. — Communication de M™« Petit · texte numérisé non relu

Original autographe. — Communication de M™« Petit

/55* 13 septembre 1800.

A Joubert.

Constanlinople, le i3 septembre 1806.

Me voilà au milieu de ma course, mon très cher ami, ayant vu la Grèce et partant pour la Syrie. Puisque je suis venu jusqu'ici, il faut aller à Jérusalem. Je suis cependant très fatigué, très ennuyé de voyager.^ J'ai été malade dans un bourg de l'Attique, car vous saurez que le hasard a rendu mon passage en Grèce plus complet. J'ai traversé tout le Péloponèse depuis Sparte jusqu'à Corinthe.- J'ai écrit plusieurs fois sur la route, mais je crains bien que mes lettres ne soient pas parvenues en France. Les capitaines craignent de s'en charger à cause de la guerre et les jettent à la mer aussitôt qu'ils aperçoivent un vaisseau. 11 faut au reste, mon cher ami, perdre votre commencement d'amour pour les Turcs. Ce sont des barbares bien pis que les Hurons et les Iroquois, je n'entrerai dans aucun détail ; nous causerons de cela en hiver.

Vous jugez dans quel tourment je suis de n'avoir des nouvelles de personne et d'être encore condamné pendant des mois à cet état d'ignorance. Je voudrais savoir ce que fait et ce que dit la

1. On retrouve ici le trait noté par Julien, de la hâte qui talonna, dans tout ce voyage, Chateaubriand. Ce trait a été noté aussi par Fauvel (Hogu, Documents sur le séjour à Athènes de Chateaubriand dans la Revue littéraire de la France, 1913, t. XIX, pp. 632-633). [Note de M. Pitollet.]

2. D'après V Itinéraire, il partit de Corinthe pour Mégare le 20 août 1806 (1" éd., I, p. 144), et de Mégare pour Athènes le 21, par terre. Il serait arrivé le 23 au matin à Athènes (p. 165). Mais les documents publiés par M. C. Hogu établiraient qu'il y arriva le 19. Cela n'a pas grande importance. Chateaubriand étant mauvais chronologiste comme en témoignent les diverses éditions de V Itinéraire. En tout cas, il est désormais établi — M. A. Aulard en doutant {les Illusions grecques de Chateaubriand, dans la lievue du l»'" octobre 1910 [t. LXXXVIII], pp. 31 seq.) — que Chateaubriand est bien allé à Corinthe. Quel intérêt, en effet, l'eût poussé à mentir dans une correspondance comme celle-ci ? — [Note de M. Pitollet.]

Chatte*, si elle est un peu raisonnable, si elle habite Villeneuve avec vous, si elle a reçu mes lettres. J'ai promis d'être dans un port d'Europe au mois de novembre et selon toutes les apparences j'y serai à cette époque — il y a cependant telle chance contraire qui peut me retenir un mois déplus en mer et je voudrais sur tout qu'on s'arrangeât pour cette idée.

Au fait, mon cher ami, tout ne sera-t-il pas à merveille si je suis à Paris à Noël ayant vu la Grèce et la Judée, complété ainsi le cercle de mes voyages et de mes études et n'ayant plus rien à faire dans ce monde qu'à vivre tranquillement au milieu de vous? Je n'aspire plus qu'à une vie reposée consacrée à l'amitié et à l'étude. Quand il me prendrait envie de courir le monde, où iraisje pour voir quelque chose de nouveau pour moi.

Que de questions j'aurais à vous faire ! Mais elles seraient inutiles puisque vous ne pourriez pas m'y répondre. Je voudrais vous parler de Fontanes, de Mole, de mon jeune imitateur de Tours^, de vous. Je n'arriverai qu'en tremblant dans un lieuoùje pourrai recevoir de vos nouvelles. Je craindrai d'apprendre quelque malheur. Quatre ou cinq mois sont une telle portion de la vie humaine que Ton peut s'attendre à tout et être frappé de tous les maux dans ce court espace de temps. Je n'avais guère été plus long temps absent de notre amie lorsqu'elle est venue mourir auprès de moi. Mon cher ami, voilà la dernière lettre que vous recevrez de moi jusqu'à mon retour. Mille tendresses au loup, mille choses à toute la famille. J'écris par le même courrier à la Chatte.

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