‹ Correspondance généraleChapitre 180 sur 181 · Date donnée par le cachet de la poste · texte numérisé non relu

Date donnée par le cachet de la poste

4. D'après l'original autographe. — Archives du château de Maucreux.

i24P [19 août 1815.]

A la duchesse de Duras.

Samedi 3 heures.

Chère sœur, le bon Monsieur Lemoine, mon secrétaire volontaire^ vous dira tout. Mes succès sont tels que j'en ai honte. On criait autant vive le Président dans les rues que vive le Roi. Le •collège m'a accordé des honneurs extraordinaires, déposition du manuscrit du discours et de V adresse aux archives, et vous verrez •cette adresse. Je suis si las que je puis à peine écrire. Vous me verrez demain ou lundi. Faites un peu [aller] le discours et le reste.

J'ai emporté le champ de bataille sur les Bavarois à l'église. Ils ont déclaré qu'ils ne le cédoient que par considération personnelle pour un homme connu de l'Europe etc.

Gardez pour vous toutes ces [ ] de mon amour-propre

•enflé par mes succès de Province.

Les quatre choix sont excellents. Le Boiteux et M^® de Monti)oissier doivent être contents de moi.

MM. de Talleyrand, Baërt, Henri de Longuève, et Grignon •d'Ouzoer.

Henri de Longuève est fort aimé et connu du Roi. Grignon est ie chef des négociants d'Orléans. Il a cinq millions de bien et c'est un royaliste décidé qui a risqué mille fois son [ ] pour

[ ] des émigrés.

On a célébré aussi la S^ Louis de l'autre côté du Pont.

C^est moi qui ai rouvert ma lettre. *

1 . Cette dernière ligne sur l'extérieur, à la place de la suscription. — iD'après l'original autographe, — Archives du château de Maucreux.

2i^« 49 [août 1815].

A la duchesse de Duras.

Samedi 19.

J'ai reçu votre billet parla diligence, à Tinstant où je recevois. la gazette officielle. Voila donc la chose finie. Nous arriverons^ j'espère, à notre but. La poste m^'apporte un mot de vous où vous, paroissez fâchée de mon petit mot à M"® Joséphine. Mais vous, ne m'avez donc pas bien lu ? Ou vous n'avez pas pu me lire ? Je vois dans cette lettre une chose dont je n'ai pas encore la clef. Je^ vais l'avoir, j'espère, à l'instant. Je ne vous répondrai plus de la même manière, parce que tout me manque ici et qu*à présent letemps de l'élection avançant et les électeurs arrivant de toute^ part, je ne respire plus. J'étoissûrde mon élection. Je vais tâcheidelà porter sur la tête de M. de la Luzerne.

Je suis désolé que vous soyez malade. Songez que nous nous, reverrons dans quelques jours. Nous verrons qui de nous deux, oubliera le premier ce qu'il a promis. Soyez un peu indulgentedans ce moment par pitié pour l'ennui et le chaos où je me trouve^ Les dîneurs, les sollicitations, les invitations, les visites à recevoir et à rendre, les lettres ministérielles, les étrangers, les. François, j'ai tout cela sur le dos. Je vous écris constamment et plus souvent que vous ne m'avez écrit. J'attends votre réponse à mon gros paquet. J'ai changé quelque chose à mon discours, et vraisemblablement là où vous ferez quelques remarques. Soyez; donc bonne, aimable, douce pour un petit momemt. Ne me grondez pas. Mon attachement qui augmente tous les jours de ma vie,, [vaut bien] que vous Je ménagiez.

Je viens de relire votre lettre. J'ai parfaitement compris ce queje n'entendois pas d'abord. Ce que vous me dites du Duc de La Bédoyèreet du Courrier m'afflige ; mais j'espère que le temps fera enfin justice de tous les ennemis du Roi. Ma nomination de la gazette qui me laisse la perspective du repos avec une positioa

honorable ne laisse pas place chez moi ce matin à trop de chagrin. Un million de tendresses. Que je suis fâché que vous soyez souffrante, et que vous n'ayiez pu lire ma lettre ! Elle vous auroit consolée de l'écriture étrangère . *

945 21 [août 1815].

A la duchesse de Duras.

Lundi 21.

