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XXII CORRESPONDANCE

matière économique, car il a eu son rôle dans Taffaire des assignats, dans celle des subsistances, et dans le projet de la canalisation du Clain. 11 échangeait, chaque semaine, de gros assignats, venus de Poitiers, contre des assignats de cinq livres, et alimentait ainsi de monnaie divisionnaire ce que les Poitevins appelaient leur « Caisse patriotique ». En même temps il se faisait, auprès de M. Necker et de son homme de confiance, M. de Montaran,rintermédiaire de ses compatriotes, aussitôt qu'ils se croyaient dans la nécessité de faire venir des blés de l'étranger, pour conjurer la famine.

En 1789, la misère avait monté à un si haut point que, dans les rues de Poitiers, les femmes arrêtaient des charrettes chargées de blé, et les mettaient au pillage (1). A l'imitation de la Rochelle et d'Angers, la municipalité décida donc déformer des « greniers de sûreté», d'acheter des blés et de les revendre. Pour faire face à cette opération, elle avisa les personnes aisées d'avoir à s'inscrire, à l'Hôtel-de-Ville, sur un registre de souscription, elle délivra aux souscripteurs des reconnaissances portant promesse de remboursement au l^^^ janvier 1791(2); et ce fut alors à Thibaudeau que revint le soin de faire tomber les objections de certains chefs de bureau, pour qui toute souscription était un emprunt déguisé, et exigeait par suite l'agrément de l'Assemblée Nationale; ce fut lui qui, en vue de permettre à la municipalité de couvrir tout déficit dans ses marchés, obtint pour elle, du Conseil d'État, l'autorisation de recourir exceptionnellement au produit des octrois (3).

(i) Kea;'. mun., hjj, 17 et 20 sept. 1789. (v) Ibid.j 5 oct. 1789.

(d) Correspondance, 3 et 7 nov. 178^;; Kcj^'. mua. lyO, ii cl i8^dcc.

DU CONSTITUANT THIBAUDEAU xxiu

Enfin il négocia avec MM. Necker et de Montaran la cession d'une partie des blés que le gouvernement faisait venir à La Rochelle et à Marans ; et si Poitiers ne profita pas de ces arrivages, c'est que Thibaudeau, n'ayant pu s'entendre avec les bureaux du contrôle général sur le fait des prix de transport par terre, estima, somme toute, plus avantageux de ne pas recourir au Gouvernement (1). La municipalité de Poitiers envoya simplement un de ses membres, M. Creusé, acheter des blés à Orléans (2).

Il est surprenant qu'en ce temps de crise économique les Poitevins aient songé à effectuer de grands travaux publics, et à ouvrir une voie de communication par eau, entre la Vienne et l'Océan; mais on ne saurait s'étonner qu'une fois saisis de cette ambition ils s'en soient remis àThibaudeau pour mener à bien leurs projets (li). Thibaudeau s'est abouché avec le directeur général des ponts et chaussées, M. de La Millière, et lui a soumis des plans qui comportaient deux parties très distinctes. D'une part, établissement d'une voie navigable par le Clain, la Vône et la Sèvre Niortaise ; d'autre part, percement d'un canal de Niort à la Rochelle. Cette dernière tentative devant entraîner d'énormes dépenses, et provoquer de grandes oppositions de la part de Marans, de toute la Vendée, et même de Niort, il y avait lieu, disait Thibaudeau, de l'ajourner à des temps meilleurs ; mais il fallait faire de grands efforts en vue de créer au plus tôt une voie navigable entre Châtellerault, Poitiers et Niort. Les études préparatoires ne devaient pas coûter plus de six mille livres. M. de La Millière paraît

(i) Correspondance, du 18 au 21 mai 1790.

(2) Keu;. mun. 197, 20 mai 1790.

(;i] Reg. mun. 197, 21 aoùl 1790. Cons. gén., 11 nov. 1790.

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