‹ Correspondance générale (volume 3)Chapitre 42 sur 161 · Souvenirs... Récamler, t. II, p · texte numérisé non relu

Souvenirs... Récamler, t. II, p

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i3'23 l'"^ décembre 1823.

Au prince de Polignac.

Paris, l^'- décembre 1823.

Prince, j'ai reçu vos lettres du 28 du mois dernier. La conversation que vous avez eue avec M. Canning au sujet des affaires de la Grèce n'a pas encore dissipé toute incertitude sur les vues de TAngleterre. ^'ous comprenez sans doute toute l'importance que nous devons mettre à connaître ses véritables dispositions dans une question d'une telle gravité, et sur laquelle nous sommes appelés à donner des instructions à notre ambassadeur à Saint-Pétersbourg-.

Il est extraordinaire que M. Canning vous dise qu'il n'a pas d'idées arrêtées sur cette grande affaire, car c'est lui qui, en arrivant au ministère, a fait modifier la conduite que l'Angleterre avait tenue jusque là à l'égard des Grecs. Vous n'ignorez pas que, dans les premiers temps de l'insurrection, cette puissance s'était montrée extrêmement sévère pour eux ; ce n'était pas sans doute par zèle pour la légitimité ni par horreur pour l'insurrection ; c'est probablement qu'elle voyait dans la destruction de la marine grecque l'anéantissement du commerce le plus actif et le plus prospère de la Méditerranée. Cependant, après la dispersion de l'armée turque qui avait, l'année dernière, envahi la Morée, la conduite des Anglais a totalement changé ; des communications nombreuses et quelquefois mystérieuses ont eu lieu entre le gouvernement des Sept Isles et les chefs grecs. La flotte anglaise a fréquemment relâché dans les ports de la Morée ou des Isles. D'ailleurs, le langage de M. Baggot, à Pétersbourg, est bien plus prononcé que celui de M. Garining. Il a dit très positivement, pendant l'entrevue de Gzernovitz, que l'Angleterre était désormais sûre d'empêcher les Russes de mettre le pied sur les côtes de la Méditerranée. Il y a aussi quelque chose de très remarquable dans le silence que le gouvernement anglais a gardé

à l'occasion de cette entrevue de Czernovitz, de laquelle pouvait cependant résulter une guerre dont les suites étaient incalculables. Avant cette entrevue, M. Ganning avait donné l'ordre à Lord Strangford ^ de tenir un langage menaçant au Divan, langage si différent de celui que cet ambassadeur avait tenu jusquelà.

De tout ce que je viens de vous dire il résulte, ce me semble, que M. Ganning s'occupe de l'affaire d'Orient plus qu'il ne le prétend, et qu'il ne cherche pas à agir de concert avec la France. G'est une raison de plus pour que vous vous efforciez d'acquérir de nouvelles lumières sur ce qui se passe à cet égard entre la Russie, l'Autriche et la Grande-Bretagne. Je crois vous avoir engagé à en chercher auprès de vos collègues. Je ne doute pas que, dans de nouvelles conversations avec M. Ganning, il ne s'ouvre un peu davantage avec vous.

Je dois vous engager. Prince, à user rarement de la facilité que pourrait vous fournir ma correspondance pour donner au gouvernement anglais des explications qu'il ne réclame pas. Il y a toujours plus d'inconvénients à en craindre que d'avantages à en tirer, car votre gouvernement ne peut se regarder comme engagé par une explication qui ne lui a pas été demandée et que luimême n'a pas eu l'intention de donner. Les informations que je vous transmets sont seulement destinées à vous guider dans les réponses que vous pouvez avoir à donner comme de vous, au gouvernement près duquel vous résidez.

Agréez, Prince, la nouvelle assurance de ma haute considération.

Ghateaubriand. ^

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