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II. ''^ I

470 CORHESPONDANCE DE G. t'LA.UBERT.

volupté, cette pensée est mon petit bagage de route, etje la passe sur mon cerveau en sueur comme une chemise blanche. Toi tu as fait une bonne chose, ta Paysanne va réussir si le Pays en veut (mais ces messieurs aussi doivent être pudiques); tu vas avoir de suite plus de lecteurs que tu n'en aurais eu à la Hevue.

Enfin, Bouilhet et moi, nous t'arriverons samedi vers six ou sept heures du soir ; la Seine est débordée, ienesaiscommentj'iraiii Rouen, il me faudra prendre le bateau, et les heures ne coïncideront peut-être pas avec le chemin de fer. En tout cas nous irons dîner avec toi, et si d'ici à samedi tu ne recevais aucune lettre, c'est qu'il n'y aurait rien de changé dans mon plan. Peut-être mercredi ou jeudi t'enverrai-je un simple mot pour te dire j'arrive. Adieu donc, à bientôt, dans huit jours à cette heure-ci. A toi, à toi.

Tiens-tu absolument à mes notes de voyage? moi je crois que maintenant il vaudrait mieux que tu ne les lises pas. Tout ce qui est étranger au travail en distrait.

A la même.

Croisset, meri^redi Liinuit,

Enfin I me revoilà à peu près dans mon assiette! j'ai grilfonné dix pages d'où il en est résnlté deux et demie; j'en ai préparé quelques autres. Ça va aller, j'espère, et toi, pauvre bonne Muse, où en es-tu? je te vois piochant ton Acropole avec rage et j'en attends le premier jet d'ici à peu de jours; soigne bien les vers, au point où tu en es maintenant tu ne dois pas te permettre un seul vers faible. Je ne sais ce qu'il en sera de ma Bovary, mais il me semble qu'il n'y aura pas une phrase molle. C'est déjà beaucoup ; le

CORRESPONDANCE DE G. FLAUBERT. iH

génie c'est Dieu qui le donne, mais lo talent noas regarde; avec un esprit droit, l'amour de la chose et une patience soutenue on arrive à en avoir. La correction (je l'entends dans le pins haut sens du mot) fait a la pensée ce que l'eau du Styx faisait au corps d'Achille : elle la rend invulnérable et indestructible; plus je pense à cette- Acropole et plus il me semble iju'il y aurait à la fin «ne enguettlade aux Barbares superbe ; cela rentrerait dans l'esprit de la pièce et m'en parait même le complément. Je vais tâcher d'être clair. Après tes Panathénées, tableau de la Grèce, vivant, animé, et avoir bien marqué que cela n'existe , plus, je dirais... et puis les Barbares sont venus (pas de description de l'ûivasion, mais plutôt l'effet en résultant), ils ont cassé, profité, fmt des meules de moulin avec les piédestaux de tes statues... ils ont chauffé leurs pieds nus à ton olivier qui brûlait, 6 Minerve, et dans des langues barbares accusé tes dieux, 6 Homère... il faudrait faire la confusion soutenue des deux espèces de Barbares, et cela très large, à la fois lyrique et satyrique, ça ne sortirait pas du lieu même de l'Acropole ; les diverses ruines et constructions modernes te serviraient de comparaisons et de point de rappel, et ce mouvement t'amènerait naturellement à ton trait final : nous cherchons maintenant parmi ces débris les vestiges du beau.

Réfléchis à cela, il me semble qu'U y a là beaucoup ; cette idée plairait au cûté classique de l'Académie et pourrait d'ailleurs être en elle-même une fort belle chose- La Sylphide, comme dit Babinet, a écrit deux lettres charmantes. Buuithet a répondu quelques lignes h la dernière pour lui dire qu'elle le laisse tranquille et qu'il ne veut plus entendre parler d'elle, il m'a l'air

l,<,n.-<- ,,'GOO^IC

na CORRESPONDANCE DE G. FLAUBERT,

très calme et décidé, mais mi vieux psycholo^e ■comme moi pense que ce n'est pas là une fin ; ils se reverront d'une façon ou d'une autre et s'aimeront ou je serais fort étonné; elle a dû être vexée de son dernier billet; y répondra- t-ellet la correspondance -se rengagerait alors sur un pied purement littéraire? mais la littérature mène loin et les transitions voue font glisser sans qu'on s'en doute des hauteurs du ciel ■aux profondeurs du c, problèmel pensée 1 comme -dirùt le grand Hugo I

J'ai demûn à déjeuner un jeune homme que Bouilhet m'aamené dimandie. Je l'avais connu enfant lorsqu'il avait sept & dix ans; son père, magistrat inepte, «n faisait un perroquet et le poussait aux bonnet ■itudti, mais malgré tous ses soins il n'est point devenu un crétin (ce qui désole le père) et il a pris en goût ■sérieux la littérature, il est hugotique, rouge, etc., de iii désolation de la famille, haine de tous les concitoyens, mépris du bourgeois; il désirait depuis longtemps faire ma connaissance. Je l'ai reçu carrément et dans tout le déshabillé franc de ma pensée; c'est «e qu'il faut faire aux gens qui viennent nous flairer par curiosité. S'ils sont choqués, ils ne reviennent plus, et s'ilsvousaimentc'est qu'ils voue connaissent.

