Souvenirs... Récamier, t. II, p
Vous dites, Noble Prince, qu'il est temps d'envoyer des agents publics et non secrets ; tout ce que je vous ai mandé dernièrement vous aura éclairé sur notre position relativement aux colonies. Je vois que vous n'en avez pas une idée nette et que, trop préoccupé d'un seul objet, du désir de nous faire partager les avantages avec l'Angleterre, vous ne voyiez pas assez combien la question se compliquait pour nous avec l'Espagne et les puissances alliées du continent. Maintenant que vous êtes mieux instruit, vous n'isolerez plus la question, et vous penserez que c'est déjà une chose immense d'avoir empêché l'Angleterre de se déclarer immédiatement joour l'indépendance, et d'avoir dit aux alliés, d'un autre côté, que des conférences sans l'Angleterre ne pouvaient être acceptées pour la France parce qu'elles amèneraient la catastrophe que l'on craint.
Je suis de votre avis pour l'atfaire de l'Hermione. N'en faites aucun bruit. N'en parlez tout au plus qu'avec une extrême modération comme une chose qui s'éclairera à la satisfaction des deux gouvernements. Mais vous avez raison pour l'autre affaire ; il faudra qu'elle soit vigoureusement poussée.
P. S.^ — Je reprends ma lettre en recevant la vôtre du 2 de ce mois et je dicte en m'habillant ce 'peu de mots à mon secrétaire.
Je m'aperçois que je n'ai pas répondu à une de vos questions : vous voulez connaître ce que nous avons répondu à l'Espagne sur la demande en médiation, et vos collègues vous paraissent étonnés que vous ne le sachiez pas ? Nous n'avons fait aucune réponse, parce qu'au moment où la médiation a été demandée nous avons su que l'Angleterre la refuserait ; nous n'avons pas voulu nous engager. Les autres cabinets ont fait comme nous ; ainsi la question est encore tout entière.
Vous me dites dans votre lettre d'aujourd'hui que vous approuvez que la négociation soit transportée à Londres. Entendons-
1, Ce post-scriptum n'est pas de la main de Chateaubriand.
nous bien : il s'agit ici d'une négociation présumée qui pourrait avoir lieu entre TEspagne et les députés de ses Colonies et dans laquelle les alliés ne seraient pour rien, car s'il s'agissait d'une conférence entre tous les alliés qui se tiendrait en vertu de la médiation demandée par l'Espagne, cette conférence ne pourrait pas, honorablement pour nous, être transportée à Londres.
Le document que vous m'avez envoyé aujourd'hui est curieux ; mais comment faire entendre raison en Espagne ? Tout le monde y a perdu la tête. Le général Bourmont vient de faire évacuer Madrid sous prétexte de garder le Roi à Aranjuez. Gela sera réparé, mais jugez quelle confusion et quel scandale ? Talaru crie et donne sa démission tous les jours. Le Roi fume avec sa camarilla, il rend de temps en temps quelques décrets atroces. Vous voyez s'il est possible, dans un tel état de choses, de faire rien qui ait le sens commun.
Tout à vous, noble Prince.
^ Chateaubriand.
Ci-joint une note que je vous recommande :
M. le Comte de Schulemhurg.
On désirerait que M. le V^'^ de Chateaubriand voulût bien avoir la bonté de recommander à M. V Ambassadeur de France à la cour de Londres, la lettre écrite par M. Raigecourt a M, V Ambassadeur de Prusse à la même Cour. ^
i4i5 6 avril 1824.
Au marquis de la Tour du Pin
Paris, le 6 avril 1824.
, Monsieur le Marquis, M. Duparquet a l'intention de faire en Italie un voyage d'instruction et d'agrément. Je vous prie de l'accueillir avec bienveil-