Archives de Broglic. — Paul Gautier op. cit., p
briand. J'ai un vif désir de revoir ce beau pays, et si telle choses'arrangeait, j'irais sûrement m'établir à Rome pour y finir mesc jours. Je suis las de la France et j'ai besoin de paix. Dans ce pays, on n'éprouve que des tracasseries. Tracasseries politiques, tracasseries de société, de cotteries *, d'amis même ! Cette suprême tranquillité que les anciens recherchaient comme le vrai bonheur, n'a jamais été dans les Gaules. Nous avons toujours été les ennemis, déclarés de notre repos et de celui des autres.
Depuis que j'ai une femme avec laquelle je vis fort heureux, jesuis devenu amateur de la vie réglée et paisible. Si j'avais un beau site, une belle lumière, de grands souvenirs comme à Rome,, je vivrais fort bien comme M. d'Ag incourt une quarantaine d'années hors de mon pays.
Nous autres. Français, pourquoi serions-nous si attachés à notre sol paternel? On m'y a pris tout ce que j'avais. On m'aurait arraché la vie comme à tant d'autres, si on m'avait trouvé à une certaine époque. Quel espoir ai-je d'y avoir jamais le repos, et Taisance? Je pourrais bien forcer l'estime ;mais les jeux de la fortune, le haut et le bas de tout depuis douze années, ont détruit pour longtemps en France toute considération. 11 faut se retirer en soi et y vivre : heureux qui a comme l'abeille une ruche et un» peu de miel pour l'hyver. Mais je suis un pauvre moucheron qui n'a pas'^même un petit trou dans un arbre pour m'y retirer.
Sur ce, chère madame, je vous dis adieu, et je vous prie de m'écrire à Villeneuve-sur-Yonne, département de l'Yonne.
20 septembre.
A Madame de Staël ^ à Coppet^ par Genève. — Le'man.^