Quant à lui il m'a paru être un assez intelligent garçon, mais sans dpreté, sans cette suite dans les idées qui seiile mène à un but; il donne dans les théories, les symbolismes, Michelelteries, Quinetteries (j'y ai été aussi, je les connais), études comparées des langues, plans gigantesques et charabias un peu "vides. Mais en somme on peut causer avec lui pendant ^xuelques heures; or la graine est rare de ceux-Ut- Il habite Paris, a une vingtaine de mille francs de rente «t va s'en aller en Amérique et de.Ià aux Indes pour

son plaisir; il veut aussi écrire une histoire grecque, voir la Grèce. Voilà bien des volontés qui marquent peut-être absence de volonté. Dans quelle époque de dilTusion noua sommes I L'esprit autrefois était un soleil solitaire, tout autonr de M il y avait le ciel vide ; son disque maintenant, comme par un soir d'hiver, semble avoir pftli et il illumine toute la brume humaine de sa clarté confuse.

Je m'en vais relire Montaigne en entier, c'est une bonne causerie, le soir avant de s'endormir. Comment vas-tu? il me semble qu'il y a six mois que je t'ai quittée. Comme nous serons à nous à Mantes. Mais ne pensons pas h cela, travaillons, moi je ne veux plus regarder en avant, la longueur de ma Bovary m'épouvante à me décourager; « qu'estes que ton devoir? dit Gœthe; l'exigeance de chaque jour »; ne sortons pas de là. Adieu, mille baisers sur tes lèvres de Huse.

A, la menu.

Croiseet, nuit de dlmancbe, I heure et demie.

n est bien tard, je devrais me coucher, mais c'est demain dimanche, je me reposerai. Je veux te dire tont de suite, chère Muse (combien je t'aime, d'abord), et comme tes deux dernières courtes lettres m'ont fait plaisir, elles ont un souffle qui m'a gonflé, je 4Xois, car je suis dans le même état lyrique que toi; j'y ai vu que tu étais emportée dans l'art et que tu' roulais dans la houle intellectuelle, ballottée fi tous les grands vents apolloniçues. C'est bien, c'est bien, nous ne valons quelque chose que parce que Dieu souffle en nous ; c'est là ce qui fait même les médiocres forts, ce qui rend les peuples si beaux aux

n4 COBBESPOND.VNCE M G. FLAUBERT,

jours de fièvre, ce qui embellit les laids, ce qui pu- ' rifie les Infâmes : la foi, l'amour; « si vous aviez la foi vous remuerioz les montagnes. » Celui qui a dit cela a changiJ lo monde parce qu'il n'a pas douté.

Garde-moi toujours cette rage-là, tout cède et tout pêté à la fin devant les obstinations suivies, j'en reviens toujours à mon vieil exemple de Boileau; ce gvedin-là vivra autant que Molière, autant que la langue française et c'était pourtant un des moins poètes des poètes; qu'a-t-il fait? il a suivi sa ligne jusqu'au bout et donné à son sentiment si restreint du beau toute la perfection plastique qu'il comportait.

Ta Paysanne a du mal à paraître. C'est justice, voilà une preuve que c'est beau ; pour les œuvres et pour les hommes médiocres, le hasard est bon enfant, mais ce qui a de la valeur est comme le porc-épic, on s'en écarte; une des preuves qui m'auraient convaincu de la vocation de Bouilhet si j'en eusse douté, c'est qu'à Rouen, dans son pays et où il est connu, pas un journaliste n'a même cité son nom; on objectera qu'ils ne peuvent le comprendre et j'accepte l'objection qui me donne raison, ou bien c'est qu'ils l'envient et ils font bien alors. De même l'ami Gautier fait des réclames pour E. Delessert, qu'il connaît à peine, et ne souffle mot de Tami Bouilhet, est-ce clair?envoie-moi demain à n'importe quel journal ta Pai/ïatine.éreintée, fais-y une fin sentimentale, une nature factice, des paysans vertueux, quelques Ueux communs sur la moraUté avec un peu de clair de lune parmi les ruines à l'usage des âmes sensibles, le tout entremêlé d'expressions banales, de comparaisons usées, d'idées bétes et que je sois pendu si on ne l'accepte. Mais patience, la vérité a son tour, cUe possède en soi-mémi une force divine et quoiqu'on l'exècre onlaproclame,

CORRESPONDANCE' DE G. PLAUBERt. 175

on a de tout temps crié contre l'originalité, elle finit pourtant par entrer dans le domaine commun et bien que l'on déclame contre les supériorités, contre les aristocrates, contre les riches, on vit néanmoins de leurs pensées, de leur pain. Le génie comme un fort cheval traîne à son c l'humanité sur les routes de l'idée, elle a beau tirer les r^nes et par sa bêtise lui faire saigner les dents, en hocquesonnant tant qu'elle peut le mors dans sa bouche, l'autre qui a les jarrets robustes continue toujours au grand galop par les précipices et les vertfges.

