‹ Correspondance généraleChapitre 69 sur 181 · Mercure : « point » au lieu de « pas · texte numérisé non relu

Mercure : « point » au lieu de « pas

Correspondance de Chateaubriand. T. I. 11

Il faut maintenant, mon cher ami, vous dire quelque chose de ces ruines dont vous m'avez recommandé ^ de vous parler, et qui font une si grande partie des dehors de Rome; je les ai vues^ en détail, soit à Rome, soit à Naples, excepté pourtant les temples de Pœstum, que je n'ai pas eu le temps de visiter. Vous sentez que ces ruines doivent ^ prendre différents caractères, selon les souvenirs qui s'y attachent.

Dans une belle soirée du mois de juillet dernier, j'étais allé m'asseoir au Golisée, sur la marche d'un des autels consacrés aux douleurs de la Passion. Le soleil qui se couchait versait des fleuves d'or par toutes ces galeries où roulait jadis le torrent des peuples ; de fortes ombres sortaient en même temps de l'enfoncement des loges et des corridors, ou tombaient sur la terre en larges bandes noires. Du haut des massifs de l'architecture, j'apercevais, entre les ruines du côté droit de l'édifice, le jardin du palais des Césars, avec un palmier qui semble être placé tout exprès sur ces débris pour les peintres et les poètes. Au lieu des cris de joie que des spectateurs féroces poussaient jadis dans cet amphithéâtre, en voyant déchirer des chétiens par des lions, on n'entendait que les aboiements des chiens de l'ermite qui garde ces ruines. Mais aussitôt que le soleil disparut à l'horizon^, la cloche du dôme de Saint-Pierre retentit sous les portiques du Golisée. Cette correspondance établie par des sons religieux entre les deux plus grands monuments de Rome païenne et de Rome chrétienne, me causa une vive émotion : je songeai que l'édifice moderne tomberait comme l'édifice antique; je songeai que les monuments •'' se succèdent comme les hommes qui les ont élevés ; je rappelai dans ma mémoire que ^ ces mêmes Juifs qui, dans leur première captivité"^, travaillèrent aux pyramides de l'Egypte et aux murailles de

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