‹ Correspondance généraleChapitre 175 sur 181 · Deux mots illisibles · texte numérisé non relu

Deux mots illisibles

2. Nous avions imprimé un fragment de cette lettre (p. 260-261) d'après Bardoux La duchesse de Duras, p. 127. On verra que notre texte, copié sur l'original autographe des archives du château de Maucreux, ne ressemble en rien à celui qu'avait fourni feu Bardoux (d'après le môme original).

A la duchesse de Duras.

Coinment se fait-il, chère sœur, que vous et les personnes

avec lesquelles vous [pariezj en soyez encore k connaître la

«anaille qui m'attaque au nom de ses maîtres? Ne savez-vous pas,

ou ne devez-vous pas deviner, que dans cette dernière dispute,

on a affecté de confondre mes phrases avec celles de madame de

Staël et, par une dérision dégoûtante, avec les phrases d'un M.

•de Sivry dont personne n'a jamais entendu parler ? Ne savez-vous

pas que non seulement ils altèrent mes phrases (en disant qu'ils

ne les changent pas), mais qu'avec leur bonne foi accoutumée, ils

vont reprendre dans les premières éditions du Gfénie] du Gh[ris-

tianisme] et dans Atala des phrases corrigées depuis huit ans et

souvent changées de manière à devenir agréables de douteuses

<pi'elles étaient ; et en voici un grand exemple : la phrase que

TOUS citez et pour laquelle vous avez parié se trouve à peu près

telle dans la l^^^et dans la 2^^ édition du G. du Ch. encore a-t-elle

rapport à D/a^e, mais dans toutes les éditions suivantes, on lit :

« ce qu'il y avoit de plus sublime et de plus doux dans la fable

<(. possédoit la virginité : on la donnoit à V Uranie et à

« Minerve, dispen[satrice] du génie et de la sagesse. L'amitié

« étoit une adolescente, et la virginité elle-même, personnifiée

« sous les traits de la lune, prornenoit sa pudeur mystérieuse

« dans les frais espaces de la nuit » [G. du Ch., lib. I, chap. ix.

Tom. I, p. 63, cinq. édit. in-S** 1809). A présent, chère sœur,

-comment ferez-vous ? Vous avez, je crois, gagné de toutes les

manières : car certainement la phrase, telle quelle soit dans la

première édition, n'est pas exactement aussi ridicule que vous la

•citez, et elle n'existe plus dans les dernières éditions. Savez-vous

<[uesiron voulait d'ailleurs s'amuser à recueillir partout, surtout

dans les sermons de Bossuet, les phrases extraordinaires, on ferait

le recueil le plus ridicule ? J'avais eu un moment l'envie de faire cet

Correspondance de Chateaubriand. T. I. 34

extrait et de l'envoyer comme pris dans mes ouvrages. Il est très certain qu'ils y auroient été attrapés. Que diroient-ils donc, si j'avois appelé la mort une grande rature passée sur la vie ? si j'avais dit qu'une femme fut douce envers la mort^ comme envers^ tout le monde; si j'avais dit, comme M*^^ de Sévigné : Tal beau frapper la terre du pied^ il nen sort qu'une vie insipide et monotone. Si j'avois dit comme Racine : Au-dessus d'un succès un naufrage élevé et cent mille autres tours aussi étrang-es, et cemélange continuel d'expressions triviales et simples qui accompagnent le sublime dans Bossuet et dans Corneille ? y auroit-il eu assez de sifflets ? Je ris de votre joie de me voir en rapport avec des hommes; je veux bien être le héros des femmes ; mais il n'en est pas moins vrai que les premiers hommes littéraires du siècle ont été ou sont mes iimis : La Harpe m'a nommé seul dans, son testament avec Fontanes ; Fontanes est mon ami ; et Dussaulx, l'abbé de Boulogne, Bonald ont été mes juges, et, puisqu'il le faut dire, mes admirateurs. Croyez-vous donc qu'il n'y ait que les belles dames à me dire des douceurs? Eh ! bon Dieu,, plût au Ciel qu'il en fût ainsi, je serois moins importuné d'éternelles lettres auxquelles je me tue de répondre ; tenez : en voilit. une que je reçois. Je vous l'envoie et si vous en voulez d'autres r parlez. — J'oubliais, à propos de phrases, de vous dire que dans; le dernier article d'Hofffmann], on dit qu'il a cité, pour s'en moquer, quelques-unes des plus belles phrases que j'aie faites ea ma vie, entre autres celle où je dis que le désert s'est tu depuis: quila entendu la voix de V Eternel^ phrase sur laquelle Font[anes], juge sévère et même timide, ne cesse de se récrier d'admiration..

