XXX CORRESPONDANCE
s'enfuir devant une foule hostile; pour entrer à TAssemblée, ils auraient même dû passer entre des batteries de canons, mèche allumée. Et le pauvre homme se désespère, en écrivant à son ami Piorry : « Voilà ce qu'ont produit les déclamations et les affiches qu'on a mises contre nous, au coin des rues (1). »
Nous touchons ici à la journée du 17 juillet 1791, qui, selon Thibaudeau, fut préparée par les politiques radicaux, dont le décret sur l'inviolabilité du Roi dérangeait les plans. Ils auraient poussé au Champ de Mars trois ou quatre cents brigands, pour la plupart étrangers, en vue d'y attirer un peuple immense, d'y organiser une « fédération » contre l'Assemblée Nationale, d'y « essayer les forces du peuple », et de « le faire au carnage ». C'est là une interprétation assez nouvelle de l'affaire du Champ de Mars ; on tj ouvera sans doute qu'elle prête à discussion, mais on reconnaîtra qu'elle correspond bien à l'état d'esprit d'un député du centre; et on ne sera pas surpris qu'une fois les séditieux vaincus et dispersés par la garde nationale, ce député se soit laissé allé à croire et à écrire que, sans La Fayette, c'en était fait de l'Assemblée et de la famille royale ; même de Paris, qui ne pouvait manquer, dit-il, d'être livré au pillage (2).
La correspondance de Thibaudeau se termine sur d'assez tristes préoccupations. Le Roi acceptera-t-il la Constitution, et, s'il le fait, la Constitution sera-t-elle, comme le veut le députe Thouret, « le terme de la Révolution»? Thibaudeau eut assurément la sensation des périls pro-
(i) Correspoudancc, iG juillet 1791.
(2) Correspondance, 19 juillet 1791. Cf. Michelct, Ilisl, de hi Révolulion, t. II, pp. 330 et suiv.
DU CONSTITUANT THIBAUDEAU xxxi
chains. Ce modéré comprit que les monarchistes constitutionnels ne rallieraient jamais ni les révolutionnaires, ni les royalistes purs; il eut la notion très claire des moyens d'action dont disposait le clergé réfractaire, et prévit les discordes civiles qui devaient bientôt déchirer son pays.
La correspondance de Thibaudeau, que nous publions ci-dessous, est, sauf la première et la seconde lettres, entièrement inédite. Elle provient de trois sources principales : r la collection des papiers Thibaudeau, qui a été acquise par la ville de Poitiers il y a un certain nombre d'années (1) ; elle figure parmi les manuscrits de la Bibliothèque municipale sous le n" 365; 2° les registres des délibérations de la municipalité de Poitiers, qui contiennent quelquefois in-extenso, le plus souvent sous forme d'analyse , un certain nombre de lettres, dont on constate l'absence dans la première collection. Ces registres, compris sous les n*" 195, 196, 197, 198, figurent dans les Archives municipales conservées à la Bibliothèque de la ville. Les registres postérieurs aux moisd'avril ou mai 1791 se trouvent encore dansle Bureau du secrétariat, à l'Hôtel de Ville ; nous désignons le regis-
(i) C'est un volume in-4o de i4i folios.
tre des délibérations de i791 (mai-sept.) sous le nom de registre n* \. — -3° Un collectionneur poitevin a bien voulu nous communiquer la correspondance de Thibaudeau avec Piorry; il y a là une cinquantaine de lettres, dont le ton est plus libre et plus dégagé que celui de la correspondance entretenue par Thibaudeau avec la municipalité ; celle-ci, gardant un caractère officiel, a par conséquent une allure assez réservée.
Notre correspondance présente tous les caractères de l'authenticité. Les lettres adressées par Thibaudeau à la municipalité sont tantôt de la main de son secrétaire, tantôt entièrement autographes ou seulement en partie ; mais elles sont toujours signées de lui. Quant aux lettres qu'il écrit à Piorry, elles sont entièrement autographes et conformes, par l'aspect de l'écriture, par la tournure du style, à ce que nous savons être de la main même de Thibaudeau. Nous indiquons du reste, en lête de chaque lettre, si elle aie caractère d'un autographe, d'une rédaction simplement signée, d'une analyse.
