Itinéraire de Paris à Jérusalem
*vieux, et je saurois un peu moins. Jérusalem, le Jourdain et la
Mer-Morte m'ont surtout singulièrement frappé : C'est partout la
grandeur, la solitude, la simplicité et l'épouvantement de la
Bible. Je connois maintenant le secret des douleurs de Jérémie,
j'ai vu les lieux où il a chanté.
Je crois, Madame, que vous me trouverez un peu changé : Dix tmois de fatigues et de périls, la vue des plus grandes ruines de la terre, le soleil de l'orient, le sérieux des peuples que j'ai fré- •quentés, toutes ces causes ont pesé sur mon esprit, etje me sens naturellement plus grave et plus triste. Si vous m'aviez vu dans mon costume Turc, vous m'eussiez pris pour quelque visir disgracié. Eh ! Madame, quel sujet encore de reflexions, quel'alfreuse Tyrannie, que la misère épouvantable dont j'ai été le témoin ! je conseille à ceux qui prêchent le gouvernement absolu, d'aller faire un tour en Turquie : des provinces désertes, des peuples •consternés, la stupeur de l'esclavage, la brutalité du pouvoir, voilà les admirables effets du gouvernement absolu et de l'empire militaire : la Turquie offre tous les vices et toutes les faiblesses ■<lu Bas-Empire, non corrigés par une religion humaine ^ et calme, mais augmentés par une religion sanguinaire et passionnée.
J'ai vu en Espagne les ruines de Grenade, qui sont un véritable •enchantement, l'Alhambra est un palais des fées ; c'est une chose ■dont je n'avois aucune idée, et qui n'existe que dans ce coin du monde. Au reste les mœurs espagnoles m'ont peu frappé, parce «que je venois de Barbarie *, j'avols vu chez les Maures les usages dont ceux de l'Espague ne sont que la dégénération.
Je ne sais. Madame, ce que je trouverai à Paris, car j'ai manqué mes lettres à Madrid.^ Si j'en crois quelques bruits qui sont parvenus jusqu'à moi, j'aurai à me plaindre de quelques amis ; il semble qu'on a abusé de ma confiance. Le bruit de ma mort, 4issez généralement répandu, aura sans doute encouragé les dou-