XXIV CORRESPONDANCE
avoir été séduit par les idées de Thibaudeau, qui cependant demeurèrent à l'état de conception spéculative (1).
Un trait à mettre en lumière chez notre député , si empressé qu'il soit de rendre service à ses compatriotes, c'est qu'il ne veut, à aucun prix, se prononcer dans les conflits qui surg-issent entre eux. Et c'est encore là, peut-être, un symptôme de son manque d'assurance, en même temps que de sa prudence et de sa modération. Le département de la Vienne lui demande-t-il son appui contre la municipalité de Chauvigny qui, sur le fait de foires et de marchés, s'est mise en état de rébellion, il argue de l'opinion du Ministre de l'intérieur et de ses principes de liberté économique, pour ne pas s'engager (2). La municipalité de Poitiers lui dénonce-t-elle une compagnie militaire d'étudiants en droit, qui prétend ne pas reconnaître l'autorité de l'étatmajor des gardes nationales, et s'arroge ainsi un insolent privilège, en dépit de ses maximes d'égalité, il tergiverse et parvient à excuser ces jeunes gens, en même temps qu'il les désapprouve (3).
Mais l'embarras est surtout grand pour lui, quand, en .1790, la municipalité de Poitiers se voit menacée dans son crédit auprès du peuple par une puissance nouvelle, de caractère original , le Comité militaire^ dont fait partie Antoine-Claire Thibaudeau. La municipalité était alors de nuance politique peu accusée, et les officiers de la garde nationale appartenaient, pour la plupart, à la noblesse. Or la garde nationale, animée déjà d'esprit révolutionnaire, se défiait de ses chefs, et aurait voulu se mettre en état d'exer-
(i) Correspondance, du 20 au 27 août 1791.
{2) Correspondance, Kn de juillet 1791. l\ea:. l"^. ^, lOjuiu 1791.
(3) Reg. 19O, II et 29 déc. 1789. Correspondance, 2G déc. 1789
DU CONSTITUANT THIBAUDEAU xxv
cer une certaine contrainte sur la municipalité. Soumise à un conseil permanent, composé de son état-major, d'une députation du corps municipal, et des capitaines-commandants de chaque bataillon, elle prétendit adjoindre à ces personnages vingt-huit députés de ses compagnies, vingtun suppléants, et former ainsi un Comité militaire qui fût capable de jouer un rôle politique.
Le procureur de la commune, Laurendeau , prononça contre ces visées un violent réquisitoire, mais il ne put empêcher les prôneurs du Comité, les Thibaudeau jeune, les Rampillon, les Barbot, les Leblond ou les Pages, de le constituer provisoirement; et la municipalité, intimidée, consentit à consulter la population sur l'opportunité des réformes réclamées.
Puis l'agitation fut au comble, du moment qu'un Comité provisoire dénonça aux officiers municipaux certain pamphlet contre-révolutionnaire, la Lettre des- députés impartiaux à r Assemblée Nationale du 18 avril 1790. Il requérait le procureur de la commune d'entamer les poursuites nécessaires pour en découvrir l'auteur, et lui faire subir la peine de « son crime » ; il s'arrogeait le droit de veiller à l'exécution des décrets du Corps législatif et au maintien de la sécurité publique; avant la formation du club des Amis de la Constitution, il tendait à faire de la milice nationale une sorte d'association politique, préludant aux entreprises des sociétés jacobines (1).
Ce fut le 20 mai 1790 que les habitants de Poitiers eurent à se prononcer au sujet du Comité militaire. Quatre districts sur six en approuvèrent la formation, et la municipalité se
(i) Reg-. mun., kjO, 8 mai, 9 mai, 1 1 et 12 mai, i.") et lO mai, 19, 20 et 22 mai 1790.