L'annotation, que nous avons essayé de rendre aussi complète que possible, a été puisée aux sources, les plus sérieuses, à savoir : aux registres des délibérations municipales déjà signalés, aux registres des délibérations des Directoires du département et du district qui se trouvent dans le dépôt des Archives départementales (série K provisoire), aux délibérations du Conseil général du département (même dépôt), enfin aux papiers Piorry, qui sont
conservés parmi les manuscrits de la Bibliothèque municipale sous les n"' 366-367, et d'oii nous avons aussi tiré quelques lettres. Nous avons également consulté les collections d'imprimés révolutionnaires que possèdent la Bibliothèque municipale et les Archives de la Société des Antiquaires de TOuest; les Almanachs du Poitou de 1789 à 1791 ; FAlmanach royal; la collection des Archives Parlementaires (tomes VIII à XXX) de Mavidal et Laurent ; les journaux tels que le Moniteur et le Journal des Débats, sans parler des études particulières telles que celles de MAI. Aulard, Brette, Fournel, Sciout, etc., et des Histoires générales de la Révolution. Nous espérons ainsi éviter au lecteur des recherches longues et fastidieuses au sujet des événements et des personnages qui font l'objet de cette correspondance.
Enfin, comme un grand nombre de lettres ne sont pas datées, nous avons, à l'aide de renseignements contenus dans leur texte et complétés dans les notes, restitué les dates précises ou approximatives auxquelles elles ont été écrites.
Quant au texte des lettres, il a été soigneusement collationné mot par mot, ligne par ligne, sur les manuscrits; l'orthographe de ces manuscrits a été respectée, toutes les fois qu'elle nous a paru être conforme aux habitudes de style de Thibaudeau ; nous ne nous en sommes écartés que quand il y avait négligence ou incorrection involontaire de la part de l'auteur,
Lettre de Thibaudeau à l'auteur des Affiches du Poitou
{Affiches du Poitou, no du jeudi 26 juin 178g, pag-e 102),
Versailles, le 11 juin 1789,
Je VOUS prie, M. , d'insérer dans votre prochaine feuille la note ci après.
11 s'est glissé plusieurs erreurs à l'article qui me concerne dans la liste imprimée des députés aux États Généraux. On y lit au nombre des députés de Poitou : « M. Cochon de l'Apparent, conseiller à Fontenay, suppléant admis à la place de M. Thibaudeau resté à Poitiers. »
On pourroit conclure de cet énoncé, qu'indifférent pour le bien de ma patrie, je n'ai pas parti de Poitiers, et que M. de l'Apparent m'a réellement remplacé dans la dépulation.
Voici la vérité : je suis parti de Poitiers avec MM.Lecesve, de Suradeet Filleau(l), etnous sommes arrivés à Ver-
(i) Lecesve, curé de Ste-Triaise (à Poitiers), 'député du clen^ê {Affiches du Poitou, no du q avril 1789), ler évèque constitutionnel de Poitiers, mort en 1791, (Reg. des délib. de la commune de Poitiers n" 198). — De Surade, chanoine rég-ulier de la congrégation de France, curé prieur de Plaisance, député du clergé. — Filleau, conseiller à Niort, député du tiers, mort en 1790, et remplacé par Félix Faulcon; ou bien Filleau, procureur du roi à la sénéchaussée de Poitiers, député suppléant de la noblesse.
