Vid. Tite Live
Caprée, la côte du Pausilipe, Baïes, Misène, Gumes, l'Averiie, les Champs-Elysées, et toute cette terre virgilienne, présentent un spectacle magique ; mais il n'a pas selon moi le grandiose de la campagne romaine. Du moins est-il certain que Ton s attache prodigieusement à ce sol fameux : il y a deux mille ans que Gicéron se croyait exilé sous le ciel de l'Asie, et qu'il écrivait à ses amis : Urbem^ mi Rufe, cole, in ista luce vive. ^ Cet attrait de la belle Ausonie est encore le même. On cite plusieurs exemples de voyageurs qui, venus à Rome dans le dessein d'y passer* quelques jours, y sont demeurés toute leur vie. Il fallut que le Poussin vînt mourir sur cette terre des beaux paysages ; et au moment où je vous écris, j'ai le bonheur d'y connaître M. d'Agincourt, qui y vit seul depuis vingt-cinq ans, et qui promet à la France d'avoir aussi son Winckelmann.
Quiconque s'occupe uniquement de l'étude de l'antiquité et des arts, ou quiconque n'a plus de liens dans la vie, doit venir demeurer à Rome. Là il trouvera pour société une terre qui nourrii-a ses réflexions et qui occupera son cœur, des promenades qui lui diront toujours quelque chose. La pierre qu'il foulera aux pieds lui parlera, la poussière que le vent élèvera sous ses pas renfermera quelque grandeur humaine. S'il est malheureux, s'il a mêlé les cendres de ceux qu'il aima à tant de cendres illustres, avec quel charme ne passera-t-il pas du sépulcre des Scipions au dernier asile 3 d'un ami vertueux, du charmant tombeau^ de Cecilia Metella au modeste cercueil d'une femme infortunée ! 11 pourra croire que ces mânes chéris se plaisent à errer autour de ces monuments avec l'ombre de Cicéron, pleurant encore sa chère Tullie,
i. « C'est à Rome qu'il faut habiter, mon cherRufus, c'est à cette lumière qu'il faut vivre. » Je crois que c'est clans le second livre des Epilres familières. Comme j'ai cité partout de mémoire, on voudra bien me'pardonuer s'il se trouve quelque inexactitude dans les citations. (Note de Chateauhriand.)
Et dans le Mercure en effet on lit : « Urbem, mi lîiifif et in iild luce vive. »*