Bardoux La duchesse de Duras, p
aussitôt qu'il aura achevé cette grande et commune sottise, je reviendrai m'ensevelir dans mon désert. Il est très probable que j'y passerai l'hiver, surtout si vous ne revenez pas à Paris. Je mettrai alors en train les ouvrages que je médite, et une fois plongé dans les livres, les jours passeront vite. Ces pauvres jours, voilà comme on les pousse ! ne croirait-on pas qu'ils ne finissent pas, qu'ils dureront toujours? Et pourtant mon front devient chauve, je commence à radoter ; j'ennuie les autres ; je m'ennuie moi-même. La fièvre arrivera et, un beau matin, on m'emportera à Ghastenay. Qui se souviendra de moi? Le savez-vous, chère sœur? Quelques vieux bouquins que j'aurai laissés et qu'on ne lira plus, exciteront, au moment où je disparaîtrai, une petite controverse. On dira qu'ils ne valent rien du tout, et qu'ils sont morts avec moi ; d'autres soutiendront qu'il y a quelque chose dans ce fatras. On restera là-dessus, on fermera le livre, on ira dîner, danser, pleurer : les frères et les sœurs s'écriront par la poste toute sorte de choses où je ne serai pour rien. La vallée sera vendue à un bourgeois de Sceaux qui fera du vin de Suresnes, où j'ai planté des pins, et voilà l'histoire de tous les hommes. Bonjour, chère sœur! je suis tombé dans le noir ; toutes ces idées s'évanouissent en pensant que je vous écris, que vous m'aimez un peu, et que mon attachement pour vous est aussi profond que durable. *
2i9 18 juin 1813.
A la duchesse de Duras.
18 juin 1813.
Samedi, je serai à Paris et je vous verrai dimanche, après la messe. J'ai bien des choses dans l'àme que je voudrais vous dire,