Archives de Broglie. — Paul Gautier op. cit., p
Si [24 juin 1801.]
A Madame de Staël ,
5 messidor.
J'ai voyagé ; j'ai vu le toit paternel, la Révolution a passé là, c'est tout vous dire. Les cendres mêmes de mon père ont été jetées au vent. Je suis revenu; j'ai trouvé la vie de mes amis en danger ; ' vous ne m'avez point écrit et je n'ai pas voulu vous importuner. Vos chagrins ont été grands, mais vous avez des ressources dans vos talens et mieux encore dans vos illusions. Vous aimez la gloire; vous l'avez, vous en jouirez encore davantage ; vous consolera-t-elle ?
Je ne sais rien de ma destinée ; je cherche de toutes parts une petite chaumière où je puisse m'ensevelir. Je renonce atout, hors à quelques souvenirs. Penserez-vous quelquefois à moi dans mon désert?
Madame Necker- nous a quittés ; nous le regrettons tous les jours ; dites-le-lui.
Voilà une lettre trop longue, pour un homme qui ne veut plus écrire que trois lignes. Adieu ; mes respects et mon admiration aux pieds de M. Necker. ^
1. Roux de Laborie et Berlin, accusés de trafic avec l'étranger des secrets de l'État : « Un soir nous vîmes dans notre retraite quelqu'un entrer à la dérobée par une fenêtre et sortir par une autre : c'était M. Laborie; il se sauvait des serres de Bonaparte. » [Mémoires d'Outre-Tombe, 11,268.) Cf. Arch. Nat., F7 6283.