Je vous écris encore un petit mot aujourd'hui, chère sœur, parce que demain 22, j'entre en fonctions, et je ne serai plus libre. Je vous manderai le soir le résultat de la journée. Nous avons bien des cabales, mais nous réussirons à faire de bons choix. Tout le monde accourt ; et des vieillards de 80 ans sortent de leurs villages pour donner leurs voix. Votre frère est très aimé ici, et il vaut quelque chose au Roi. J'ai changé ce que vous voulez dans le discours, excepté comme je vous l'ai dit, la sainte et douloureuse [ ] en vérité on peut laisser

cela.

Je me suis attendri aussi sur La Bédoyère, mais quand je songe à mon malheureux cousin, mort obscurément comme un espion, massacré sans que personne pensât à lui, et sans que les Buonapartistes fissent sur lui la moindre des réflexions touchantes que vous faites ; et que je vois La Bed., coupable du plus abominable crime, ayant introduit 600 mille étrangers en France, exécuté avec les honneurs d'un honnête homme, et plaint d'une ennemie telle que vous, je vous avoue que je m'en veux de ma pitié.

A-t-on plaint le malheureux chevalier de Gau fusillé l'année dernière à Troyes ? Allons, chère sœur, un peu de courage.

1. D'après roriginal autographe. — Archives du château de Maucreux.

Réservons nos larmes pour nous, nous en aurons peut-être besoin.

Voilà la pairie héréditaire ; ceci rend le titre de pair vraiment beau et désirable. Mais cela ne me regarde pas: Omnis moriar. Il est vrai qu'il semble que je pourrais adopter un neveu. Chère sœur, je vous aime tendrement; j'ai un besoin extrême de vous voir. Ces quinze jours me pèsent et sont bien longs. Je ne puis dire si je serai libre avant le 26, et il est possible que les procèsverbaux me retiennent même après les élections. Aimez-moi, écrivez moi.^

^^5* [23 août 1815.]

Je ne puis vous écrire qu'un moment, du bureau de ma Présidence ; dans une heure, je prononcerai un discours. Les formalités d'hier ont [emporté] toute la journée. Nous allons très bien, mais cela sera très long. J'ai reçu toutes vos lettres à M. [ ] et

Tautre à M. Lemoine. Aimez moi toujours et ne pensez pas toujours à cette bégueule de Méritens.

Ce 23. 2

'245^ 24 [août 1815].

A la duchesse de Duras.

Jeudi 24.

Eh bien, chère sœur, je sais ce que c'est qu'une assemblée; à peu près 300 personnes m'ont entendu, et vous ne pouvez vous

1. Nous avons donné, p. 295, une partie de cette lettre, d'après Bardoux La duchessp de Duras, p. 185. — Texte complété sur l'original autographe. — Archives du château de Maucreux.

2. D'après l'original autographe. — Archives du château de Maucreux.

faire une idée de cet effet. On m'a forcé à relire ce matin à l'ouverture de la séance le discours que j'avais déjà lu hier. Même enthousiasme, mêmes cris, insertion au procès-verbal avec des termes incroyables ; distribution aux membres du Collège qui le font imprimer à leurs frais &c &c : au reste j'ai parlé deux ou trois fois d'abondance avec assez de clarté et de succès. J'ai fait prendre une résolution pour demain jour de la S^ Louis. Enfin j'espère par cet apprentissage que je mènerai un peu Mssrs les pairs.

Mais chère sœur, cela ne finit point. J'espère que demain les élections seront terminées, mais après cela restent les procèsverbaux k rédiger, expédier la députation au Hoi &c enfin si je puis partir lundi, je m'estimerai très heureux.

J'ai fait quelques changements heureux au discours. Il sera imprimé ici ce soir, j'en envoie une copie manuscrite ce matin à Le Normanl ou à Bertin pour le journal de l'empire.

Notre préfet est parti hier sur une incartade des Bavarois : mais cette fois-ci il est trop pressé, cela n'eut rien été du tout : il y a une lettre de M. de Tal. ici ce matin qui dit que tout s'arrange à Paris. Est-ce de la diplomatie ? Je vous écris ce mot du bureau au mi[li]eu d'une élection où les partis sont très animés. Mais quel que soit le vainqueur le choix sera bon. Je ne regrette pas [ el]. C'est un fouchiste du f. B. S^ G.'

