‹ Correspondance générale (volume 3)Chapitre 16 sur 161 · Congrès de Vérone : « par ma lettre confidentielle · texte numérisé non relu

Congrès de Vérone : « par ma lettre confidentielle

il * ne peut jamais être question de l'ambassadeur d'Angleterre ici. Vous déclarerez formellement surtout à M. Ganning que nous ne prétendons agir contre les colonies espagnoles à main armée d'aucune façon.

Tout à vous, noble Prince.

Chateaubriand.

Je vous prie de ménager une autre fois vos frais de service. L'impatience de M. Canning vous a fait m'envoyer un attaché dont il faudra payer le voyage. Notre courrier ordinaire aurait suffi ; car si l'urgence était pour le ministre anglais, elle n'existait pas pour nous.

Je vous écris sur les deux dépêches télégraphiques Les Révolutionnaires ont gagné 24 heures à ce jeu, mais ils n'échapperont pas, j'espère, à nos soldats. Sir W[illiam] A'Gourt nous a fait prévenir qu'Achille Murât était à Gibraltar déguisé et qu'on allait lui donner ordre de se retirer. -

1^287 '7 octobre 1823.

* Au marquis de Talaru.

Paris, le 7 octobre 1823.

Je ne sais plus, mon cher ami, comment vous allez vous tirer de ce galimatias ; tout Madrid est décampé sur la première nouvelle, et la conférence va vous rejoindre au Port Sainte-Marie. Je vous recommande très-sérieusement une chose, c'est de dissimuler votre chagrin et celui de Monseigneur. C'est surtout la Russie qu'il faut ménager, car l'Autriche et l'Angleterre font tout ce qu'elles peuvent pour la détacher de nous. L'empereur est mobile^

1. Les quinze derniers mots sont seulement dans le Congrès de Vérone.

2. Le Congrès de Vérone donne la lettre, sauf les deux paragraphes du post-scriptum, et sous la date du 5 octobre 1823. Vérifié sur l'orig-inal. Archives de la famille de Polignac.

Correspondance de Chateaubriand, T. V. 3

il a eu un commencement d'humeur, que j'ai seul apaisée. Songez où nous en serions avec l'Europe contre nous ou malveillante, si les affaires se compliquaient ou se prolongeaient ; si, par exemple, les révolutionnaires emmenaient le roi en Amérique ; si l'Espagne, conséquemment, nous restait sur les bras. N'est-il pas clair que dans ce cas l'Europe interviendrait si elle était mal disposée ? Croyez-vous que l'Autriche souiMrait notre occupation militaire indéfinie ? que l'Angleterre ne mettrait pas en avant les droits de la reine de Portugal ? etc. Voilà déjà une complication inattendue. Les Gortès ont reconnu, an nom de Ferdinand, l'indépendance de la république de Buenos-Ayres. Vous sentez que Ganning, qui nous fait demander d'entrer en négociation sur les colonies espagnoles, savait cela, et se préparait par là à reconnaître l'indépendance de ces colonies, qu'il nous dira avoir été reconnue par le roi légitime. Vous voyez quelle source de querelles et d'événements dans tout cela. Encore une fois, mon cher ami, prêchez la patience au prince ; montrez-lui tous les dangers de la politique ; ces petits diplomates sont odieux, mais c'est une nécessité absolue de les bien traiter, de les souffrir, de supporter l'ennui et la fatigue des conférences, de temporiser, de dévorer les insolences et les inutilités jusqu'au grand événement. Il nous faut l'alliance pour nous défendre contre l'Angleterre, et dans cette alliance il nous faut la Russie. N'oubliez jamais cela.

Nous en sommes toujours aux nouvelles du 28, car nous n'avons pas encore reçu ce matin l'estafette du 29. La lettre de Ferdinand porte, selon moi, tous les caractères de la fausseté, ne fûtce que par sa franchise et son exagération. Il me semble que toute cette scène des drapeaux blancs était imaginée pour empêcher la descente dans l'île de Léon, obtenir un armistice, attendre le coup de vent de l'équinoxe et s'embarquer pendant ce coup de vent avec le roi. Si c'était là le piège, vous n'y aurez pas donné longtemps, puisque le 29 vous avez recommencé les hostilités ; mais c'est toujours vingt-quatre heures perdues, et dans

cette saison c'est un très grand malheur. Je reviens sur ce vaisseau LWsia : soyez sûr que la marine anglaise aurait bien trouvé le moyen de l'attaquer et de le brûler, jusque sous le canon de Cadix. Tant que ce vaisseau existera, il n'y aura pas de sûreté pour nous.

Je reçois votre lettre du 29. Le 7>05/-scW/)^«/?i explique la rupture des négociations. Monseigneur a écrit, de son côté, en envoyant la nouvelle lettre du roi et les conditions de l'armistice. Ces conditions étaient ridicules, mais on les avait faites fortes pour en céder vraisemblablement une partie. S'il ne s'agissait que de laisser Cadix seul, pendant un mois, aux Cortès pour s'embarquer, je n'y verrais pas un grand inconvénient. Occupons l'île de Léon, et notre affaire sera bien près de son terme ; surtout brûlons L'Asia, notre véritable danger est là. Je suis bien aise que toutes mes conjectures soient fausses. Nous sommes sans dépêches télégraphiques, ainsi rien de nouveau n'avait eu lieu jusqu'au 1", et même jusqu'au 2, à moins que le mauvais temps n'ait intercepté la dépêche : il pleut, et le l*^"" nous avons eu un coup de vent. ^

J'2SS 7 octobre [1823].

A Madame Récamier.

Paris, 7 octobre.

Si le conseil finit de bonne heure, je vous verrai un moment. Je veux vous dire ce matin une chose qui me blesse. M. de Broglie, ou M"^*^ de Broglie, a écrit à Paris que j'avais demandé l'expulsion de M. Comte de la Suisse et que c'était une vengeance du Conservateur sur le Censeur. C'est bien mal me connaître : je ne suis pas persécuteur de mon métier, et j'aime plus la liberté que ceux qui s'en font les champions exclusifs. J'ignorais même

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