‹ Correspondance généraleChapitre 14 sur 181 · Le Génie du Christianisme · texte numérisé non relu

Le Génie du Christianisme

cet ouvrage, quand paraîtra-t-il ? Il y a deux ans qu'on l'imprime, et il y a deux ans que le libraire ne se lasse point de me faire attendre, ni moi de corriger. Ce que je vais donc vous dire dans cette lettre sera tiré en partie de mon livre futur sur le Génie du Christianisme ou les Beautés poétiques et morales de la religion chrétienne. Il sera divertissant pour vous de voir comment deux esprits partant de deux points opposés sont quelquefois arrivés aux mêmes résultats. Madame de Staël donne à la philosophie ce que j'attribue à la religion; et en commençant par la littérature ancienne, je vois bien avec l'ingénieux auteur que vous avez réfuté que notre théâtre est supérieur au théâtre ancien ; je vois bien encore que cette supériorité découle d'une plus profonde étude du cœur humain. Mais à qui devons-nous cette connaissance des passions ? — Au christianisme ^ et non à la philosophie. Vous riez, mon ami, écoutez-moi :

S'il existait une religion dont la qualité essentielle fût de poser une barrière aux passions de l'homme, elle augmenterait nécessairement le jeu de ces passions dans le drame et dans l'épopée ; elle serait, par sa nature même, beaucoup plus favorable au développement des caractères que toute autre institution religieuse qui, ne se mêlant point aux affections de l'âme, n'agirait sur nous que par des scènes extérieures. Or, la religion chrétienne a cet avantage sur les cultes de l'antiquité : c'est un '4fent céleste qui enfle les voiles de la vertu, et multiplie les orages de la conscience autour du vice.

Toutes les bases du vice et de la vertu ont changé parmi les hommes, du moins parmi les hommes chrétiens, depuis la prédication de l'Evangile. Chez les anciens, par exemple, l'humilité était une bassesse, et l'orgueil une qualité. Parmi nous, c'est tout le contraire : l'orgueil est le premier des vices, et l'humilité la première des vertus. Cette seule mutation de principes bouleverse la morale entière. Il n'est pas difficile d'apercevoir que c'est le christianisme qui a raison, et que lui seul a rétabli la

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