Sic
3. Cet ouvrage « qui paraîtra bientôt», ajoute M. Girardin, est sans doute le Génie du Christianisme. Mais, à ma connaissance, le fragment sur les Anglais dont il est question ici ne se trouve ni dans l'édition de 1802 ni dans les suivantes. Est-ce dans l'édition manquée de Londres — ou peut-être encore dans celle de Paris — que plusieurs de ses amis ont pu le lire ? Quand Chateaubriand écrit dans la préface de l'édition de 1802, que « l'on ne peut écrire avec mesure que dans sa patrie » peut-être, fait-il allusion aux passages où l'on sent, comme dans celui-ci, toute l'amertume de l'exil.
La réponse de Chateaubriand n'imposa pas silence à ses adversaires. Ils poursuivirent leurs attaques indirectes. On trouve dans le Journal de Paris du 23 thermidor an IX les vers suivants:
S5 [23 juillet 1801. J
A Madame de Staël.
J'arrive de la campagne, madame, et on me dit qu'Eugène ^ part pour la Suisse . Je n'ai que le temps de vous apprendre que M'^^B... m'a envoyé chercher hiev pour me remettre ma radiation. Vous n'ignorez peut-être pas les obstacles que j'ai rencontrés, l'horrible article de l'abbé Morellet, etc. On voulait me mettre les mathématiciens à dos, et vous savez que c'est la partie sensible. Le passage critiqué par l'abbé est, ce me semble, un endroit que vous connaissiez, et que vous aimiez assez. Quoi qu'il en soit, ils en sont pour leurs épigrammes, leurs satires, leurs critiques. Je suis citoyen français^ et je puis dire, comme M. Loyal, en dépit de V envie. Je vous écrirai bientôt une longue lettre ; à présent, il faut que j'aille voir les ministres. Je compte m'ensevelir dans une profonde retraite, et travailler à force pour mettre mon Génie du Christianisme en état de paraître.
Croyez, je vous en supplie, à toute la reconnaissance et à la tendre amitié que je vous ai vouées. Embrassez mon petit Auguste, et permettez-moi de baiser humblement vos belles mains.
F... 2 a été très bien dans mon affaire et même à peu près le
Tous ces Finançais qui paraissent toujours
... Anglais dans leurs discours; Qui démentant leur patrie et leurs pères, Ont parmi nous des âmes étrangères, Et qui se sont ouvertement permis D'augurer mal de nos affaires ; Qu'ils auraient bien des sentiments contraires, S'ils étaient nés parmi nos ennemis !
Et en note :
« La lettre du citoyen G., insérée dans notre numéro du 15, nous a rappelé ces vers qui ne furent jamais plus à l'ordre du jour. Ils n'ont pas été faits dans ce siècle, ni même dans le xviii*', ils datent de 1693 et sont de l'abbé Reg-nier-Desmarais. »
Cette fois Chateaubriand dédaigna de répondre.