Cochon de l'Apparent, conseiller au présidial de Fontenay, député adjoint partant du tiers état [ihid.)^ remplaça plus lard Dabbayè, député du tiers état poitevin, démissionnaire (Arch. Parlem,, VIII, p. XLIj,
sailles avant le 27 avril, jour indiqué pour l'ouverture des Étals Généraux. Etant allé passer un jour à Paris, avec plusieurs de mes collègues, j'y eus de la fièvre pendant deux jours. Comme je sortois de convalescence, je craignis d'éprouver une maladie sérieuse, et je me rendis à Poitiers pour me faire soigner. A peine rétabli en apparence, j'ai reparti pour Versailles avec mon fils le 4 juin; le 8, j'ai pris séance à l'Assemblée des Etats. Il n'y a point eu de suppléant admis en remplacement , cette question ne pouvant même se présenter que lors de la vérification des pouvoirs, qui n'étoit pas encore commencée.
M. Gallot, médecin de Poitou (l),qui m'a vu malade lors de mon premier voyage, et qui veut bien me continuer ses soins pour me guérir de la fièvre que j'ai encore ; plusieurs autres de mes collègues pourroient au besoin certifier tous ces faits, et je dois rendre à M. de l'Apparent la justice de dire que ce n'est pas lui qui est l'auteur de cette note erronée insérée dans la liste.
J'ai l'honneur d'être, etc.
Copie de la lettre écrite aux officiers municipaux de la ville de Poitiers, le 17 juillet 1789, par Messieurs les Députés des communes de la sénéchaussée de Poitou à l'Assemblée Nationale (Imprimés. 1. n. Q., Bibl. Muuic. Recueils Poitevins iu-S", tom.XIII).
Messieurs, Nous voudrions trouver des termes dignes de vous dépeindre les sentimens divers dont nous avons été agités
(i) Gallot, médecin à Saint-Maurice (Bas-Poilou), député du tiers {Affiches, ibid.).
DU CONSTITUANT THIBAUDEÂU 7
depuis quelques jours, mais nos esprits sont incapables de soutenir les élans de nos cœurs, et nous craignons que nos expressions ne se trouvent mille fois au dessous de toutes les idées qui se présentent en foule devant nous. Quoi qu'il en soit, MM., nous allons vous faire le détail exact de ce qui s'est passé (1).
Depuis plusieurs jours, des conseillers perfides, trompans la religion du meilleur des rois, avoient extorqué de sa confiance l'ordre de faire venir plusieurs régimens étrangers. Fiers d'un renfort sur lequel ils comptoient plus que sur les troupes nationales, ils abusèrent de leur crédit au point de faire renvoyer samedi dernier, M. Necker, ce ministre citoyen qui deux fois a sauvé la France, et qui deux fois n'a reçu pour prix de ses services que l'ingratitude et l'outrage (2). Triste destinée des Rois d'être sans cesse trompés, sans cesse trahis! destinée plus triste encore des peuples, d'être sans cesse trahis par les favoris des Rois!
Nous pourrions vous tracer ici les scènes d'horreur qui
(i) Les 4 députés sig-nataires de la lettre sont : i" Thibaudeau le père, malade du lo au ly mai etabseDt,de retour le lo juin(J/tv/z. d'A.C. Thibaudeau,pp. 73-77; iMavidal, Arch. Pari., VIII, p. io5 ; i4 juin 1 789) ; avait sig-né l'acte du serment du Jeu de Paume (Arch. Pari., VIII, p. 189). a^Briault, avocat à la Mothe-Sle-Héraye {Afjiches du Poitou, (^ avril 1789. Tliihauileau, Histoire du Poitou, III, 5io), avaitréponduà l'appel de son nom le i3 juin 1789, (Mavidal, VIII, 97), avait adhéré au Serment du .leu dePaunie {ibid., VIII, 139). 3"Faulcon, conseiller au présidial de Poitiers, adjoint aux députés élus comme suppléant partant, ainsi que Cochon Lapparent, conseiller à Funtenay [Afjiches, 9 avril 1789. Thibaudeau, ibid.); n'asi pas mentionné comme ayant remis ses pouvoirs le i3 juin (Mavidal, VIII, 97), ne prit aucune part aux délibérations de la Constituante en 1789. 4" Laurence, négociant à Poitiers [Afjiches, loc. cit.), présente ses pouvoirs le i 3 juin, et adhère au serment du 20 juin (Mavidal, VIII, 97, 139). Le rôle de ces quatre députés fut très efFacé. Pour les autres députés du Poitou, voir le n" des Afjiches précité et VHistoire du Poitou de Thibaudeau, III, 5o8, 5io, ainsi que lejournal pp. M. Ducrocq. Soc. des Antiq. Méin., 189.5.
