‹ Correspondance généraleChapitre 62 sur 181 · Dans le Mercure on lit marquais au lieu de disais · texte numérisé non relu

Dans le Mercure on lit marquais au lieu de disais

3. Dans le Mercure on lit : « Sans autre préambule, je vais donc essayer de vous donner une idée générale des dehors de Rome, c'est-à-dire, de ses campagnes et de ses ruines. »

4. Dans ie Mercure : « Vous avez lu, mon cher ami, tout ce qu'on a écrit sur ce sujet ; mais je ne sais pas si. . . »

5. « Deux choses te viendront à la fois dans un seul jour, stérilité et veuvage. »/saïe.

d'une onde orageuse qui s'est écoulée comme le peuple romain. ^ A peine découvrez-vous quelques arbres, mais partout s'élèvent des ruines d'aqueducs et de tombeaux ; ruines qui ~ semblent être les forêts et les plantes indigènes d'une terre composée de la poussière des morts et des débris des empires. Souvient, dans une grande plaine, j'ai cru voir de riches moissons : je m'en approchais: des herbes flétries avaient trompé mon œil. Parfois, sous ces ^ moissons stériles, vous distinguez les traces d'une ancienne culture. Point d'oiseaux, point de laboureurs, point de mouvements champêtres, point de mugissements de troupeaux, point de villages. Un petit nombre de fermes délabrées se montrent sur la nudité des champs ; les fenêtres et les portes en sont fermées ; il n'en sort ni fumée, ni bruit, ni habitants. Une espèce de Sauvage, presque nu, pâle et miné par la fièvre, garde ces tristes chaumières, comme ces spectres qui, dans nos histoires gothiques, défendent l'entrée des châteaux abandonnés. Enfin, l'on dirait qu'aucune nation n'a osé "succéder aux maîtres du monde dans leur terre natale, et que ces champs sont tels ^ que les a laissés le soc de Gincinnatus, ou la dernière charrue romaine.

C'est du milieu de ce terrain inculte que domine et qu'attriste encore un monument appelé par la voix populaire le Tombeau de Néron'^, que s'élève la grande ombre de la Ville Eternelle. Déchue de sa puissance terrestre, elle semble, dans son orgueil, avoir

1. Dans le Mercure on ht : « Vous apercevez çà et là quelques bouts de voies romaines, dans des lieux où il ne passe plus personne ; quelques traces desséchées des torrens de l'hiver, qui, vues de loin, ont elles-mêmes l'air de grands chemins battus et fréquentés, et qui ne sont que le lit désert d'une onde orageuse qui s'est écoulée comme le peuple romain. »

2. Dans le Mercure : « mais vous voyez partout des ruines d'aqueducs et de tombeaux qui. . . »

3. Dans le Mercure : « je m'en approchais, et ce n'était que des herbes flétries qui avaient trompé mon œil : quelquefois sous ces... »

4. Dans le Mercure : « et que vous voyez ces champs tels.. . »

5. Le véritable tombeau de Néron était à la porte du Peuple, dans l'endroit même où l'on a bâti depuis l'église de Sania-Maria del Popolo. [Note de Chateaubriand.)

voulu s'isoler : elle s'est séparée des autres cités de la terre ; et, comme une reine tombée du trône, elle a noblement caché ses malheurs dans la solitude.

Il me serait impossible de vous dire * ce qu'on éprouve, lorsque Rome vous apparaît tout à coup au milieu de ses royaumes vides, inania régna ^ et qu'elle a l'air de se lever pour vous de la tombe où elle était couchée. Tâchez de vous figurer ce trouble et cet étonnement qui saisissaient ^ les prophètes, lorsque Dieu leur envoyait la vision de quelque cité à laquelle il avait attaché les destinées de son peuple: Quasi aspectus splendoris.^ La multitude des souvenirs, l'abondance des sentiments vous oppressent ; votre âme est bouleversée à l'aspect de cette Rome qui a recueilli deux fois la succession du monde, comme héritière de Saturne et de Jacob. ^

Vous croirez peut-être, mon cher ami, d'après cette description, qu'il n'y a rien de plus affreux que les campagnes romaines Vous vous tromperiez beaucoup ; elles ont une inconcevable grandeur; on est toujours prêt, en les regardant, à s'écrier avec Virgile :

Salve, mag-na parens frugum, Saturnia tellus, Magna virum ! ^

Si vous les voyez en économiste, elles vous désoleront ; si ^ vous les contemplez en artiste, en poète, et même en philosophe,

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