‹ CorrespondanceChapitre 4 sur 19 · I . . .,Goo<^lc · texte numérisé non relu

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9i CORRESPONDANCE DE G. FLAUBERT.

tagnes y avaient des lignes tout autres et étaient de marbre pour les sculpteurs, etc.

Le temps est passé du beau. L'humanité, quitte à y revenir, n'en a que faire pour le quart dlteure. Plus il ira, plus l'art sera scientifique, de même que la science deviendra artistique; tous deux se rejoindront au sommet après s'être séparés & la base. Aucune pensée humaine ne peut prévoir maintenant à quels brillants soleUs psychiques écloront les œuvres de l'avenir. En attendant nous sommes dans un corridor plein d'ombres, nous tâtonnons dans les ténèbres. Nous manquons de levier; la terre nous glisse sous- les pieds, le point d'appui nous fait défaut à tous, littérateurs et écrivaîlleurs que nous sommes. A quoi ça sert-QÎ A quel besoin répond ce bavardage? De la foule à nous, aucun lien : tant pis pour la foule, tant pis pour nous surtout. Hais comme chaque chose a sa raison, et que la fantaisie d'un indi^-idume parait tout aussi légitime que l'appétit d'un million d'hommes et qu'elle peut tenir autant de place dans le monde, il faut, abstraction faite des choses et indépendanmient de l'humanité qui nous renie, vivre pour sa vocation, monter dans sa tour d'ivoire, et là, comme une bayadère dans ses parfums, rester seuls dans nos rêves. J'ai parfois de grands ennuis, de grands vides, des doutes qui me ricanent à la figure au milieu de mes satisfactions les plus naïves : eh bien ! je n'échangerais tout cela pour rien, parce quïl me semble en ma conscience que j'accomplis mon devoir, que j'obéis à une fataUté supérieure, que je fais le bien, que je suis dans le juste. -

Causons on peu de Graziella; c'est un ouvrage médiocre, quoique la meilleure chose que Lamartine aitfaite en prose. D y a de jolis détails, le vieux pécheur

conché sur le dos avec les hirondelles qui rasent ses tempes, Graziella attachant son aifiulette au lit, tra- TaQlant au corail, deux ou trois belles comparaisons de la nature, telles qu'un éclair par intervalles qui ressemble à un clignement d'œil, voil^ à peu près tout. Et d'abord pour psrlor clair, l'abaisse-t-il ou ne l'aliaisset-U pas? Ce ne sont pas des êtres humains, mais des mannequins. Que c'est beau ces histoires d'amour, où la chose principale est tellement entourée de mystère, qae l'on ne sait h. quoi s'en tenir, l'union sexuelle étant reléguée systématiquement dans l' ombre comme boire, manger, etc. Le parti pris m'agace. Voilà un gaillard qui vit cbntinueUement avec une femme qui l'aime et qu'il aime, et jamais un désir. Pas un' Buage impur ne vient obscurcir ce lac bleuâtre. hypocrite! s'il avait raconté l'histoire vraie, que c'eût été plus beaul Hais la vérité demande des màles plus velus que M. de Lamartine; il est plus facile en effet de dessiner un ange qu'une femme : les ailes cachent la bosse. Autre chose : c'est dans un désespoir qu'il visite Pompéî, le Vésuve, ce qui était une manière bien intelligente de s'instruire par parenthèse, et là pas un mot d'émotion; tandis que nous avons passé en commençant par SaintrPierre de Rome, œuvre glaciale et déclamatoirCj mais qu'il faut admirer. C'est dans l'ordre, c'est une idée reçue. Rien dans ce livre ne vous prend aux entrailles; il aurait eu moyen de faire pleurer avec Gecco, le cousin dédaigné; mais non, et à la tin aucun arrachement; par exemple l'exaltation intentionnelle de la simplicité (des classes pauvres, elc.) au détriment du brillant des classes aisées, l'ennui des grandes villes.

Mais c'est que Naples n'est pas ennuyeux du tout, il y a de charmantes femelles et pas cher, le sieur

Lamartine ton l le premier en profit ait, et celles-là sont aussi poétiques dans la me de Tolède que sur la Marghellina. Mais non, il faut faire du convenu, dufaux. Il faut que les dames vous Usent. mensonge! que tu es bête 1

D y aurait eu moyen de faire un beau livre avec cette histoire en nous montrant ce qui s'est saBs doute passé. Un jeune homme à Naples, par hasard, au miheu de ses autres distractions, couchant avec la flile d'un pécheur et l'envoyant promener ensuite, laquelle ne meurt pas, mais se console, ce qui est plus ordinaire et plus amer. (La fin de Candide est pour moi la preuve criante d'un génie de" premier Ordre. La griffe du lion est marquée dans cette conclusion tranquille, béte comme la vie.) Cela eût exigé une indépendance de personnalité que Lamartine n'a pas, ce coup d'œil de la vie, cette vue du vrai qui est le seul moyen d'arriver à de grands effets d'émotion. A propos d'émotion, un dernier mot : avant la pièce de vers finale il a le soin de nous dire qu'il l'a écrite tout d'une seule haleine et en pleurant. Quel joli procédé poétique ! Oui, je le répèle, il y avait là de quoi faire un beau livre pourtant.

Je suis bien de l'avis du Philosophe relativement aux vers de Gautier; ils sont très faibles et l'ignorance des gens de lettres est monstrueuse. Melœnis a paru une œuvre érudite, il n'y a pas un bachelier qui ne devrait savoir tout cela! mais est-ce qu'on lit, est-ce qu'on a le temps î Qu'est-ce que ça leur fait? on patauge à tort et à travers. On n'est loué que par ses amis, on perd la tête, on s'enfonce dans une obésité de l'esprit que l'on prend pour de la santé! C'était pourtant un homme né que ce bon Gautier et fait pour être im artiste. Mais le journalisme, le courant

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