(2) Renvoi de Necker, 12 juillet 1789; voir la délibération de l'Assemblée à ce sujet le i3 (Mavidal, VIII, 223). Voir aussi les récils divcrg-ents de ces événements et du i4 juillet dans Michelet, Hisl. de la Rév. fr., tome le' ; Taine, /es Origines de la France conteinpor ., tome II ; Flanmiermont, etc.
ont suivi ce jour désastreux, l'appareil le plus effrayant de la guerre déployé de toutes parts, les chemins remplis d'artillerie et de gens armés, des ordres funestes surpris à l'autorité, les évènemens plus funestes encore qui en ont été la suite, l'attaque de la Bastille par les habitans de Paris, sa prise, et partout des François immolant des François. Oui, Messieurs, nous pourrions vous dépeindre ces détails affreux dont nous avons été. presque témoins et qui sont trop bien empreints dans notre imagination pour que nous puissions jamais en perdre le souvenir. Mais nous nous hâtons d'en écarter l'image douloureuse, pour vous entretenir d'une époque fortunée qui a rendu à la joie des cœurs longtemps flétris par la tristesse et l'accablement.
Lundi, après avoir fait une députation infructueuse au Roi, l'Assemblée Nationale fit l'arrêté dont nous vous envoyons copie exacte (1). Dans la journée du mardi j, elle fit encore deux fois des démarchesauprès du Roi pour faire retirer ses troupes étrangères qui causoient tant d'ombrage à ses sujets, et deux fois les démarches n'eurent pas plus de succès (2). Mercredi matin, à la suite d'une séance qui duroit sans interruption nuit et jour depuis lundi, l'Assemblée se détermina encore à faire un nouvel effort et à envoyer une nouvelle députation au Roi (3). Déjà, cette députation
(i) La lettre des députés du Poitou fait allusion ici à la députation de 80 membres envoyée le lundi i3 juillet au Roi pour lui représenter les dangers du royaume et demander le renvoi des troupes (.Mavidal, \"1II, i'.2()). L'arrêté qui suivit cette démarche infructueuse exprimait l'estime de rAssemblée pour Necker, le ministre renvoyé, insistait pour l'établissement de g'ardes bourg-eoises et pour l'éloignenient des troupes, déclarait les ministres responsables des malheurs qui pourraient suivre ; l'Assemblée persistait dans ses décrets des 17, 20 et 26 juin (texte dans Mavidal, VIII, 229-280).
(2') Sur les démarches du mardi i4. voir .Mavidal, NUI, 232-234.
(3) Dans le compte-rendu des Arch.Parl. il est question de ilcujc dépiitatioiis an roi. On décide ce même jour d'envoyer le lendemain une troisième députation au Roi. Ce récit de lajouruée du i5 est conforme pour l'ensemble
étoit nommée, déjà elle alloit partir sous la présidence de M. le marquis de la Fayette, ce jeune héros qui réunit toute la chaleur du patriotisme à ces palmes de la gloire qu'il cueillit dans les plaines de Boston ; elle étoit, dis-je, prête à partir et décidée à faire les plus grands efforts pour attendrir l'âme compatissante du Roi, et l'engager à se rendre dans l'Assemblée Nationale, lorsqu'on vint annoncer que Sa Majesté alloit faire, de son propre mouvement, cette démarche désirée depuis longtemps.
