Bârdoux La duchesse de Duras, p
198 31 mai 1812.
A M. Chapelier.
Val-de-Loup, 31 mai 1812.
Relative au remboursement d'une somme que lui avait prêtée Mad. du Quingo en 1792.*
i99 11 juin [1812].
A la duchesse de Duras.
Verneuil, 11 juin.
Il supplie sa chère sœur d'être prudente et de ne pas se compromettre pour lui. Il espère « que le gouvernement ouvrira les yeux sur l'injuste persécution de ses ennemis. »-
WO 20 juin 1812.
A la duchesse de Duras.
Comment, chère sœur, se fait-il que vous en soyez encore à connaître la canaille qui m'attaque au nom de ses maîtres? Ne savez-vous donc pas, ou ne devez-vous pas deviner que, dans cette dernière dispute, on a affecté de confondre mes phrases avec celles de madame de Staël et, par une dérision dégoûtante, avec
i. Fiche d'un catalogue d'autographes, communiquée par M. Charavay. 2. Bardoux La duchesse de Duras, p. 119.
les phrases d'un M. de Sivr^»^ dont personne n'a jamais entendu parler? Ne savez-vous pas que non seulement ils altèrent mes phrases (en disant qu'ils ne les changent pas), mais qu'avec leur bonne foi accoutumée, ils vont reprendre dans les premières éditions du Génie du Christianisme et dans Atala des phrases corrigées depuis huit ans et souvent changées? La phrase que vous citez se trouve dans la première et la seconde édition du Génie du Christianisme (encore a-t-elle rapport à Diane) ; « L'amitié était « une adolescente, et la virginité elle-même, personnifiée sous les « traits de la lune, promenait sa pudeur mystérieuse dans les frais « espaces de la nuit » (tome I, page 73). La phrase que vous citez n'est pas aussi ridicule, et elle n'existe plus dans les dernières éditions. Savez-vous que si l'on voulait d'ailleurs s'amuser à recueillir, dans les sermons de Bossuet, les phrases extraordinaires, on en ferait le recueil le plus ridicule ? J'avais eu un moment l'envie de faire cet extrait et de l'envoyer comme pris dans mes ouvrages. Il est très certain qu'ils y auraient été attrapés. Que diraient-ils donc, si j'avais appelé la mort une grande rature passée sur la vie; si j'avais dit quune femme fut douce envers la mort, comme envers tout le monde ; si j'avais dit, comme madame de Sévigné: « Tai « beau frapper la terre du pied, il n en sort quune vie insipide et (( monotone. » Si j'avais dit comme Racine : « Au-dessus d^un « succès un naufrage élevé? » Et ce mélange continuel d'expressions triviales qui accompagnent le sublime dans Bossuet et dans Corneille ;y aurait-il eu assez de sifflets ? Je ris de votre joie de me voir en rapport avec les hommes; je veux bien être le héros des femmes ; mais il n'en est pas moins vrai que les premiers hommes littéraires du siècle ont été ou sont mes amis : La Harpe m'a nommé seul dans son testament avec Fontanes ; Fontanes est mon ami ; et Dussaulx, l'abbé de Boulogne, Bonald ont été mes juges, et, puisqu'il faut le dire, mes admirateurs. Croyez-vous qu'il n'y ait que les belles dames à me dire des douceurs? Eh ! bon Dieu, plût au Ciel qu'il en fût ainsi, je serais moins importuné d'éternelles lettres auxquelles je me tue de répondre. J'oubliais, à propos de
phrases, de vous dire que dans le dernier article d'Hoffmann, il aurait cité, pour s'en moquer, quelques-unes des plus belles phrases que j'aie faites en ma vie, entre autres celle où je dis que le désert s'est lu depuis qu'il a entendu la voix de l'Eternel^ phrase sur laquelle Fontanes, juge sévère et même timide, ne cesse de se récrier d'admiration.
P. S. — Quoi ! vous me trouveriez quinze mille francs ! Gela n'est pas possible ! *
Wi 29 juin 1812.
Si je puis parvenir à garder mon champ et mes livres -, je serai la plus heureuse personne de la terre. Je vais entreprendre quelque long ouvrage qui puisse m'occuper plusieurs années. Rien ne fait mieux sentir le charme de la solitude et ne calme mieux la tête et le cœur que le travail. Cet été, j'irai peut-être voir mes amis ; je dis peut-être car, je suis si pauvre que je ne sais si f aurai les moyens de nie déplacer. Mille tendres compliments ; mille souvenirs à M. de Duras ainsi qu'aux petits anges. '^
W'2 [Paris, juillet 1812.]
A Tabbé Égasse.
M. de Chateaubriand est venu exprès de la campagne pour avoir l'honneur de voir M. l'abbé Egasse et de causer avec lui.