J'attends lundi malin VAeropole et comme il faut se dépécher, je la lirai, je la porterai de suite à Rouen à Bouilhet, nous la lirons, et chez lui je t'écrirai en te renvoyant le tout.

Pour un autre travail ce procédé de composition ne serait pas bon; il faut écrire plus froidement; mé- ' flons-nous de cette espèce d'échaulTement qu'on ' appelle l'inspiration et où il entre souvent plus d'émotion nerveuse que de force musculaire. Dans ce moment-ci par exemple, je me sens fort en train, mon front brûle, les phrases m'arrivent, voilà deux heures que je voulais t'écrire et que de moment en moment le travail me reprend; au lieu d'une idée j'en ai dix et où il faudrait l'exposition la plus simple il me surgit une comparaison, j'irais, je suis sûr, jusqu'à demain midi sans fatigue. Mais je connais ces bals masqués de l'imagination d'où l'on revient avec la mort au cœur, épuisé, ennuyé, n'ayant vu que du faux et débité des soltises; Jout doit ae faire à froid, posément. Quand Louvel a voulu tuer le duc de Berry~ir a" "pris une carafe d'orgeat et n'a pas manqué son coup; c'iitait une comparaison de ce pauvre Pradier et qui m'a toujours frappé, elle est

ne COaRESPONDANCE DE G. FLAUBERT.

d'un haut enseignement pour qui sait la comprendre.

Ma préface, du Dictionnaire des idées reçues me tourmente, j'en ai fait le plan par écrit; j'ai passé l'autre jour deux heures de suite à rêver (à propos de ■JuTénai que je lisais) un grand roman romain; mon Uvre xTiu' siècle m'est revenu hier, la Bovary marche son petit train et se dessine dans l'avenir, il n'est pas jusqu'à ce malheureux grec qui ne me semble se débrouiller. Je crois que le ramolUssement de cervelle diagnostiqué par Du Camp n'arrive pas encore. Ahl ah! mais je les casserais sur elle tous ces brave» petits compagnons-là comme les commis-voyageurs brisent sur leur front les assiettes d'auberge, par facétie.

Si je cherche un peu d'où vient mon bon état présent, c'est peut-être à deux causes: 1* d'avoir vu l'autre jour ce brave garçon qui enfin parle notre langue, on a plaisir à trouver des compatriotes dans la vie ; 2° à la société de M"' Vasse (tu sais, cette dame qui est ici) elle a longtemps habité l'Orient; nous en causons à table,cela me ranime et me fait passer dans la tête de grands coups de vent qui m'emportent. Si fort que l'on ait l'orgueil de se croire, l'élément extérieur est bon quelquefois, mais c'est si rare de trouver un lit pour ses fatigues. Adieu, toi qui est l'édredon où mon cœur se pose et le pupitre commode où mon ■esprit s'entr'ouvre.

Quant au Livre posthume, la fin répond au commencement, j'ai admiré comme toi la Croix, Porcia, le couvre-pied, etc., il a fourré là jusqu'à un rêve qu'il a fait en voyage et que je l'at vu écrire, il n'en a pas changé trois phrases. Pour M, ce bon Maxime, je suis maintenant incapable à son endroit d'un sentiment quelconque, la partie de mon cœur où il était