A cette nouvelle inattendue, tous les cœurs furent saisis de satisfaction et d'inquiétude; de satisfaction, en espérant voir bientôt dans le sein de l'Assemblée Nationale un monarque toujours adoré de ses sujets, et d'inquiétude pourtant, en songeant aux suggestions dangereuses qui avoient éloigné de son peuple l'âme aimante d'un si bon Roi et l'avoient engagé à s'environner d'étrangers. C'est ainsi qu'en flottant tour-à-tour dans des sentimens contraires, nous attendîmes l'arrivée du Roi, qui^ à peine rendu dans YAssemblée, debout et découvert, prononça avec grâce et majesté le discours suivant :
« Messieurs,
Je vous ai assemblés pour vous consulter sur les affaires les plus importantes de l'État ; il n'en est pas de plus instante et qui affecte plus sensiblement mon cœur que les désordres affreux qui régnent dans la capitale. Le chef de la nation vient avec confiance au milieu de ses représentans leur témoigner sa peine et les inviter à trouver les
à celui des Arch. Parleni. (VIII, 235-236). La députalion envoyée au Roi comprenait 2 députés du Poitou, Bouron, avocat du Roi à Fonlenay, et Filleau, conseiller au présidial de Niort.
moyens de ramener l'ordre elle calme. Je sais qu'on a donné d'injustes préventions. Je sais qu'on a osé publier que vos personnes n'étoient pas en sûreté. Seroit-il donc nécessaire devons rassurer sur desbruits aussi coupables démentis d'avance par mon caractère connu ! Eh bien ! c'est moi, qui ne suis qu'un avec ma nation, c'est moi qui me fie à vous. Aidez-moi donc dans cette circonstance à assurer le salut de l'État. Je l'attends de l'Assemblée Nationale; le zèle des représentans de mon peuple réunis pour le salut commun m'en est un sûr garant ; et comptant sur l'amour et la fidélité de mes sujets, j'ai donné ordre aux troupes de s'éloigner de Paris et de Versailles. Je vous autorise, je vous invite même à faire connoître mes dispositions à la Capitale(l). »
Vousimaginez sans peine, MM., de quelles acclamations de respect et de tendresse un pareil discours fut accompagné. Tous les auditeurs avoient les yeux mouillés des douces larmes du sentiment, et le monarque partageoit cette intéressante sensibilité. Il se rendit ensuite à pied au château, environné de tous les députés, sans garde, mais sous la plus sûre de toutes, celle de l'amour de plus de cent mille François, qui, livrés à tout l'enthousiasme de l'allégresse, l'accompagnoient en le comblant de bénédictions. Vous ne pouvez vous imaginer combien ce spectacle étoit à la fois délicieux et attendrissant. Eh! quel spectacle en effet que celui d'un prince pressé par l'amour de son peuple et des représentans de 24 millions d'hommes, se tenant tous par la main, sans distinction de rang ni d'ordre, et paroissant otus mutuellement animés par les plus doux sentimens de
(i) Le discours du Roi est également conforme dans la lettre ci-dessus et dans le procès-verbal ofticiel.
DU CONSTITUANT THIBAUDEAU li
l'union et de la confraternité ! Ah! quel moment, MM., et comme il faisoit bien oublier toutes les heures d'alarmes qui avoient précédé cet événement fortuné !
Les Députés se rendirent ensuite dans leur salle où ils furent conduits parle peuple, au bruit des applaudissemens les plus flatteurs, et, nous osons dire, les mieux mérités (1). Leur premier soin fut de nommer une députation pour aller porter à Paris le discours et les intentions du Roi et tâcher d'y ramener l'ordre et la tranquillité (2).
Tout le monde altendoit avec une inquiète impatience le résultat de cette députation; elle arriva enfin et rapporta la nouvelle consolante que tous les membres qui la composoient avoient été accueillis avec transport, que la paix étoit entièrement rétablie dans la capitale et qu'ils n'avoient plus entendu autour d'eux aucun propos séditieux, mais les cris mille fois répétés de : « Vive le Roi et l'Assemblée Nationale » !