P. -S. — Quoi I vous trouveriez 15.000^ ? Cela n'est pas possible ! Cela seroit trop obstiné. Voici encore vos [querelles] eni défaut. Le contrat de vente de la Vallée n'est que de 20.000fquoi qu'elle m'en ait coûté 30.000. Vous voyez que l'hypothèque de- 24.000' passe même la valeur exprimée. J'ai il est vrai mangé depuis plus de loO.OOO'^ dans la Vallée à la bâtir, à la planter- [etc.] Mais tout cela, comme vous savez, est nul pour hypothèque ;,

il n'y a que la somme portée au contrat qui puisse fixer la base de l'emprunt. Mon , mes ffenSj et tout mon train avec le

feu, la lumière etc. ne me coûtent par mois que 300*^, quelquefois iOO'^, jamais 500^ Tout cela fait 6.000*^ et moins par an. C'est la pure vérité, et c'est M^'^de Gli. qui paye et fait les comptes jour par jour. Nous ne devons jamais un sou sur le courant de la maison. Hors les voyages et la Vallée, je n'ai pas un goût, et les voyages et la Vallée sont finis. Quelle lettre ! et j'en ai mise une hier à la poste presque aussi longue avec une rose de magnolia ! L'histoire va bien. Moyse vous attend. Mille tendresses et à vos hôtes. ^

i97 31 mai [1812].

A la duchesse de Duras.

Val-du-Loup, ce 31 mai.

11 faut qu'Ussé soit bien loin, car la réponse de ma sœur a été bien longtemps en route. J'attendois avec impatience le premier mot écrit du château de la belle cousine. Je suis désolé de voir que ma sœur est triste. Je ne suis pas gai non plus, j'ai des chagrins de plus d'une espèce. Mes affaires vont très mal, rien ne s'arrange, et j'ai devant moi un avenir si trouble et si noir que je ne sais comment j'échapperai à la catastrophe qui me menace. Mon été, d'une autre part, n'est point fixé. Mes misérables affaires me retiennent à la Vallée. Je suis tracassé de tous côtés. Il n'y a que ma sœur qui soit bonne et aimable. Elle m'a fait rire avec les billets dont se vante M^^ de G... je crois lui avoir écrit deux fois dans ma vie ; une fois pour la remercier d'un pot de fleurs

1. Publié incomplùtenient par nous, p. 2G3, d'après Bardoux La Jac/iesse (le Duras. — Texte complété sur l'original autographe. — Archives du château de Maucreux.

qu'elle m'avoit envoyé, une autrefois pour répondre à un billet d'elle. J'écris bien mal les billets du matin, et même les lettres du soir et je suis certain que mes billets n'étoient point du tout charmants. — Ma sœur se plaint que mes lettres ne sont point aussi cordiales et franches que ma conversation ? Voici pourtant un long bavardage. Voilà des détails sur ma vie. Je conviens pourtant que ma position, en me serrant le cœur et en composant ma vie d'une foule de choses contraires, m'ôte cet abandon qui résulte de la liberté d'âme et de la simplicité des attachemens.

Dans la conversation, entraîné par la rapide succession des idées, on se livre d'avantage à tous ses mouvemens, mais dans une lettre le temps matériel que l'on met à tracer des mots, permet aux réflexions d'arriver et fait naître des contradictions et des craintes. Ce qui n'est pas obscur pour moi, c'est la tendre et vive amitié que je sens pour ma sœur ; c'est la certitude que rien ne pourra jamais distraire dans mon cœur ce sentiment et que j'aurai pour elle toute ma vie attachement durable qui nait de l'estime, de la ressemblance, des aff'ections et de la noblesse des pensées.

Je voulois vous parler de la pauvre petite Félicie et de l'mgrate Clara. Me rappellerez-vous au souvenir de M. de D... ?i

W1 29 [juin 1812]. 2

A la duchesse de Duras.

Paris 29.

Je pars pour ma Vallée ; quel bonheur de rentrer dans la paix et de retrouver mes petits arbres ! J'ai reçu votre lettre de Chartres, et je vous en remercie.

1. Publié incomplètement par nous, page 262, d'après Bardoux La duchesse de Duras, p. 118. — Texte revisé sur Toriginal autographe. — Archives du château de Maucreux.

Page 1