CORRESPONDANCE DE G. FLAUBERT. l'il

est tombée sous «ne gan^ène lente, et il n'en res'te plus rien; bons ou mauvais procédés, Itiuanges ou calomnies, tout m'est égal et il n'y a pas là dédain, ce D'est point une affaire d'orgueil, mais j'éprouve une impossibilité radicale de sentir à cause de lui, pour lui, quoi que ce soit, amitié, haine, estime ou colère, il est parti comme un mort et sans même me laisser un regret. Dieu l'a voulu I Dieu soit béni. La douceur que j'ai éprouvée dans cette affection (et que je me rappelle avec charme) atténue sans doute l'humiliation ou je pourrais être de l'avoir eue; une chose m'a fait sourire dans sa phrase de « la large épaule », il aurait pu choisir une comparaison plus heureuse; c'est sur cette épaule pourtant qo'à la mort de sa grand'mère je l'ai porté comme un enfant lorsque l'arrachant de son cadavre où il pleurait, criait, appelait les anges^ parlant de là-haut, etc., je l'ai pris d'un bras et l'ai enlevé tout d'un bond jusque sur sa terrasse. Je me rappelle aussi que je lui ai arrangé un duel à cet homme si brave, etc., etc. Ah 1 les hommes d'action! les actifs! comme ils se fatiguent pour ne rien faire et quelle bête de vanité que celle que l'on tire d'une turbulence stérile. L'action m'a toujours dégoûté au suprême degré, elle- me semble appartenir au câté animal de l'existence (qui n'a senti la fatigue de son corps! combien la chair lui pèse!), mais quand il l'a fallu ou quand il m'a plu je l'ai menée, l'action, etraide, et vite et bien. Pour sa croix d'honneur, à Du Camp, j'ai fait en une matinée ce qu'à ' cinq ou six gens d'action qu'ils étaient là, ils n'avaient pu accomphr en six semaines, il en a été de même pour mon frère, quand je lui ai fait avoir sa place ; de Paris où j'étais, j'ai enfoncé toute l'école de médecine et fait écrire par le roi au préfet pour lui forcer ht

lis CORRESPONDANCE DE G. FLÀIJBËEIT.

main; les amis qui me coDsidéraieiit étaient épou-

' vantés de mon toupet et de mes ressources. Le père Degasc (ancien pair de France, ami de mon père) en

• était si ébahi qu'il voulait sérieusement me faire entrer dans la diplomatie, prétendant que j'avais de . glandes dispositions pour l'intrigue. Ah! quand on sait rouler une métaphore on peut bien pelotter des imbéciles. L'incapacité des grandes pensées aux affres n'est qu'un excès de capacité. Dans les grands vases une goutte d'eau n'est rien et elle emplit les petites bouteilles. Mais la durée est là qui nous console; que reste-t-il de tous les actifs, Alexandre, Louis XIV, etc., et Napoléon même, si voisin de nous? La pensée est comme l'âme, éternelle, et l'action comme le corps, mortelle. J'étais en train de philosopher ce soir, mais je n'ai plus une seule feuille de papier à lettres et il est temps d'aller se coiicher. Adieu donc.

A la mtine.

Croisset, nuit de vendredi, 1 heure.

Pourquoi, chère bonne Muse, ai-jeune sorte de pressentiment que tu es malade? h'Acropole doit t'avoir bien fatiguée, ça ne vaut rien, ni pour l'œuvre ni pour l'auteur, de composer ainsi. Si, après nos corrections, nous eussions eu encore trois semaines devant nous, et que tu nous eusses renvoyé le manuscrit recopié comme nous l'avions refait et avec tes observations àtoi, nous te l'aurions renvoyé, tul'aurais retravaillé, et après une seconde révision de notre part, je t'assure que c'eût été une crâne chose. L'étoffe y était, mais nous n'avons pas eu seulement le temps de nous entendre. Ainsi quand je te disais que le Parthénon est

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CORRESPONDANCE DE (i. FLAUBERT. 179

couleur bitume et terre de Sienne, c'est vrai, mais les Propylées, je ne sais pourquoi, sont fort blanches; ainsi l'on pouvait dire :

Tu as oublié de parler de Pandrose; mais sois sûre que l'Académie, toule pédante qu'elle soit, tient plus aux vers eneus-mémes, qu'à une description technique. Le sujet l'Acropole était d'ailleurs tellement vague, que chacun peut le traiter h sa fantaisie. Si tu as fait, comme tu me le dis, les coupures et nos corrections les plus importantes, j'ai bon espoir. Mais agis comme l'an passé, ne néglige pas tes petites recommandations indirectes : après la peau du lion, un lopin de celle du renard : soyons prudents.

Ta jeune Anglaise, 3ansqueîelaconnaisse,me cause une grande pitié, à cause de toutes les déceptions qui doivent l'attendre; si elle n^st pas stupide, elle finira par s'énamourer de quelque intrigant, porteur d'unp figure pâle et adressant des vers aux étoiles compa rées aux femmes, lequel M mangera son argent, et la laissera avec ses beaux yeux pour pleurer, et son cœur pour soufTrir. Ali! comme on perd de trésors dans la jeunesse I et dire que le vent seul ramasse et emporte les plus beaux soupirs des âmes ! Mais y a-t-il quelque chose de meilleur que le vent et de plus doux? Moi aussi, j'ai étti fl'une architecture pareiUe, j'étais commue les cathédrales du xv* siècle, lancéolé, fulgm'ant; je buvais du cidre dans ma coupe de vermeil. J'avais une tôte de mort dans ma chambre, sur laquelle j'avais écrit : « Pauvre crâne vide, que veuxtu me dire avec ta grimace t » Entre le monde et moi existait je ne sais quel vitrail, peint en jaune avec

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ISO GOttRESPONDANCE DE G. FLAUBEaT.

