‹ Correspondance inédite, 1819-1868; avec une notice biographique par Daniel BernardChapitre 4 sur 91 · Mémoires, p · texte numérisé non relu

Mémoires, p

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rien de commun avec les av<Mi turcs do Saul sur le chemin de Damas. Quand on a, dès l'âge le plus tendre, tracé des notes sur du papier réglé, organisé des orchestres de faniille, cherché de:, mélodies sur des paroles de Florian, trouvé le thcmie principal ([ui servira au largo de la Syjnphonie fantastique, on n'attend pas les Dandides pour savoir qu'on est musicien jusque dans les dernières fibres de son cœur. Notre héros s'est donc calomnié en prétendant qu'à un moment donné, « il allait devenir un étudiant comme tant d'autres, destiné à ajouter une obscure unité au nombre désastreux des mauvais médecins». Allons donc ! est-ce qu'une organisation comme la sienne pouvait s'ignorer ainsi? est-ce que Catel, Rameau et Orphée n'avaient pas laissé de traces dans cette mémoire vol;ige? Une vocation qui s'égare n'est point une vocation; l'homme marqué pour telle ou telle entreprise marche à son but sans détourner les yeux, sans s'arrêter aux bagatelles de la route, sans se préoccuper de l'avenir, sans s'inquiéter des obstacles. Connaissant l'intensité de tendresse avec laquelle Berlioz a aimé son art, je ne veux point admettre les défaillances ; et, s'il n'y a pas eu défaillances, il n'y a eu ni conversion, ni coup de foudre, ni rien qui y ressemblât.

Décidé à se faire compositeur de musique à ses risques et périls, Hector manda à son père la résolution qu'il venait de prendre et entra au Conservatoire dans la classe de Lesueur. Personne ne connaît Lesueur aujourd'hui. C'était pourtant, sous la Restauration et sous le premier Empire, un homme considérable, membre de l'Institut, correspondant d'un grand nombre d'académies, et les divers gouvernements qui s'étaient succédé en France l'avaient tons accablé de leurs faveurs. Après la repré.sentation des Bardes, Napoléon lui avait donné une tabatière d'or; Louis XVIII et Cliarles X l'avaient conservé connue surintendant de la chapelle

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royaie, où, tous los dimanches, il faisait exécuter des oratorios de sa façou. Ses doctrines, sa théorie de la basse fondamentale, ses idées sur les modulations étaient autant de dogmes devant lesquels ses élèves s'iuclinaient avec fui. Il avait su, à vrai dire, inspu-er à ces jeunes gens une atfection profonde, tant par le respect que son talent leur imposait que par l'ardeur qu'il mettait à les aider de son influence et de ses relations; Eux, se glorifiaient de son enseignement; parmi les lettres que nous publions dans ce volume, quelques-unes portent, après la signature, cette mention : Élève de Lesueur, et cela iait l'cftet d'un titre de noblesse, énoncé avec orgueil.

Dans sa jeunesse, Lesueur avait été un révolutionnaire, introduisant des orchestres à Notre-Dame et publiant des brochures sur la nmsique d'église dramatique et discriptivc. Aussi, les novateurs ne lui déplaisaieni-ils pas, et, comme déjà Berlioz, dans la conversation, s'insurgeait volontiers contre certaines traditions reçues, contre certains pi'éjugés incompréhensibles, le vieux maître avait pris en affection cet élève instruit, paradoxal, éloquent et fougueux. Les dimanches, avant la messe, il le faisait venir aux Tuileries, prenait la peine de lui expliquer le plan, les intentions^ le sujet de l'œuvre qu'où allait exécuter. Après la messe, le professeur et son jeune ami allaient errer sur les bords de la Seine ou sous les ombrages du jardin des Tuileries, et Lesueur, avec sa physionomie fine, écoutait en souriant les véhémeuts discours de son compagnon de promenade, lélutait les opinions un peu hasardées de celui-ci et lui racontait le passé, quand le présent avait luurni trop longuemi'ut nuitière aux discu.ssions sur la religion ou la philosophie.

