Congrès de Vérone
2. Catalogue Charon 1844. — L'Amateur d'autographes, 1864, p. 60.
Correspondance de Chateaubriand, T. V, 6
n'ayez passé trop vite à Turin et à Florence, où je vous ai ég-alement écrit, pour avoir le temps de voir que vous n'étiez pas oubliée. J'espère que mes premières lettres vous rejoindront à Rome avec celle-ci.
Depuis votre départ, mon travail s'est accru, et je n'ai trouvé que dans cette ennuyeuse occupation une triste distraction à votre absence. Je n'ai pas passé une seule fois auprès de l'Abbaye : j'attends votre retour. Je suis devenu poltron contre la peine : je suis trop vieux et j'ai trop souffert. Je dispute misérablement au chag-rin quelques années qui me restent ; ce vieux lambeau de ma vie ne vaut guère le soin que je prends de lui. Vous êtes à Rome, à Rome que j'aimais tant et où j'aurais voulu vivre. M'y plairais-je encore ? Dites-moi bien ce que vous y aurez éprouvé. Ce que vous sentirez, je l'aurais senti. Gomme pour vous, Rome aurait perdu ou gardé pour moi son intérêt et son charme. Il est malheureux de si bien s'entendre et d'être séparés par cinq cents lieues.
Le temps marche, mais pas assez vite. Je compte comme si j'avais vingt ans, les jours pour les franchir. Quand je trouve le bon duc de Doudeauville, je lui parle à l'instant de vous. C'est la seule personne que je voie qui vous connaisse, car je ne rencontre jamais Mathieu. Je n'avais pas un grand penchant pour le duc de Doudeauville ; mais il parle de vous si bien et avec une telle effusion de cœur que vous me l'avez fait aimer.
J'ai reçu votre billet de Ghambéry. Il m'a fait une cruelle peine. Le Monsieur m'a glacé. Vous reconnaîtrez que je ne l'ai pas mérité.
Pour jamais à vous.
J'écrirai régulièrement, souvent deux fois, mais toujours une fois par semaine à Rome. ^