âes raiea de feu et des arabesques d'or, ei bien que tout 9e réflécbissait surmon àme comme 3tir les dalles d'un sauctuaire, embelli, transfiguré et Mélancolique cependant, et rien que de beau n'y marchait, c'étaient des rêves plus majestueux et plus vêtus que des cardinaux & manteaux de pourpre. Ah I quelsfrémissementsd'orgrueil! quels hymnes 1 et queUe douce odeur d'encens •qui s'exhalait de mille cassolettes toujours ouvertes t Quand je serai vieux, écrire tout cela me réchauffera. Je ferai comme ceux qui, avant de partir pour un long voyage, vont dire adieu à des tombeaux diers. Moi avant de mourir Je ravisiterad mes rêves.

Eh bien, c'est fort heureux d'avoir une jeunesse pareille, et que personne ne vous en sache gré. Ah! k dix-sept ans si j'avais été aimé, quel crétin je ferais maintenant! Le bonheur est comme la vérole, pris trop tôt, il peut gâter complètement la constilution.

LaBovarytrainotte toujours, mais enfinavance. J'espère d'ici quinze jours avoir fait un grand pas. J'en ai beaucoup relu. Le style est inégal et trop méthodique ; on aperçoit trop les écrous qui serrent les planches de la carène; ilfaudra donner du jeu. Mais comment? Quel chien de métier !

Adieu, mille tendresses, bonne Muse.

A la même.

Croiiset, dimtmehe, ibeures.

L'impression que te font mes notes de voyage m'a fait faire d'étranges réftexions, chère Muse, sur le cœur des hommes et sur celui des femmes ; décidëment ce n'est pas le même, on a beau dire.

De notre cdté est la franchise, sinon la délicatesse,

CORRESPONDANCE DE G. FLAUBERT, «t nous avons tort pourtaDt, car cette franchise esl une dureté. Si j'avais omis d'écrire mes impressions féminines, rien ne t'eût blesséel Les femmes gardent tout dans leur sac, elles; on n'en tire jamais une confidence entière; le plus qu'elles font, c'est de laisser deviner, et quand elles nous racontent les choses, c'est avec une telle sauce que la viande en disparaît, Mais nous pour deux ou trois méchantes infidélités et où le cœur même n'était pas, voilA lo leui' qui miti Etrange ! étrange ! Moi je me casse la tète h comprendre tout cela; et j'y ai pourtant bien réiléchidans ma vie; eniinQe parle ici à ton cerveau, chère et bonne femme), pourquoi ce petit monopole du sentiment? 'l'u es jalouse du sable où j'ai posé mes pieds, sans qu'il m'en soit entré un grain dans la peau, tandis que jeporte au cœuruné large entaille que tu y as faite? Tu aurais voulu que ton nom revînt plus souvent sous ma plume; mais remarque que jfl n'ai pas écrit une seule réflexion; je formulais seulement de la façon la plus courte l'indispensable, c'est-à-dii-e la sensation et non le rêve, ni la pensée. Eb bien, rassure-toi, j'û pensé souvent à toi, souvent, très souvent. Si, avant départir, je n'ai pas été te dire adieu, c'est que j'avais déjà du sentiment par-dessus les oreilles ! Il m'ôtail resté de loi une grande aigreur, tu m'avais longuement irrité, j'aimais mieux ne pas te revoir, quoique j'en eusse eu maintes fois envie; la chair m'appelait, mais les nerfs me retenaient ; et il sortait de tout cela une sorte de tendresse qui,- s'alimentant pai' le souvenir, n'avait pas besoin d'épanchement. Je m'étais promis de m'abstenir de toi, tant j'avais éprouvé h. ton en* droit de sentiments violents et incompatibles entre eux. La bataille était trop bruyante. J'avais déserté la place, c'est-â.-âire j'avais enfermé sous clef tout cela. II. 16

i.. . .,C(X)>^li:

pour ne plus en entendre parler, et je regardais seulement de temps à autre ta chÈre image, ta belle et bonne figure, par une lucarne de mon cœur restée ouverte; et puis j'ai toujours dÈtesté les choses solennelles. Nos adieux l'eussent été, je suis 3uperstitîeui là-dessus. Jamais avant d'aller en duel, 8ij'yvai3,je ne ferai mon testament, tous ces actes sérieux portent malheur. Ils sentent d'ailleurs la draperie. J'ai eu à la fois peur et ennui. Donc quand j'aieu quitté ma mère, j'ai pris de suite mon rôle de voyageur; tout était ' quitté, j'étais parti. Alors pendant quatre à cinq jours à Paris, ;e me suisf.... une bosse comme un matelot, et quand la France a disparu à mes yeux, derrière les îles d'Hyères, j'étais moins ému et moins pensant que les planches du bateau qui me portait. Voilà la psychologie de mondépart. Je ne l'excuse pas, je l'explique.