On lie s'occupait pas seulement de musique dans la classe de Lesueur, on s'y piquait aussi de poésie. Un des

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éltves, nommé Géi-ono, qui taiiiiinait les Muscs à ses moments perdus, avait tiré du drame de Saurin, Beverley, une scène pour voix de basse, dont il avait confié les paroles à Berlioz; nous ignorons quel était lo librettiste d'un autre ouvrage sur le Passage de la mer Rouijc, qui date de la même époque. Hector résolut de révéler au public ces premiers essais et songea à les produire dans une représentation à bénéfice au Théâtre-Français. Il lallait l'assentiment de Talma, le bénéficiaire. « L'idée de parler au grand tragédien, de voir Néron face à face » fit reculer Berlioz, qui n'était pas timide d'ordinaire Ne pouvant réussir dans le profane, il se retira dans le sacré, écrivit une Messe qu'on faillit exécuter à Saint- Roch, puis qu'on exécuta tout à fait, grâce à la libéralisé d'un riche amateur, qui paya les violons. Très-peu de journaux parièrent de ce début, assez médiocre; le style de l'ouvrage était une mauvaise imitation de la manière de Lesueur, et l'auteur, plus consciencieux ou plus difficile que la plupart de ses confi'cres, brûla son manuscrit. Un seul morceau, le Resurrexit, fut préservé des flammes: encore le compositeur l'a-t-il plus tard condanmé sans rémission. Nul n'a oU la main plus prompte que lui dans ces sortes d'auto-da-fé; il y a quelques années, on a vendu à l'hôtel Dronot l'unique cxcmplaiFe de l'opus 2 de Beriioz : lu Danse des Ombres, ronde nocturne pour chant et piano. L'exemplaire était accompagné de la note ci-jointe : « Curiosité et rareté. Toute l'édition de l'œuvre 2 de Berlioz a été détruite par ses ordres '. »

il prit part au concours pour le prix de Rome et no fut pas nirme jiiîi'é digne d'entrer en loge. Cet échec alarma les

i. U.'ii-cigneiTi,:'nts comiiiuiiiqués par M. le vicomle de Spoelberch de Luvenjoul.

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parents du Dauplniit", qui n'étaient pas bien sûrs que leur enfant prodigue lut destiné à briller dans la carrière musicale. Le père ordonna à son tils de revenir en province; Hector obéit, mais, de retour à lu Côte, il tomba dniis un état de tristesse horrible, ne parlant à personne, passant les journées à errer dans les bois et les nuits à gémir dans l'ombre. M. Louis B.'i'Iioz finit par se laisser émouvoir • « Je cousons, dit-il à sou fils, à te laisser étudier la musique à Paris, mais pour quoique temps seulenii'nt; et si, après de nouvelles épreuves, elles ne te sont ims favorables, tu nie rendras bien la justice de déclarer que j'ai lait tout ce qu'il y avait à faire et tu te décideras à prendre une autre voie. l'usais ce que je pense des poètes médiocres: les artisles médiocres dans tous les genres ne valent pas mieux; et ce serait pour moi un cbagrin mortel, une luimilialion profonde de te voir confondu dans la foule de ces hommes inutiles '. »

Ici, nous évitons à dessein de transcrire une scène intime que les Mémoires rapportent tout au long; elle nous a paru chargée en couleur et inutile à recueillir pour en orner

cette biographie Nous voici de nouveau, avec Berlioz,

dans la capitale, pendant l'hiver de 182G. 11 commença par louer une très-petite chambre, au cinquième, dans la Ci!é, au coin de la rue de Harlay et du quai des Orfèvres, s'imposa un régime alimentaire plus rigoureux peut-être que celui des solitaires de la Thébaïde; mais ces économies no suiïircni pas à lui [ermetlre de s'acquitter envers l'ami généreux, qui lui avait prêté naguère douze cents francs yov<v l'éxecution de la messe à Saint-Roch. Comme la moi'tii' île lii somme était encore due, l'ami, M. de Pons, crut i-ii;'n faire en réclamant cet argent à M. iJcrlioz père. Cclu;-.;,

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