‹ Correspondance générale (volume 3)Chapitre 82 sur 161 · Archives de la famille La Tour du Pin · texte numérisé non relu

Archives de la famille La Tour du Pin

veriiement français ; et vous avez désiré connaître les motifs qui avaient déterminé cet étranger à quitter le comté de Nice.

L'Ambassadeur de Sa Majesté à Turin vient de me transmettre des renseignements peu favorables sur cet individu. Il résulte de ces informations que le sieur Giniès, après avoir fait rses études de droit à Aix-en-Provence, et y avoir pris ses grades, vint exercer la profession d'avocat près le Tribunal de i ^^ instance alors établi à Puget-Théniers, sa patrie, et qu'il s'y fît -connaître pour un zélé partisan de la Révolution. A l'époque des -événements de 1814 et 1815, il figura parmi les principaux -auteurs des désordres commis dans cette dernière ville ; il s'exprimait hautement en faveur de Bonaparte et annonçait le retour •de l'ancien gouvernement. Il fît également partie du petit «ombre des habitants de Puget-Théniers qui, lors du débarquement de Bonaparte, arborèrent la cocarde tricolore. Cette con- -duite ayant appelé l'attention de la police sur le sieur Giniès et lui ^yant valu de sévères réprimandes de la part du gouvernement ■de Nice, il prit la résolution d'abandonner un pays où il ne pouvait plus donner cours à ses opinions sans s'exposer à être -arrêté, et il vint s'établir à Madrid.

Son père avait embrassé avec ardeur les principes de la révolution : mais il mène actuellement une vie tranquille et demeure -à Puget-Théniers, où il jouit de la modique fortune d'environ ^000 fr.

Ces renseignements ont été transmis à l'Ambassadeur de Sa Majesté à Turin par le Ministre des Affaires étrangères de Sardaigne, et je m'empresse. Monsieur le Comte, de vous en -donner connaissance.

Agréez les assurances de la haute considération avec laquelle j'ai l'honneur d'être,

Monsieur le Comte,

Votre très humble et très obéissant serviteur,

Chateaubriand. ^

i. La signature seule est autographe. — Bib. d'Aix, mss. 752, pièce 113,

iS88 ^" mars 1824.

A Sir Charles Stuart.

Paris, l'"'- mars 1824.

Monsieur,

J'ai reçu la lettre que Votre Excellence m'a fait l'honneur de m'écrire le 24 du mois dernier.

D'après les nouveaux renseignements qui me sont parvenus du Ministère de l'Intérieur, il paraît certain que les demoiselles Wilson n'ont été soumises qu'à des recherches en usage pour les sujets du Roi de France et pour tous les étrangers. A Douvres, des Françaises ont été souvent fouillées avec une inconvenance et une rigueur dont nous aurions pu nous plaindre, si nous ne savions que la courtoisie et la politesse ne peuvent pas aller jusqu'à laisser frauder les droits d'un royaume ou exposer la sûreté d'un état.

Il n'aurait pas d'ailleurs été étonnant, Monsieur, que la police, d'après les avertissements qu'elle avait reçus, eût pu craindre que les filles de Sir Robert Wilson étaient chargées de quelque correspondance suspecte. L'expérience l'a trop longtemps prouvé : plusieurs de vos compatriotes se sont fait gratuitement, et sans aucune provocation de notre part, les ennemis déclarés de la France. Sir Robert vint en 1816 se mêler à nos affaires politiques et violer nos lois ; dernièrement il a pris les armes contre nous, et en excitant La Corogne à une défense inutile, il a fait couler le sang français. Le Sieur Bowring se trouve impliqué dans les complots et le procès de Sauquaire. Des Anglaises, abusant du respect qu'on doit aux femmes et des droits de l'hospitalité, ont favorisé les intrigues de nos révolutionnaires, et le gouvernement s'est vu, bien qu'à regret, obligé de leur donner des passeports pour sortir de France.

copie de M. A. Campion. — Louis Thomas, Lettres inédites de Chateaubriand {Mercure de France, juin 1904). — Marquis de Granges, Une gerbe de lettres inédites (Paris, Leclerc, 1911).

Voilà, Monsieur, ce qui aurait pu déterminer la police à prendre à Calais des précautions fort naturelles, quand le règlement des postes relatif aux lettres que peuvent porter les voyageurs n'aurait pas autorisé des recherches. Les demoiselles Wilson, à l'abri de tout reproche pour elles-mêmes, auraient pu être, sans le savoir, l'instrument d'une faction aussi dangereuse au trône de Georges IV qu'à celui de Louis XVIII : leur jeunesse et leur innocence n'auraient même paru aux yeux des conspirateurs qu'un moyen plus sûr de dérober à la vigilance des magistrats des intelligences criminelles. Mais j'ai l'honneur de le répéter à Votre Excellence : il n'y a point eu d'outrages ; si quelques agents s'en étaient rendus coupables, ils auraient été sur le champ destitués et punis. Le gouvernement français, qui ne se souvient de Sir Robert Wilson que pour le plaindre, est trop audessus du soupçon d'avoir voulu exercer une ignoble vengeance, pour que je me croye obligé de m'en justifier.

Agréez, Monsieur l'Ambassadeur, la nouvelle assurance de la haute considération avec laquelle j'ai l'honneur d'être

Votre très humble et très obéissant serviteur. ^

i389 5 mars 1824.

Au prince de Polignac.

Paris, le 5 mars 1824.

Je vous envoie, Noble Prince, un courrier pour mettre en paix M. Canning et lui fournir des arguments à la Chambre. Ma dépêche officielle vous dit tout ; entretenons les dispositions pacifiques, nous sommes très pacifiques ici. Je n'ai point parlé de ce que vous me mandiez dernièrement sur votre conversation

1. La minute qui se trouve aux Affaires étrang'ères (Angleterre 610, f* i25) était une copie prête à être signée et que Chateaubriand a de nouveau modifiée et corrigée de sa main.

à Windsor. Les Anglaises pour rire ne blessent en rien les Anglais, mais le titre seul m'en déplaisait et je fis des représentations qui pensèrent m'attirer un orage. Le mieux, comme vous le dites, est d'oublier tout cela.

Vous avez vu l'immense succès de nos élections ; elles s'achèvent demain et nous serons triomphants aux grands Collèges comme aux petits. 11 n'y aura pas vingt libéraux dans la chambre. Nos fonds sont à lOi. Cela doit produire un grand effet pour vous en Angleterre, pays de Constitution et de Crédit.

Au reste, vous faites des merveilles et nous sommes contents de vous de plus en plus.

Bien à vous, Noble Prince.

Chateaubriand. *

iS90 8 mars 1824.

Au prince de Polignac.

Paris, ce 8 mars 1824.

Vous avez, Noble Prince, entre les mains ma réponse à Sir Charles Stuart, qui repond à tout et surtout aux quatre points de votre lettre du o.

D'un autre côté, vous avez reçu par M. Canning lui-même une petite dépêche sur notre occupation de l'Espagne. Ainsi, nous voilà en règle sur tous les points. Votre mémorandum est très bien rédigé, et comme cela il n'a aucun inconvénient.

Nous triomphons ici d'une manière incroyable. Il ne paraît pas qu'un seul libéral sera nommé aux grands collèges. Ainsi, l'opposition sera de 14 membres. Bouville est nommé. Le pauvre Delalot est exclu. Je regrette bien La Borie.

Rien d'arrêté pour Marcellus. Talaru continue à envoyer sa démission toutes les semaines ; cela ne peut pas aller longtemps

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