Pour Ruehouk-Hanem, ah! rassure-toi et rectifie en même temps tes idées orientales. Sois convaincue qu'elle n'a rien éprouvôdu tout au moral, j'en réponds, et au physique môme, j'en doute fort. Elle nous a trouvés de fort bons carvadja (seigneurs) parce que nous avons laissé là pas mal de piastres, voilà tout. La pièce de Bouilhel est fort belle, mais c'est de la poésie et pas autre chose; la femme orientale est une machine, et rien déplus, elle ne fait aucune différence entre un homme et un autre homme. Fumer, aller au bain, se peindre les paupières et boire du café, tel est le cercle d'occupations où tourne son existence.

J'ai vu des danseuses dont le corps se balançait avec la régularité ou la furie insensible du palmier. Cet œil si plein de profondeurs, et oii il y a des épaisseui's de teinte comme à la mer, n'exprime rien que le calme, le calme et le vide comme le désert. Les

CORBESPONDAPiCE DE G. FLAUBERT. 183

hommes sont de même. Que d'admirables têtes ! et qui semblent rouler, en dedans, les plus grandes pensées du monde! Mais frappe dessus et il n'en sortira pas plus que d'un cruchon sans bière ou d'un sépulcre Tide. A quoi tient donc la majesté de leurs formes, d'où résulte-t-elleî De l'absence peut-être de toute passion. Us ont cette beauté des taureaux qui ruminent, des lévriers qui courent, des a^les qui planent ; le sentiment de la fatalité qui les remplit. La conviction du néant de l'homme donne ainsi à leurs actions, à leurs poses, à leurs regards un caractère grandiose et résigné. Les vêtements lâches et seprétant à tous les gestes sont toujours en rapport avec les fonctions de l'individu, avec le ciel par la couleur, etc., et puis le soleil! le soleil! C'est un immense ennui qui dévore tout. Quand je ferai de la poésie orientale (car moi aussi j'en ferai, puisque c'est démoda et que tout le monde en fait), c'est là ce que je tâcherai de mettre en relief. On a compris jusqu'à présent l'Orient comme quelque chose de miroitant, de hurlant, de passionné, de heurté. On n'y a vu que des bayadêres et des sabres recourbés. Le fanatisme, la volupté, etc., en un mot, on en reste encore à Byron; moi je l'ai senti diiTéremœent. Ce que j'aime au contraire dans l'Orient, c'est cette grandeur qui a'ijnore, et cette harmonie de choses disparates. Je me rappelle un baigneur qui avait au bras gauche un bracelet d'argent, et à l'autre un vésicatoire. Voilà l'Orient vrai, des gredins en haUlous galonnés et tout couverts de vermine. Laissez donc la vermine, elle fait au soleil des arabesques d'or. Tu me dis que les punaises de Ruchouk- ~ Hanemte la dégradent; c'est là, moi, ce qui m'enchantait. Leur odeur nauséabonde se mêlait au parfum de sa peau ruisselante de santal. Je veux qu'il y ait une;

amertume à tout, un éternel coup de sifflet au milieu de nos triomphes, et que la désolation même soit dans l'enthousiasme. Cela me rappelle Jaffa, où en entrant je humais à la fois l'odeur des citronniera et'celle desi cadavres ; le cimetière laissait TOir les squelettes à^ demipounig, tandis que les arbustes verts balançaient au- dessus de nos têtes leurs fruits dorés. Ne sens-tu pas que cette poésie est complète, et que c'est lagrande synthèse? Tous les appétits de Timagination et de la pensée y sont assouvis à îa fois ; elle ne laisse rien derrière elle, mais les gens de g:oût, les gens à enjolivements, à purifications, à illusions, ceux qui font des manuels d'anatomie pour les dames, de la science à la portée de tous, du sentiment coquet et de l'art aimable, changent, grattent, enlèvent, et ils se prétendent classiques, les malheureux I Ah I que je voudrais être savantl que je ferais un beau livre sous ce titre : De l'interprétation de ^antiquité! car je suis sûr d'être dans la tradition; ce que j'y mets déplus, c'est le sentimentmodeme.

Mais encore une fois, les anciens ne connaissaient pas ce prétendu genre noble, il n'y avait pas pour eux de chose que l'on ne puisse dire. Dans Aristophane, on chie sur la scène. Dans VAjax de Sophocle, le sangdes animaux égorgés ruisselle autour d'Ajax qui pleure, et quand je songe qu'on a regardé Racine comme hardi pour avoir mis des chiens! il est vrai qu'ili les avait relevés par d^uoran(s/.,. Donc cherchons à voir les choses comme elles sont, etne voulonspas avoir plus d'esprit que le bon Dieu. Autrefois on croyait que la canne à sucre seule donnait le sucre, on en tire à peu près de tout maintenant; il en est de même de la poésie, extrayons-la de n'importe quoi, car elle gtt en tout et partout. Pas un atome de ma-

tiôre gui ne contienne la poésie et habituons-nous a considérer le monde comme une œuvre d'art, dont il faut reproduire les procédés dans nos œuvres.

