Congrès de Vérone
iSSS 17 février 1824.
A M. de Rayneval.
Paris, ce 17 février 1824.
Je suis bien aise, Monsieur, que le comte de Bernstorff soit en garde contre M. Royez. Dans ce moment même, il fait de belles histoires sur M. de Marcellus. Vous verrez tout cela expliqué dans ma lettre à M. de La Ferronnavs. Je ne saurais trop vous prier de faire envoyer M. Royez à son poste à Lisbonne. Il nous fait beaucoup de mal à Madrid, et ici à présent, après avoir été le panégyriste de M. de Talaru, il commence à tourner contre lui parce que M. de Talaru ne veut pas agir contre un ministère qui marche tant bien que mal au milieu de mille obstacles et qui vient de rendre sa position plus critique au milieu des passions espagnoles en faisant donner le décret sur la liberté du commerce en Amérique.
Vous voyez quel fond on peut faire sur la politique d'un homme toujours dans les extrêmes et suivant aveuglément un système.
Remerciez le Roi de ses nouvelles bontés ; s'il a quelque bienveillance pour moi, je lui suis dévoué comme un de ses plus fidèles sujets.
Vous saurez tout par ma lettre à M. de La Ferronnays et ma lettre officielle.
Mille compliments et amitiés.
Chateaubriand. *
1. Original autographe. Affaires étrangères. Prusse, 264, f° 82.
iS84 19 février 1824.
Au marquis de Talaru.
Paris, le 19 février 1824.
Ce que vous me mandez, dans vos dépêches n^ 29, sur l'amnistie, me fait craindre que M. Heredia n'ait succombé sous lesefîorts de ses ennemis. Vous vous étiez d'abord déclaré fortement contre ce ministre, mais depuis l'expérience vous avez sans doute appris qu'il pouvait être utile ; dans votre dépêche, vous vantez son habileté. Si vous en gardez toujours la même opinion, votre devoir est de le soutenir dans la position diflicile où il se trouve. Un ininistre qui a eu le courage de signer la reconnaissance des 34 millions, le décret sur la liberté du commerce, et qui veut publier l'amnistie, toutes choses impopulaires dans le malheureux pays où vous vivez, ne pourrait être abandonné sans une sorte d'ingratitude de la part delà France.
Reste à savoir, au milieu de toutes les intrigues, ce qu'il y a de vrai dans les frayeurs du roi et les discours de M. Heredia. Ne veulent-ils pas se créer un prétexte pour suspendre l'amnistie,. ou bien le parti du clergé qui veut renverser le ministère n'oppose-t-il pas un parti factice à cette mesure pour épouvanter S[aJ M[ajesté] G[atholique] * ? Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il est étrange qu'ayant une garnison assez nombreuse à Madrid, l'autorité militaire ait souffert des rassemblements sous les fenêtres du château. On sait combien la fermeté impose.
Dans tous les cas, vous ne devez jamais consentir à ce qu'on ne publie pas l'amnistie. Le roi et le prince généralissime regardent leur parole engagée, et S[a] M[ajesté] tient à en parler dans son discours à l'ouverture des chambres.
Je ne saurais trop diriger h présent votre attention vers l'emprunt. Les colonies espagnoles, surtout le Mexique, se créent à