‹ Correspondance généraleChapitre 109 sur 181 · Pailhès Chateaubriand j p. 3TU · texte numérisé non relu

Pailhès Chateaubriand j p. 3TU

i57 13 septembre 1806.

A M"^" de Talaru.

Gonstantinople, le 13 septembre 1806.

Me voilà dans le plus beau pays du monde, ma chère cousine, et je ne suis pas plus heureux. J'ai vu la Grèce: j'ai visité Sparte, Argos, Gorinthe. Je vais partir pour Jérusalem, et j'espère vous revoir dans le mois de décembre. Les Martyrs profiteront de ces courses. Mais le pauvre auteur aura bien payé, par des peines et des soucis, quelques phrases qui encore ne plairont peut-être pas au public. Ghère cousine, je vous en supplie, trouvez-moi quelque coin obscur auprès de vous, où je puisse enfin vivre en repos, et passer le reste de mes jours. Vous ne sauriez croire à quel point j'ai soif de retraite et de paix. Plus je vois le monde, moins je l'aime. Il faut bien se mettre dans la tète que toute la vie consiste dans la société de quelques amis, et l'oubli des méchants autant qu'on peut les oublier. J'avais un besoin réel de faire ce voyage pour compléter le cercle de mes études. A présent que j'aurai vu les plus beaux monuments des hommes et ceux de la nature, je n'aurai plus aucune envie de sortir de mon trou. Au reste, chère cousine, je suis toujours le même ; tel vous m'avez laissé, tel vous me retrouverez. Je mourrai dans mon péché, et je vous assure que j'irai au bout de la terre, avant de pouvoir trouver beau ce que je trouve laid. Gomme nous causerons de mille choses un jour à Ghamarante ! Gomme je travaillerai dans un certain pavillon noir qui m'est destiné ! Que n'y suis-je déjà ! Une grande mer nous sépare encore ; mais j'espère la franchir bientôt. En attendant, je vous recommande la petite créature qu^ doit être à présent chez Joubert ; je lui porte un beau schall pour la tenir chaudement cet hiver et pour ne point aller voir les grandes dames, mais sa cousine, qui est bien une grande dame aussi. II me semble que je vous vois tous ensemble faisant un méchant dîner à mon second étage, et écoutant de longues his-

toires que j'aurai rapportées de la Grèce. Bon Dieu! que je suis fou d'être encore ici! Allons, patience : j'arriverai.

Adieu, chère cousine, je vous embrasse tendrement, ainsi que M. de T[alarul. Mille choses à MM. de Court et Ghavana; mille ■souvenirs à tous mes amis. Priez pour moi et aimez-moi toujours.

Si vous vovez ma femme, ne lui dites rien de mon vovaere de Syrie, de peur de T effrayer. '

J58 16 octobre 1806.

A Pillavoine.

Jaffa ce 16 octobre 1806.

Monsieur,

J'ai l'honneur de vous envoyer la lettre de recommandation <jue monsieur l'ambassadeur de France à Gonstantinople m'avait remise pour vous. La saison étant déjà très-avancée, et mes affaires me rappelant dans notre commune patrie, je me vois forcé de partir pour Alexandrie. Je perds à regret l'occasion de faire votre connaissance. J'ai visité Jérusalem ; j'ai été témoin des vexations que le pacha de Damas fait éprouver aux religieux de Terre-Sainte. Je leur ai conseillé, comme vous, la résistance. Malheureusement ils ont connu trop tard tout l'intérêt que l'Empereur prend à leur sort. Ils ont donc encore cédé en partie aux •demandes d'Abdallah : il faut espérer qu'ils auront plus de fer- •meté l'année prochaine. D'ailleurs, il m'a paru qu'ils n'avaient manqué cette année ni de prudence ni de courage.

1. L'Aquitaine, 1819. — Annales romantiques, 1827-1828, p. 18. — Faillies 'Chateaubriand, p. 370. — Pierre Dubois Chateaubriand inédit <Hprue dliis- 4oire littéraire de la France, janvier-mars 1911).

Vous trouverez, Monsieur, deux autres lettres jointes à la^ lettre de Monsieur l'ambassadeur : l'une m'a été remise par M. Dubois, négociant ; je tiens l'autre du drogman de M. Vial^ consul de France à Modon.

J'ose prendre encore, Monsieur, la liberté de vous recommander M. D... que j'ai vu ici. On m'a dit qu'il était honnête homme,, pauvre et malheureux : ce sont là trois grands titres à la protection de la France.

Agréez, Monsieur, je vous prie, etc.

F. A. de Ch.i

159 H mai 1807.

A la Marquise de Pastoret.

Pau, le 11 mai 1807.

Je ne sais. Madame, si vous vous rappelez que vous m'avez fait promettre de vous écrire. Je crains d'avoir trop de mémoire, et de vous importuner aujourd'hui pour remplir une parole dont vous ne vous souciez plus. Vous verrez par la date de ma lettre que je suis en France, et dans la patrie d'Henri IV ; cela convient assez à un chevalier qui arrive de Is. Palestine. J'ai été. Madame,, au moment de ne plus vous revoir, de ne plus aller le matin vous conter longuement des choses qui vous ennuyent, et vous montrer des peines d'esprit et de cœur que vous écoutez avec tant d'indulgence. Les Arabes et la mer ont pensé vous faire justice.. Je n'ai jamais été si maltraité dans mes voyages, mais aussi j'ai vu les débris d'Athènes, de Jérusalem, de Memphis et de Carthage. Si j'étois resté sur la place Louis XV je serois un peu plus.

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