J'en reviens k Ruchouk. C'est nous qui pensons à elle, mais elle ne pense guère à nous. Nous faisons de l'esthétique sur son compte, tandis que ce fameux voyageur si intéressant qui a eu les honneurs de sa couche est complètement parti de son souvenir, comme bien d'autres. Ah! cela .rend modeste de voyager, on voit quelle petite place on occupe dans le monde.Encoreunelégèreconsidérafion sur les femmesavant de causer d'autre chose (à propos des femmes orientales). La femme est un produit de l'homme. /Jiew a créé la femelle, et Vkomme a fait la femme; elle est le résultat de la civilisation, une œuvre factice. Dans les pays où toute culture intellectuelle est nulle, elle n'existe pas, car c'est une œuvre d'art, au sens humanitaire; est-ce pour cela que toutes les grandes idées générales- se sont symbolisées au féminin? Quelle femme c'était que la courtisane grecque! mais quel art c'étmt que l'art grec! Ce devait être une créature élevée pour contribuer aux plaisirs complets d'un Platon ou d'un Phidias. Toi tu n'es pas une femme, et si je t'ai plus et surtout plus profondément aimée (tâche de cùmprendre ce mot profondément) que toute autre, c'est qu'il m'a semblé que tu étais moins femme qu'une autre; toutes nos dissidences ne sont jamais venues que du côté féminin. Rêve là-dessus, tu verras si je me trompe. Je voudrais que nous gardassions nos deux corps et n'être qu'un même esprit; comprends-tu que ceci n'est pas de l'amour, mais quelque chose de plus haut, il me semble, puisque 'ce désir de l'âme est pour elle presque un besoin même de vivre, de se dilater, d'être plus grande. Tout

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sentiment est une extension. C'est pour cela que la liberté est la plus noble des passions.

Nous relisons du Honsard et nous nous enthoasiasmous de plus belle. A quelque jour nous en ferons une édition; cette idée, qui est de Bouilhet, me sourit fort. Il y a cent belles cboses, mille, cent mille dans les poésies complètes de Ronsard, (juH faut faire connaître, et puis j'éprouve le besoin de le lire et relire dans ime édition commode. J'y ferais une préface. Avec celle que j'écrirais pour la Melœnis et le conte chinois, réunis en un volume, et de plus celle de mon dictionnaire des idées reçues, je pourrai à peu près dégoiser là ce que j'ai sur la conscience d'idées critiques. Cela me fera du bien, et m'empêchera de saisir aucun prétexte pour faire de la polémique. Dans la préface de Ronsard je dirai l'histoire du sentiment poétique en France, avec l'exposé de ce que l'on entend par là dans notre pays, la mesure qu'il lui en faut, la petite monnaie dont il a besoin. On n'a nulle imagination en France si l'on veut faire passer la poésie, il faut être assez habile pour la déguiser. Puis dans la préface du livre de Bouilhet je reprendrais cette idée, ou plutôt je la continuerais et je montrerais comment un poème est œuvre possible, si l'on veut se débarrasser de toute intention d'en faire un. Le tout terminé par quelques considérations sur ce que peut être la littérature de l'avenir.

La Bovary ne va pas raide, en une semaine deux pages/!! il y a de quoi, quelquefois, se casser la gueule de découragement! si l'on peut s'exprimer ainsi. Ah! j'y arriverai, j'y arriverai, mais ce sera dur. Ce que sera le Uvre, je n'en sais rien; înais je réponds qu'il sera écrit, à moins que je ne sois complètement dans l'erreur, ce qui se peut.

CORRESPONDANCE DE fi. FLAUBERT. 181

■Ma torture à écrire certaines parties vient du fond {comme toujours); c'est quelquefois si subtil, que j'ai du mal moi-même à me comprendre. Mais ce sont ces idées'là qu'il faut rendre, à cause de cela même, plus nettes; et puis dire à la fois proprement et simplement des choses Tulgairesl c'est atroce.

Médite bien le plan de ton irame, tout est dans la conception; si le plan est bon, jeté réponds du reste, car pour les vers, je te rendrai l'existence tellement insupportable, qu'ils seront bons, ou finiront par l'être, et tous encore.

J'ai lu ce matin quelques fragments de la comédie d'Augier. Quel anti-poôte que ce gàrçon-Ià! A quoi bon employer le vers pour des idées semblables? Quel art factice I et quelle absence de véritable forme que cette prétendue forme extérieure I Ah! c'est que ces gaillards-là s'en tiennent à la neille comparaison i la forme est un manteau. Mais non; la forme est la chair même de la pensée, comme la pensée est l'âme de la vie : plus les muscles de votre poitrine seront larges, plus vous respirerez h l'aise.

