Delphine
Correspondance de Chateaubriand. T. I. 5
encore quelque prix. Ici tout est bassesse, cabale, esprit de parti, de coterie : il n'y a plus d'honorable que le repos et l'obscurité.
Du reste on ne m'envoie point à Rome, parce que l'archevêque de Lyon * n'y va pas, et que mes destinées étaient attachées aux siennes. Je balance entre une retraite absolue au fond de quelque province, ou une nouvelle expatriation.
Je compte quitter Paris dans un mois, et Dieu sait quand j'y reviendrai, terris jactatus et alto.
Voilà une bien longue lettre ; j'ai voulu la proportionner à mon silence, vous trouverez peut-être que j'ai passé la mesure. Mille tendres complimens.
Veuillez présenter mes respects à M™® Necker et à M"® de Kriidener. Je voudrais bien savoir l'adresse de celle-ci.-
38 [23 septembre 1802.]
A Fontanes.
1'^'" vendémiaire [an XI].
Je sors de chez La H[arpej. Il est sous le charme. Il dit que vous finissez l'antique école et que j'en commence une nouvelle. Il est même un peu de mon avis, contre vous, en faveur de certaines divinités. C'est qu'il fait agir Dieu, ses saints et ses pro^ phètes. Il m'a donné des vers pour le Mercure, il veut m'en donner d'autres pour ma seconde édition et faire de plus l'extrait de cette seconde édition. Enfin je ne puis vous dire tout le bien qu'il pense de votre ami, car j'en suis honteux. Il me passe jusqu'aux incorrections, et s'écrie : Bah ! bah ! ces gens-là ne voient pas que cela tient à la nature même de votre talent. Oh ! laissez-moi faire I je les ferai crier : Je serre dur ! ! !