Archives de Broglie. — Paul Gautier op. cit., p
f^o 12 novembre 1803.
A Fontanes.
Rome, 12 novembre [20 brumaire].
J'espère que cette lettre, que je mets à la poste de Milan, vous parviendra presque aussi vite que le récit de la mort de ma malheureuse amie, que je vous ai fait passer par la poste directe, mercredi au soir. Je vous apprends que ma résolution est changée. J'ai parlé au cardinal ; il m'a traité avec tant de bonté, il m'a fait sentir tellement les inconvénients d'une retraite dans ce moment, que je lui ai promis que j'accomplirais au moins mon année, comme nous en étions convenus dans le principe.
Par ce moyen, je tiens ma parole à ma protectrice ; je laisse le temps aux bruits philosophiques de Paris de s'éteindre, et, si je me retire au printemps, je sortirai de ma place à la satisfaction de tout le monde, et sans courir les risques de me faire tracasser dans ma solitude. Il n'est donc plus question pour le moment de démission ; et vous pouvez dire hautement, car c'est la vérité, que non seulement je reste à Rome, mais que l'on est fort content de moi. Mes entrées chez le Pape vont m'être rendues ; on va me traduire au Vatican, et la Gazette de Rome fait aujourd'hui même un éloge pompeux de mon ouvrage, qui, selon les chimistes^ est mis à l index. Le cardinal écrira mardi au ministre des relations extérieures pour désapprouver tous les bruits et s'en plaindre. On me donne un congé de douze jours pour Naples aHn de me tirer un moment de cette ville où j'ai eu tant de chagrins.
Je désire que cette lettre, mon cher ami, vous fasse autant de plaisir que les autres ont pu vous faire de peine ; mais je n'en suis pas moins très malheureux. J'espère vous embrasser au printemps. En attendant, souvenez- vous que je ne pars plus. Mille amitiés. ^
1. Original autographe à laBibl. de Genève. — La suscription est de la main d'un secrétaire. Timbre postal : 7 fnmaire an XII. — Faillies Chateaubriand, p. 192.