Voilà, MM., le récit fidèle des faits que nous avons cru devoir vous faire parvenir, afin de vous mettre à môme de tranquilliser nos concitoyens. Nous avons étépendant trois jours tourmentés par les alarmes les plus pressantes et les mieux fondées, mais les mauvais conseils ne peuvent égarer longtemps l'àme d'un bon Roi. Aussi avons-nous joui bientôt de toute la plénitude de la satisfaction. Débarrassés maintenant des angoisses pénibles qui nous ont successivement déchirés, nous n'avons plus que des choses flat-
(i) Le procès-verbal donne des détails plus précis que la lettre sur l'enthousiasme avec lequel TAssemblée et le peuple ramenèrent le Koi au château. La lettre ajoute ce détail, qui manque au procès-verbal, que le peuple reconduisit les députés dans leur salle au bruit des applaudissements.
(2) La députation envoyée à Paris se composait de 88 membres (Mavidal, VllI, 287). Dillon,curéde Vieux Pouzauges, et Gailot, médecin à Saint-Maurice, députés du Poitou, en faisaient partie [IbiiL, p. 238j.
teuses à espérer. Tous les jours, on reroit des adresses de Nobles de différents bailliages, qui changent les pouvoirs limitatifs qu'ils avoient donnés et s'en rapportent à leurs représentans : et hier, sans attendre la rénovation de leurs pouvoirs, le reste de la Noblesse et la minorité du Clergé se réunirent essentiellement à l'Assemblée, et offrirent provisoirement de donner leurs voix et de voter par tête, ce qui redoubla l'allégresse générale (1). Maintenant, nous ne formons plus qu'une même famille. D'après cela, et le patriotisme dénué de préjugés qui anime aujourd'hui tous les cœurs François, pourroit-il y avoir, parmi le peu de bailliages qui n'ont pas encore changé leurs pouvoirs prohibitifs^ quelques Nobles assès malavisés pour s'y refuser aujourd'hui ? Non sans doute, non. Mais s'il étoit possible enfin qu'il y en eût qui ne voulussent pas se rendre à la voix de la raison et qui voulussent par là se couvrir à jamais d'opprobre, leur obstination anti-patriotique n'empêcheroit pas l'Assemblée Nationale d'établir une Constitution inébranlable et d'opérer l'entière régénération de la chose publique.
Nous sommes avec respect, Messieurs, Vos très humbles et très obéissans serviteurs, Briault, Thibaudeau, Laurence fils,Faulcon, député suppléant.
P. S.— Nous apprenons à l'instant que, d'après le vœu général de l'Assemblée et de la capitale, M. Necker est rappelé, que tous les nouveaux ministres sont renvoyés et
(i)Sar la réunion des membres dissidents de la noblesse, et notamment de celle de Paiis et du clergé, au reste de l'Assemblée dans la séance du i(i juillet, voir le procès-verbal, dansArch. Parlem., VIII, 2/^2.
que le Roi part à l'instant pour Paris, où sa présence et surtout sa bonté achèveront de ramener le calme. Il doit y être accompagné par une escorte nombreuse de Députés, qui auront la gloire de cimenter l'union inaltérable qui doit toujours régner entre le monarque et ses fidèles sujets (1).
Versailles, le 17 juillet 1789.
Lettre de Thibaudeau et de ses collègues au corps municipal de Poitiers (Bibl. Munie. Archives.— Reg. 195.29 juillet 1789, copie) (2).
Messieurs,
Nous avons appris que quelques habitants de Poitiers avoient eu des allarmes au sujet d'une assemblée de la
(i) Le corps municipal de Poitiers répondit aux députés de la manière suivante :
Lettre aux députés de la nation.
Lettre aux sieurs députés des communes de la sénéchaussée de Poitiers.
Messieurs, Nous vous rendons mille actions de grâces des détails que vous avez bien voulu nous faire passer; nous nous félicitons avec vous du triomphe que vous venez d'obtenir, et nous vous prions de vouloir bien présenter notre lettre cy jointe aux députés de la nation, vos digues coopérateurs.
Nous sommes avec respect, etc.
Chabiel de Morière, maire.
(Beg. 195. — 20 juillet 1789).
