Mot illisible
envoyé moi un model d'endossement n*y manquez pas à mon adresse a fougère hôtel Marigni,
a Monsieur Monsieur de la Morandais rainé chez M^'Dastin
procureur au Parlement rue de Toulouse
a Rennes.
:3î [Octobre 1790.]!
A M. de la Morandais.
a Rennes
pour notre affaire sont arrivée de paris. La crainte ^que vous soyez absent et qu'ils ne se trouvent perdus me fait jirendre le parti de vous escrire repondez moi sur le champs a fougères afin que je vous les fasse passer a votre adresse, j'espère «que quand vous les aurez reçus vous voudrez bien me faire pasrser mon billet afin que je rende la signature à qui elle appartient -Tidieu je n'ai que le tems de me dire tout à vous.
Le Cn*^^' DE Chateaubriand. *
Monsieur Monsieur de la Morandais, Vaine chez Dastin rue de Toulouse
a Rennes
il. Date au crayon sur un des feuillets. Correspondance de Chateaubriand. T, I, 32
A un ami.
Il faut que je vous raconte ce qui s'est passé hier matin chez mes hôtes. L'herbe était encore couverte de rosée ; le vent sortait des forêts tout parfumé, les feuilles du mûrier sauvage étaient chargées des cocons d'une espèce de ver à soie, et les plantes à coton du pays, renversant leurs capsules épanouies, ressemblaient à des rosiers blancs.
Les Indiennes s'occupaient de divers ouvrages, réunies ensemble^ au pied d'un gros hêtre pourpre. Leurs plus petits enfants étaient suspendus dans des réseaux aux branches de l'arbre : la brise des. bois berçait ces couches aériennes d'un mouvement presque insensible. Les mères se levaient de temps en temps pour voir si leurs enfants dormaient, et s'ils n'avaient point été réveillés par une multitude d'oiseaux qui chantaient et voltigeaient à l'entour^ Cette scène était charmante.
Nous étions assis à part, l'interprète et moi, avec les guerriers,, au nombre de sept ; nous avions tous une grande pipe à la bouche : deux ovi trois de ces Indiens parlaient anglais.
A quelque distance de jeunes garçons s'ébattaient ; mais au milieu de leurs jeux, en sautant, en courant, en lançant des balles, ils ne prononçaient pas un mot. On n'entendait point l'étourdissante criaillerie des enfants européens ; ces jeunes Sauvages bondissaient comme des chevreuils, et ils étaient muets comme eux^ Un grand garçon de sept ou huit ans, se détachant quelquefoisde la troupe, venait téter sa mère et retournait jouer avec ses. camarades.
L'enfant n'est jamais sevré de force ; après s'être nourri d'autres, aliments, il épuise le sein de sa mère comme la coupe que l'on vide à la fin d'un banquet. Quand la nation entière meurt de faim,. Tenfant trouve encore au sein maternel une source de vie. Gette^ coutume est peut-être une des causes qui empêchent les tribus.
américaines de s'accroître autant que les familles européennes.
Les pères ont parlé aux enfants et les enfants ont répondu aux pères : je me suis fait rendre compte du colloque par mon Hollandais. Voici ce qui s'est passé :
Un Sauvage d'une trentaine d'années a appelé son fils et l'a invité à sauter moins fort ; l'enfanta répondu : C'est raisonnable. Et, sans faire ce que le père lui disait, il est retourné au jeu.
Le grand-père de l'enfant l'a appelé à son tour, et lui a dit : Fais cela; et le petit garçon s'est soumis. Ainsi l'enfant a désobéi à son père qui le priait^ et a obéi à son aïeul qui le commandait. Le père n'est presque rien pour l'enfant.
On n'inflige jamais une punition à celui-ci ; il ne reconnaît que l'autorité de l'âge et celle de sa mère. Un crime réputé affreux et sans exemple parmi les Indiens est celui d'un fils rebelle à sa mère . Lorsqu'elle est devenue vieille il la nourrit.
A l'égard du père, tant qu'il est jeune l'enfant le compte pour rien; mais, lorsqu'il avance dans la vie, son fils l'honore, non comme père, mais comme vieillard, c'est-à-dire comme un homme de bon conseil et d'expérience.
Cette manière d'élever les enfants dans toute leur indépendance devrait les rendre sujets à l'humeur et aux caprices; cependant les enfants des Sauvages n'ont ni caprices ni humeur, parce qu'ils ne désirent que ce qu'ils savent pouvoir obtenir. S'il arrive à un enfant de pleurer pour quelque chose que sa mère n'a pas, on lui dit d'aller prendre cette chose où il l'a vue; or, comme il n'est pas le plus fort et qu'il sent sa faiblesse, il oublie l'objet de sa convoitise. Si l'enfant sauvage n'obéit à personne, personne ne lui obéit : tout le secret de sa gaieté ou de sa raison est là.
