‹ Correspondance généraleChapitre 162 sur 181 · R[ichelieu · texte numérisé non relu

R[ichelieu

seule. Ce sont eux qui m'ont mandé ce que je vous ai écrit, et qui ont causé votre colère.

Je vous prie de ne plus vous occuper de moi ; je ne veux plus entendre parler de rien; j'ai assez de ce que j'ai; et le fardeau est tout juste ce que je puis porter.

La rougeole est passée. Mais les suites restent. La malade parle de retourner à Paris. Je ferai ce qu'elle voudra, parce qu'elle se tue d'inquiétude. Je ne vous conseille pas d'écrire à l'ami du chevalier de Maisj. Vous ferez du reste ce que vous voudrez. ^

'289 16 juillet 1817.

A la duchesse de Duras.

16 juillet, une heure du matin.

M™® de Ghfateaubriand] est très mal. La poitrine paraît sérieusement attaquée. Je ne sais que faire et que devenir; j'attends le médecin de Paris . Vos amis ministériels peuvent triompher. Voilà de leurs œuvres. ^

WO [Du 17 au 20 juillet 1817.]

A la duchesse de Duras.

Un mot: M"'^ de Gh[ateaubriand] est mieux ; depuis hier les crachats ont changé de nature. La fièvre a cessé, et le sommeil est revenu : j'espère ; mais il faudra de longs soins, et des ménage-

4. Pailhès La duchesse de Duras, p. 135. — Collationné par nous sur l'original autographe.

2. Pailhès La duchesse de Duras, p. 135. — Collationné par nous sur l'original autographe.

ments infinis. Quant à bouger d'ici avant 3 semaines, cela est impossible. Et alors je verrai ce que j'ai à faire. — Je regrette M"'^ de Staël ; ses amis ministériels en disent-ils autant? Soignezvous : la santé est tout. '

!29i 22 juillet [1817].

A la duchesse de Duras.

[Montboissier], ce mardi 22 juillet.

Je suis désolé de vos maux et de vos chagrins. C'est une grande augmentation à mes peines. M™*' de Gh[ateaubriand| est aussi bien qu'on puisse l'espérer, mais elle est bien loin d'être guérie ; et aujourd'hui encore elle a été très malade. Je ne puis de longtemps espérer ni loisir, ni joie, et l'avenir est pour moi si triste que je cherche à vivre au jour le jour, sans y penser.

Je ne forme aucun plan. Je traînerai ici et chez M"'" de Pisieux, sœur de M"^^ de Golbert, alors je verraiceque je pourrai devenir : cela dépendra de la santé de M'"'' de Chateaubriand et de ma position d'affaires. Si la Vallée n'est pas vendue, il faudra aller me noyer. Il sera temps de penser k tout cela quand le temps sera venu.

Vous sentez que je ne puis faire grand'chose auprès du lit d'une malade. Cependant, j'écris de là politique. Si je quitte la France, il faut qu'au moins je venge ma désolation et laisse une marque à mes ennemis.

Faites-vous toujours votre voyage d'Honfleur? Grand merci de lady M[organ]. Je ne lis plus rien et ne me soucie ni du bien ni du mal qu'on peut dire de moi.

Amitié éternelle. ~

1. Pailhùs La duchesse de Duras^ p. 13C. — CoUationné par nous sur l'original auto<;raphe.

2. Pailhès La duchesse de Duras, p. 136. CoUationné par nous sur l'original autographe.

W2 [26 juillet 1817.]

A la duchesse de Duras.

Ce samedi.

Votre amitié vous trompe, chère sœur. On se moquera de vous. Il n'y a rien à espérer de gens d'aussi mauvaise foi. Remarquez qu'au moment même où vous rêvez arrangement et conciliation, ils envahissent le seul j ournal où les royalistes étaient, sinon défendus, du moins respectés. Mon pauvre ami Bertin, si longtemps victime de son zèle pour la cause royale, a perdu la censure, et le premier acte de la police et de ses honorables agents a été de me faire attaquer dans la propriété et pour ainsi dire sur la garantie de mon malheureux ami. Cette dernière indignité m'a révolté au delà de tout. Si je vous ai donné quelque parole, je la reprends. Ils veulent la guerre, je vais la faire, et cette fois, c'estaux personnes que j'irai tout droit. Nous verrons si je ne les marquerai pas au front. Ils m'ont trop joué, ils ont trop abusé de ma franchise. D'ailleurs, je ne voudrais pour rien de leur odieuse époque des Chambres. Les paroles mêmes du duc ne me suffiraient pas alors. La guerre donc. Il n'y aurait qu'un parti qui me plairait mieux, ce serait de quitter pour jamais le pays que j'ai tant aimé et que j'ai si bien servi et où je reçois de telles récompenses. La mort de ce pauvre Saint-Morys ^ m'a navré le cœur. Etre tué par l'acquéreur de son bien, et tout cela par la gaucherie de M. de Mouchy. S'il faut encore que les acquéreurs de nos biens deviennent nos assassins, c'est aussi trop exiger de la patience des royalistes. Je vous en prie, ne vous tracassez plus de moi. Nous partons mercredi pour Montgraham, chez M""^ de Pisieux, à neuf lieues d'ici. Voici l'adresse, à Montgraham, par Nogent-le-Rotrou (Eure-et-Loir. La poste part pour Nogent (voyez les jours de poste pour Angers).

C'est là qu'il faut désormais m'écrire. M™^ de Chfateaubriand] n'est pas bien. -^

1. Tué en duel, le 21 juillet 1817, par le colonel Barbier du Fay.

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