Le même jour, lecture par le secrétaire d'une lettre écrite à ce corps par MM. les députés du tiers état aux Etats Généraux datée de Versailles du 17 de ce mois, dans laquelle sont détaillés les événements qui sont arrives depuis 8 jours, et qui contient les nouvelles les plus satisfaisantes annonçant la tranquillité publique.
Un Te Deurn sera chanté à la cathédrale dimanche prochain à 4 heures. Feu de joie à 8 h. soir place Royale, où assisteront les conqnignies en uniforme de la miUce bourgeoise.
La lettre des députés sera imprimée aux frais de l'IIùtel-de-VilIe et distribuée.
(Reg. 195. — 20 juillet 1789).
'2) Une lettre à peu près identique de Saint-Priest est adressée au corps de ville.
i4 CORRESPONDANCE
noblesse du Poitou indiquée dans cette ville au 27 de ce mois (1).
Nous croyons devoir vous engager à représenter aux habitants que cette assemblée est intéressante dans les circonstances actuelles, persuadés que nous sommes que la noblesse du Poitou, se conformant au vœu de l'Assemblée Nationale, donnera à ses représentans des pouvoirs illimités. Nos concitoyens savent que tous leurs intérêts nous sont chers; ils ne peuvent mieux seconder nos dispositions qu'en maintenant parmi eux la paix et la tranquillité publique.
Nous sommes avec respect, Messieurs, vos très humbles et très obéissans serviteurs : Thibaudeau, avocat à Poitiers^ député à l'Assemblée Nationale, Laurence, d'Abbaye (2) et Briault.
Versailles le 24 juillet 1789 (3).
(1) Les députés de la noblesse avaient soutenu qu'ils n'étaient élus qu'avec des pouvoirs limités, et qu'ils n'avaient pas le mandat de travailler à une Constitution, comme l'avait soutenu le tiers. De là les réunions qui alarmèrent les esprits, lorsque, la noblesse s'étant réunie au tiers, il fallut convoquer les nobles pour conférer à leurs députés de nouveaux pouvoirs. On lit à ce sujet dans les Afjiches du Poitou, [n« du jeudi 6 août 1789) et à la date du 29 juillet : « la noblesse du Poitou qui s'est réunie eu cette ville (Poitiers) en conséquence de la convocation de M. le grand sénéchal />o??r le 2j juillet, a donné ce jour-là à ses députés des pouvoirs généraux et illimités ». — Les députés de la noblesse étaient pour le Poitou : le duc de Luxembourg-, le marquis de Crussol d'Amboise, le vicomte de la Chastre, le chevalier de la Coudraye, le comte de Jouslard d'Yversay, le marquis de Villemort, et le comte deLambertye; les députés suppléants :1e mar(|uis de la Roche du Maine, le lieutenant général de la sénéchaussée de Poitiers, Irland de Bazoges, et le procureur du roi au même siège, Filleau {A^/JÎches, n" du 9 avril 1789).
(2) D'Abbaye, président du siège âe^leWe [Affiches du Po/7o//,n<'du9avril 1789), député du tiers, est élu l'un des adjoints au doyen dés communes le 8 juin 1789 (Arch. Parlem., VIII, 78), figure à l'appel nominal du tiers le i3 juin ll/jid., V'III, 97), adhère au serment du 20 juin {Ihid,,\Ul), démissionnaire plus tard et remplacé par Cochon Lapparcnt (fOid , p. XXXV).
(3) Réponse du maire et des échevins aux députés :
Messieurs, Nous n'avions rien plus à cœur, soyez eu convaincus, que de maintenir
DU CONSTITUANT THIBAUDEAU iS
Lettre de Thibaudeau au corps de ville de Poitiers
(Bibl. Munie. Archives. — R.eg. no 196, copie) (i).
Messieurs,
J'ai l'honneur de vous envoyer les règlemens faits par l'Assemblée Nationale sur les objets les plus importans de législation et d'ordre public. Sa Majesté les a approuvés par la réponse qu'elle a faite à l'Assemblée Nationale qui les lui présenta iiier, et en faisant chanter un Te Denm dans sa chapelle (2).