'2(5'^ 26 [août 1815].

A la duchesse de Duras.

Les élections sont terminées à l'instant même . Voilà mon discours. Mon secrétaire partira dans deux heures, et vous portera les détails : vous serez contente. C'est yi.Auf/. de Talleyrand qui

1. D'après l'original autographe. — Arcliives du château de Maucreux.

se charge de ce billet. Vous [verrez] la nomination d'Alexandre de Talleyrand, comme vous le désiriez.

Orléans Samedi 26, 9 heures du matin. '

^46^ 29 septembre 1815.

A Monsieur Abel à Paris.

Paris, ce 29 septembre 1815.

Je vous remercie. Monsieur, du manuscrit que vous avez bien voulu me communiquer. Il y a quelque chose de vrai dans la note d-e votre auteur ; mais la phrase citée se trouvait dans mon discours même et venait à la suite d'un morceau très vif contre les Régicides. Ce fut ce morceau et un autre où je réclamais la liberté de la pensée, qui amenèrent les fureurs de Buonaparte et les nouvelles menaces de fusiller, si jamais mon discours était prononcé en public. J'avais reçu Tordre du duc de Rovigo de me présenter pour candidat à l'Institut, sous peine d'être enfermé pour le reste de mes jours à Vincennes.

Ne voulant occuper aucune place sous l'assassin du duc d'Enghien, et Torcé de me présenter pour demander celle de Ghénier, je fis mon discours de manière qu'on serait obligé de me défendre de le prononcer, malgré l'éloge de droit dont chaque récipiendaire était obligé de couronner son discours. Je réussis dans ce dessein ; mais je pensais y perdre la vie, et l'on se rappelle encore tout le bruit que cette affaire de l'Institut fit dans le temps à Paris .

Je pense donc, Monsieur, que l'anecdote racontée par M. Ghetw^oode étant presqu'entièrement con trouvée, elle peut être supprimée sans inconvénient. Pour mon compte, je désire que l'on

1. D'après rorig-inal autographe. — Archives du château de Maucreux.

parle de moi le moins possible. C'est à vous, Monsieur, de suivre là dessus votre sentiment et je vous renouvelle encore mes remercîmens pour votre politesse et la délicatesse de votre procédé envers moi.

J'ai l'honneur d'être, Monsieur, avec toute la considération possible, votre très humble et très obéissant serviteur.

DK Chateaubriand. •

1249'' 16 mars 1816.

A la marquise de Vichet.

Samedi, 16 mars 1816.

Le vicomte de Chateaubriand aura Thonneur de passer chez ^"*^ la marquise de VfichetJ. Il la remercie des détails qu'elle a bien voulu lui donner. Il la prie d'agréer l'hommage de son respect.

t>#'' 10 mars 1816.

A la marquise de Vichet.

Paris, mardi 19 mars 1816.

Selon toutes les apparences, madame, le manuscrit n'intéresse personne de ma famille. Mais j'ai à vous remercier de votre politesse. Puisque vous voulez bien me le permettre, madame, et me

i. Manjuis de (irangcs de Surg^ères Une gerbe de loNrea inédites de <lkateaubriand^ p. 28.

2. Téodor de Wyzewa Correspondance de Chateaubriand avec la niar^ •fjuise de V... (Paris, Perrin, 1903), p. 3.

laisser le choix du jour, j'aurai l'honneur de passer chez vouSv samedi 29, à midi.

Agréez, madame, je vous en prie, l'hommage de mon respect.

De Chateaubriand. ^

^5^* 13 mai 1816.

J'ai l'honneur d'envoyer à mon noble Collègue les papiers de

mon neveu Boishamon en les recommandant à sa bienveillance

et à sa justice. Je le prie d'agréer d'avance mes remercîments

sincères, et l'assurance de mon entier dévouement.

Ce 13 mai 1816.2

^5/ 28 mai 1816.

A la duchesse de Duras.

Paris 28 Mai 1816.

Votre petit mot de Moulins, m'est parvenu; je l'attendais avec impatience, souvenez vous de mes prédictions. Vous reviendrez guéri et nous n'aurons plus qu'à nous occuper de la manière de mieux passer nos jours. Mon vaisseau battu par l'orage a regagné le port, il n'en sortira plus ! La, tendre Barbarie est trop tendre

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