‹ Correspondance inédite, 1819-1868; avec une notice biographique par Daniel BernardChapitre 28 sur 91 · A M. FERDINAND HILLER · texte numérisé non relu

A M. FERDINAND HILLER

La Côte, ce 7 août 1832.

Qu'il a un drôle d'esprit, piquant, agaçant, coquet, cet Hiller! Si nous étions tous les deux femmes, avec la manière de sentir que nous avons, je la détesterais ; si lui seulement était femme, je la haïrais avec crispation, tant j'abhorre les coquettes. La Providence a donc tout fait pour le mieux, comme disent les jobards, en nous jetant tous les deux sur le globe, annés du sexe masculin.

iNon, mon cher mauvais plaisant, vous n'avez pas pu faire autretnent que de me faire attendre deux mois votre réponse ; mais je ne puis pas non plus faire autrement que

lOt CORRESPONDANCE INÉDITE

de VOUS en A'ouloir, et d'avoir perdu radicalement la confiance dans vos promesses de ce genre. Comme je ne m'en fâche pas beaucoup ou, du moins, comme je n'y mets pas beaucoup d'amour -propre, je vous avais écrit une seconde lettre de Grenoble ; mais, six heures après, réfléchissant à ce qu'elle contenait, je l'ai brûlée. « Il y a des choses, disait Napoléon, qu'il ne faut jamais dire; à plus forte raison, faut-il se garder de les écrire. » Oh ! Napoléon ! Napoléon !... Allons, voilà la poche de l'enthousiasme qui va crever... Pour empêcher ce malheur, je vais, au lieu de vous parler de lui, de ses ouvrages en Lombardie, de ses traces sublimes que j'ai suivies jusqu'aux Alpes en revenant en France, je vais vous parler de trois grosses fautes de français que contient votre lettre !! Oh!! !... Puisque vous apprenez le latin, je vais me faire pédagogue. 1» Il ne faut point d'accent sur nègre; 2" vous dites que je trouve ici » des grands amusements » : il faut de grands amusements; 3° « Il est possible que IMendelssohn Vaura » : — que Mendelssohn Vait.

Profitez de cette leçon.

Ouf!

Je suis, en effet, avec ma famille, mais je n'ai que ma sœur cadette qui m'adore, et je me laisse adorer d'une manière fort édifiante... Oh! quand je retournerai en Itilie !! ! — Voyez- vous, mon cher, il me faut de la liberté, de Vamour et de Vargent. Nous trouverons cela plus tard, en y ajoutant même un petit objet de luxe, de ces superflus qui sont nécessaires à certaines organisatim'îs, la Vengeance, générale et privée. On ne vit et ne menrt qu'une fois.

D'HECTOR BERLIOZ. lOît

ï^enuant que je suis en province, isolé de mes agitations ordinaires, seul avec ma pensée, qui se retourne dans tous les sens comme un porc-épic en me blessant de ses dards aigus, mes idées se fixent, se consolident par l'étude des profonds ouvrages de Locke, Cabanis, Gall et autres; ce n'est pas qu'ils m'apprennent autre chose que des détails techniques, car je m'aperçois bien souvent que je suis plus avancé qu'eux, et qu'ils n'osent pas suivre leur marche dans les conséquences de leurs principes, par crainte de l'opinion. L'opinion, cette reine du monde!... mais il n'y a plus de rois ni de reines, il y a eu un tremblement de trônes (dit Lamartine) qui les a tous renversés.

Je copie toute la journée les parties de mon Mélologue; depuis deux mois, je ne fais pas autre chose, et j'en ai encore pour soixante-deux jours; vous voyez que j'ai de la patience, il en faut pour tout, non pas pour supporter chiennement les maux, mais pour agir. Le besoin de musique me rend souvent malade; il me donne des tremblements nerveux; puis nous avons aussi l'influence cholérique qui m'a retenu quelques ; lurs au lit ; j'en suis libre aujourd'hui, prêt à recommen-

er. Je vais aller voir F ; nous ne nous sommes pas vus

' ; uis cinq ans. Les extrêmes se touchent, comme vous . vez II est plus religieux que jamais, il a épousé une femme qui l'adorait, et il adore ferme aussi, lui. Quelle drôle de chose que celte adoration, et elle est vive «l sincère»

♦06 COnilEsrONDANCE INEDITE

A M. l'intendant GÉNÉRAL DE LA LISTE CIVILE Paris, vendredi 9 novembre 1832.

Monsieur Fintendant général,

Elève de l'École des beaux-arts française de Rome (section de musique), je ne pouvais miuux répondre au but de l'institution qu'en cherchant à multiplier les productions de mon art. Mais, moins heureux en cela que les peintres qui ont la ressource des expositions, nos partitions sont mortes s'il n'y a pas exécution. Je m'adresse, monsieur l'intendant général, à votre justice éclairée en vous priant de mettre à ma disposition la salle du Conservatoire de musique pour un concert que je me propose de donner le dimanche 2 décembre. L'accueil encourageant que quelques-uns de mes ouvrages ont reçu du public dans cette même enceinte m'enhardit à croire que ceux que je rapporte d'Italie- m'attireront de nouveaux suffrages. J'ai surtout à cœur de me montrer digne de l'Ecole à laquelle j'appartiens et de son illustre patronage.

J'ai l'honneur d'être, etc.

D'HECTOR BKULIOZ. 107

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