Les enfants indiens ne se querellent point, ne se battent point ; ils ne sont ni bruyants, ni tracassiers, ni hargneux ; ils ont dans l'air je ne sais quoi de sérieux comme le bonheur, de noble comme l'indépendance.
Nous ne pourrions pas élever ainsi notre jeunesse ; il nous faudrait commencer par nous défaire de nos vices ; or, nous trou-
vons plus aisé de les ensevelir dans le cœur de nos eniants, prenant soin seulement d'empêcher ces vices de paraître au dehors. Quand le jeune Indien sent naître en lui le goût de la pêche, de la chasse, de la guerre, de la politique, il étudie et imite les arts qu'il voit pratiquer à son père : il apprend alors à coudre un canot, à tresser un filet, à manier l'arc, le fusil, le casse-tête, la hache, à couper un arbre, à bâtir une hutte, à expliquer les colliers. Ce qui est un amusement pour le fils devient une autorité pour le père : le droit de la force et de l'intelligence de celui-ci est reconnu, et ce droit le conduit peu à peu au pouvoir du Sachem.
Les filles jouissent de la même liberté que les garçons : elles font à peu près ce qu'elles veulent, mais elles restent davantage avec leurs mères, qui leur enseignent les travaux du ménage. Lorsqu'une jeune Indienne a mal agi, sa mère se contente de lui jeter des gouttes d'eau au visage, et de lui dire : Tu me déshonores. Ce reproche manque rarement son effet.
Nous sommes restés jusqu'à midi à la porte de la cabane : le soleil était devenu brûlant. Un de nos hôtes s'est avancé vers les petits garçons et leur a dit : Enfants le soleil vous mandera la tête, allez dormir. Ils se sont tous écriés : C^ est Juste. Et pour toute marque d'obéissance ils ont continué de jouer, après être convenus que le soleil leur mangerait la tête.
Mais les femmes se sont levées, l'une montrant de la sagamité dans un vase de bois, l'autre un fruit favori, une troisième déroulant une natte pour se coucher : elles ont appelé la troupe obstinée, en joignant à chaque nom un mot de tendresse. A l'instant les enfants ont volé vers leurs mères comme une couvée d'oiseaux. Les femmes les ont saisis en riant, et chacune d'elles a emporté avec assez de peine son fils, qui mangeait dans les bras maternels ce qu'on venait de lui donner.
Adieu : je ne sais si cette lettre écrite du milieu des bois vous arrivera jamais. ^
1. Dans son Voyage en Amérique, au moment où Chateaubriand se trouve
e^ 2 mai 1798.
A Dutheil.
2 mai 1798.
En vérité, je ne sais comment remercier monsieur Dutheil. Il oblige d'une manière si aimable qu'il me met dans l'impossibilité de lui en témoigner toute ma reconnaissance. Je le prie de croire combien je suis sensible à ses bontés, et je ne saurais mieux le lui prouver qu'en lui recommandant encore notre grande affaire, aussitôt qu'il aura un moment à lui. Les Natohez sont de vilains enfants, de vrais sauvages, paresseux et mal élevés, d'un appétit vorace, qui comptent absolument sur M. Dutheil, car leur père ne saurait suffire à leur dépense. J'espérais avoir le plaisir de voir M. Dutheil chez Monsieur le Duc de B[ourbon], aux pieds duquel je me préparais à aller mettre mes très humbles respects, lorsque des coliques d'entrailles, auxquelles je suis sujet lorsque j'ai des inquiétudes, m'ont forcé de garder ma chambre, ou du moins de ne me présenter que chez des amis. J'ai l'honneur de saluer monsieur Dutheil et de lui faire mille compliments. -
« chez les sauvages de Niagara», il nous dit que le manuscrit de son journal de voyage « offre en cet endroit la minute d'une lettre qu'il écrivait à l'un de ses amis en France ». Et il transcrit la lettre que nous réimprimons ici.
J'avais toujours pensé que cette lettre était une composition littéraire à mettre en dehors de la correspondance, mais certains habitués de l'œuvre de Chateaubriand ayant une opinion contraire, je m'incline devant leurs raisons, et je joins cette lettre à la correspondance ; mais je tiens à faire remarquer que peut-être cette lettre n'a pas été réellement écrite en 1791, ou que du moins Chateaubriand a pu la modifier fortement en l'imprimant.