Tu serais bien aimable de nous envoyer pour samedi prochain le volume de Leconte de Lisle, nous le lirions dimanche prochain. J'ai de la sympathie pour ce garçon, il y a donc encore des honnêtes gens! des cœurs convaincus! et tout part de là, la conviction. Si la littérature moderne était seulement morale, elle deviendrait forte ; avec de la moralité disparaîtraient le plagiat, le pastiche, l'ignorance, les prétentions exorbitantes; la critique serait utile et l'art naïf, puisque ce serait alors un besoin et non une spéculation.

Tu me parais, pauvre chère amie, triste, lasse, découragée. Oh I la vie pèse lourd sur ceux qui ont des ailes; plus les ailes sont grandes, plus l'envergure

t8S CORRESPONDANCE DE G. FLAUBERT,

est douloureuse. Les serma en cage sautillenti sont joyeux, mais les aigles ont l'air sombre, parce qu'ils brisent leurs plumes contre les barreaux; or nous sommes tous plus ou moins aigles on serins, perroquets ou vautours. La dimension d'une âme peut se mesurer & sa souffrance, comme on calcule la profondeur des fleuves à leur coûtant. Ce sont des mots tout cela, comparaison n'est pas raison, je le sais, mais avec quoi donc se consolerait-on si ce n'est avec des mots? non, raffermis-toi, songe aux étonnants progrès que tu fais, aux transformations de ton vers qui devient si souvent plein de grand. Tu as écrit cette annÉe une fort beUe chose complète, la Paysanne, et une autre pleine de beautés, V Acropole. Médite ton drame, j'aiunpressentiment que tu le réussiras, il sera joué et applaudi, tu verras, marche, va, ne regarde ni en arrière ni en avant, casse du caillou, comme un ouvrier la tête baissée, le cœur battant et toujours, toujoursl Si l'on s'arrête, d'incroyables fatigues et les vertiges et les découragements vous feraient mourir. L'année prochaine nous aurons de bons loisirs ensemble, de bonnes causeries mêlées debonnes caresses. Moi, plus je sens de diflicultés à écrire et plus mon audace grandit (c'est là ce qni me préserve du pédanlisme, où je tomberais sans doute); j'ai desplans d'oeuvres pour jusqu'au bout de ma vie, et a'ilm'arrive quelquefois des moments acres qui me font presque crier de rage, tant je sens mon impuissance et ma faiblesse, il y en a d'autres aussi où j'ai peine à mè contenir de joie, quelque chose de profond et d'extravoluptueux déborde de moi h jets précipités, comme une éjaculation de l'âme. Je me sens transporté et tout enivré de ma propre pensée comme s'il m'arrivait, par un soupirail intérieur, une bouffée de parfums

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CORRESPONDANCE DE G. FLiUBEaT. 18»

chauds. Je n'irai jamais bien loin, jo sais tout ce qui me manque, mais la tâche que j'entreprends sera exécutée par un atitre; j'aurai mis sur la voie quelqu'un de mieux doué et de plus né. Vouloir donner à la prose le rythme du vers {en la laissant prose et très prose)» et écrire la vie ordinaire comme on écrit l'histoire ou. l'épopée (sans dénaturer le sujet), est peut-être une absurdité, voilà ce que je medemandequelquaf ois; mais^. c'est peut-être aussi une grande tentative et très orig;inalel Je sens bien en quoi je faillis, {Ah! si j'avais quinze ansi) N'importe, j'aurai toujours valu quelque chose par mon entêtemeot, et puis, qui sait? peut-Ètre trouverai-je un jour un bon motif, un air complètement dans ma voix, ni au-dessus ni au-dessous ; enfin, j'aurai toujours passé ma vie d'une noble manière et souvent délicieuse. 11 y a un mot de La Bruyère, auquel je me tiens : « Un bon esprit croit écrire raisonnablement »; c'est là ce que je demande, écrire raisonnablement et c'est déjà bien de l'ambition. Néanmoins, il y a une chose triste, c'est de voir combien les grands hommes arrivent aisément à l'effet en dehors de l'art même; quoi de plus mal bâti que bien des choses de Rabelais, Cervantes, Molière etHugoî mais quels coups de poing subits? Quelle puissance dans un seul motl Nous, il faut entasser l'un sur l'autre un tas de petits cailloux pour faire nos pyramides qui ne vont pas à la centième partie des leurs, lesquelles sont d'un seul bloc. Mais vouloir imiter les procédés de ces gens-là, ce serait se perdre; ils sont grands, au contraire, parce qu'ils n'ont pas de procédés. Hugo en a beaucoup, c'est là ce qui le diminue» 11 n'est pas varié, il est constitué plus en hauteur qu'en étendue.

Gomme je bavarde ce soiri il faut que je m'arrête

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