Souvenirs... Récamier, t. II, p
Correspondance de Chateaubriand, T. V. 8
cause. Ensuite elle gagne encore à la médiation de connaître les desseins des alliés et surtout de la France, et de ne pas craindre des plans politiques et secrets, puisqu'elle sera instruite de tout- Elle sait d'ailleurs quelle est notre modération sur ce sujet. Nous j)ensons que des monarchies tempérées établies en Amérique, plus ou moins liées à la Mère-Patrie, seraient un très bon résultat et pour l'Angleterre et pour nous.
M. Ganning ne peut pas avoir plus d'envie que moi défavoriser les insurrections militaires, la souveraineté du peuple, et toutes les belles choses que nous dit M. Monroë sur les gouvernements de fait. Il a donc un intérêt visible à entrer dans tout plan modéré qui, en favorisant les intérêts commerciaux de l'Angleterre, n'attaque pas les institutions politiques de son pays. Une alliance avec une monarchie constitutionnelle telle que la nôtre sera toujours plus utile à la Grande-Bretagne qu'une alliance avec une république démagogique, telle que les Etats-Unis.
Ainsi, noble Prince, vous aurez d'abord pour but d'amener l'Angleterre à entrer comme partie dans la médiation qui va s'ouvrir à Paris ; ou, si Sir Gharles Stuart n'était pas autorisé à signer des protocoles et des actes, du moins qu'il le fût à assister aux conférences. Sa seule présence nous serait fort utile, car elle n'annoncerait pas une division entre les alliés, et elle nous servirait à nous-mêmes d'appui contre les théories absolues de l'Autriche et peut-être de la Russie qui toutefois nous est si fidèle. Vous mettrez toute votre habileté à faire passer M. Ganning pardessus quelques expressions de la note. Vous lui ferez remarquer, qu'après tout, le principe est bon et n'engage à rien. Reste à savoir maintenant si vous devez parler le premier au Ministre ou s'il vaut mieux le voir venir; c'est à vous à juger cela. Peutêtre pourriez-vous vous contenter d'abord d'une conversation générale où, sans parler d'office, vous supposeriez le cas d'une note, d'ailleurs très probable, et où vous chercheriez à deviner si le Gabinet Britannique est disposé à entrer dans une médiation. Sir Gharles Stuart me paraît assez enclin à adopter ce parti,
— Ho —
mais il est si faux que je ne sais qui en croire. Je m'en rapporte à votre prudence : voilà une grande affaire entre vos mains.
Demain, je ferai partir mes dépêches comme de coutume et le courrier extraordinaire ne nuira pas à l'autre.
Tout à vous, noble Prince,
Chateaubriand.
P. S. Notre conduite pour cette note sera celle-ci : je vais répondre à Talaru que la note est un peu meilleure que la première ; que toutefois elle est encore si imparfaite que nous ne pourrions nous engager à accepter la médiation que dans le cas où Ferdinand publierait la liberté du commerce pour toutes les nations en Amérique, publication ou décret que nous lui demandons depuis longtemps. Si Ganning vous demande ce que nous comptons faire, vous lui direz que nous n'acceptons la demande en médiation qu'autant que la note sera réduite au point où elle nous paraîtra convenable pour tous les Cabinets. Vous direz d'ailleurs que vous ne connaissez pas la résolution finale de votre Cabinet. ^
iSn 5 janvier 1824.
Au prince de Polignac
Paris, le 5 janvier 1824.
N*' 1, confidentielle.
Prince, par votre dépêche confidentielle du 29 du mois dernier, vous me rendez compte d'une conversation que vous avez eue avec M. Canning au sujet des affaires des Grecs et vous exprimez le désir de connaître avec plus de développements les intentions de votre gouvernement à leur égard. Ces intentions ont toujours dû dépendre des circonstances et de l'action que chacune des puissances alliées cherchait à exercer dans cette