Mémoires de Berlioz, publiés chez M. Caliiiaiin Lerv
fantaisie et de grâce, se perdant en élans désespérés ou s'affaihlissnnt en des tristesses mornes. Quel beau livre, malgré ses défauts ! comme il vibre à chaque page, comme il sait mélanger le plaisant au sévère! La pensée de l'auteur est une balle qui rebondit selon la nature des objets qu'elle frappe, tantôt s'élevant jusqu'au pur lyrisme, tantôt échouant dans le marécage du calembour. Quelle opposition avec les paisibles récits de Grétry sur son enfance liégeoise! Les musiciens se suivent et ne se ressemblent pas; il y a entre l'auteur de Richard Cœur de lion et l'auteur du Dies irœ grotesque la ditTérence qu'on remarquer.iit entre un ruisse- 'let tranquille et un torrent débordé.
La ror/-e5j3on(Zance, venant après les Mémoires, a une utilité qui ne sera contestée par personne; d'abord, elle ferni(Ta la bouche aux détracteurs (s'il en reste encore), aux malveillants qui secouaient la tête quand on leur annonçiit telle ou telle victoire remportée au dehors : — « A beau mentir qui vient de loin. » — Ils n'avaient pas d'autre r-.'ponse; ils seront obligés maintenant de chercher un biais. La plupart des lettres que nous avons retrouvées sont des bulletins écrits à l'issue de la bataille et encore noircis de la fumée du combat; impossible de nier ces documents triomphants, — et triomphants dans un double sens, — impossible de les rejeter, car ils acquièrent la valeur de pièces historiques. Ils nous donnent la vérité prise sur le fiiit; un artiste, ivre de la joie du succès, les oreilles remplies du bruit des applaudissements, les joues rougies par de fraternelles embrassades, se hâte de faire part de jon bonheur aux amis qu'il a laissés à Paris; il leur mande que tels princes l'ont complimenté, que telles récompenses lui ont été décernées, que les populations organisent en son honneur des sérénades, des banquets, que la recette du concert a été superbe... Comment récuser ces témoignages? Si
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on les repousse, nous ne voyons plus aucune manière (iV'oiire l'histoire avec certitude et nous ne comprenons pas ce qu'on pourra répondre aux mauvais plaisants qui prétendent que Napoléon I" n'a jamais existé.
Dans quelques passages, la Correspondance, foisant allusion à des événements oubliés ou ignorés de cette génération (le lecteurs, nous avons cru devoir donner quelques éclaircissements. Nous avons pensé qu'une notice biographique aiderait peut-être à dissiper les ténèbres du texte. Notre prétention, on le suppose bien, n'a pas été, un seul instant, de rivaliser avec les Mémoires; cette folle témérité aurait é'é cruellement punie. Nous avons essayé seulement de recueillir ce que les Mémoires avaient omis et de les résumer en les complétant.
Berlioz (Louis-Hector) est né à la Côte-Saint-André, ville célèbre par ses fabi'iqucs de liqueurs, dans le département de l'Isère, à cinq heures du soir, le dimanche 19 frimaire an XII (c'est-à-dire, en langage ordinaire, le II décembre 1803) ^. Son acte de naissance fut dressé devant les deux témoins suivants : le citoyen Auguste Buisson, âgé de trente-trois ans, propriétaire, et le citoyen Jean-François Recourdon, âgé de quarante-trois ans, receveur des contributions. Le père de l'enfant exerçait la profession de médecin; son grand-père, noble Louis-Joseph Berlioz, avait été conseiller du roij, auditeur de la Chambre des comptes du Dauphiné et habitait tantôt la Côte, tantôt Grenoble 2. Louis Berlioz, le médecin, aimant la vie rurale, était venu se fixt-r à la campagne, sous le toit paternel; c'était un honmi£ d'une nature mélancolique, d'un tempérament maladif, cher-
1. Extrait des registres de la mairie de la Cùic-Saiiil-André.