Je suis avec respect votre très humble et très obéissant serviteur, Thibaudeau.
Versailles, i4 août 178g,
le bon ordre et la iranquiliité [)ubli(iue ; nous ne dissimulerons pas qu'il a exislé dans cette ville quelque fermentation: mais par nos soins et les précautions que nous avons prises, le calme a succédé à l'orag-e. Nous vous prions de recevoir notre reconnaissance et nos remerciements de l'intérêt que vous prenez aux circonstances où nous nous sommes trouvés. Nous sommes avec respect, etc.
Poitiers, le 29 juillet 1789.
(i) Autre lettre du même et de même date où il rectifie quelques erreurs des 2 arrêtés: le i*i" arrêté des 4» *', 7, 8 et 11 août abolissant les droits féodaux, et les dîmes, la vénalité des offices, le casuel des curés, les privilèges pécuniaires, les annales, réserves, la pluralité des bénéfices et décrétant l'égalité pour les emplois, en 18 articles; — le 2« décret pour le rétablissement de la tranquillité publique (10 aoùl) conférant aux municipalités le droit de réquisition des forces militaires, déférant aux tribunaux les perturbateurs, prohibant les attroupements séditieux, obligeant les milices nationales et les soldats au serment.
(2) Il s'agit des fameux décrets des 6-1 1 août relatifs à l'abolition des privilèges (Archives Parlem., \"1II, 3r);i-;^97) et de celui du 10 août relatif au maintien de l'ordre public {Ibid.,\\\\,l\6i). La réponse du roi est citée dans le même recueil (VIIl, l\'il\).
16 GORRESPOXDAxNCE
Thibaudeau à la Municipalité de Poitiers
(BIbl. Mun. Archives. — Reg-. iqj. Analyse sommaire.)
5 octobre 1789.
Lettre de M. Thibaudeau au corps de ville sur l'envoi d'un exemplaire du discours de M. Necker (1).
Thibaudeau à la Municipalité de Poitiers (BIbl. Munie. Archives. — Reg-, igS. Analyse.)
3o octobre 1789.
Lecture d'une lettre de M. Thibaudeau du 27 de ce mois contenant le plan de division de cette province (2), dont l'Assemblée Nationale s'occupe ainsy que de celuy des autres provinces du royaume (3).
(i) Il s'agit du discours et du projet déposé par Necker dans la séance du ler octobre i^Sg (Archives Parlera., IX, 226).
(2) « Cette division du Poitou, dit le corps de ville, présentant des inconvénients pour la capitale, qui, si elle est exécutée, perdra beaucoup sur son arrondissement, et causera par conséquenceun préjudice considérable à son commerce et à ses habitants, les avis pris^ il a été arrêté qu'on travaillera à un mémoire d'observations qui sera envoyé à ^I. Thibaudeau et à Nos seig-ueurs de l'Assemblée Nationale» (Délibér. du corps municipal de Poitiers). Le mémoire rédigé par l'avocat Laurendeau fut envoyé peu après à Thibaudeau (Délibér. du 7 nov. 1789).
(3) Cette lettre fait allusion aux travaux du Comité de constitution sur l(r division générale du royaume. Thouret donna lecture du plan du Comité le 3 novembre 1789; il proposait 80 divisions nouvelles d'une étendue moyenne de 38o lieues, divisées chacune en 9 districts, et chaque district en 9 cantons. Le but était de faciliter l'administration, et de morceler les pouvoirs locaux de manière à ne pas leur permettre de résister au pouvoir executif et à la législature. La discussion générale, très vive et très longue, finit le 1 1 novembre, et l'Assemblée décida que le nombre des départements serait de 75 à 85 (Archives Parlera., IX, 654-759). La discussion des articles continua en novembre et décembre {Ibid. ytome X, 5o3).
Thibaudeau à. la Municipalité de Poitiers (Bibl. Municip. Mss. a" 30"). La sig^nalure et l'adresse de la maÏQ de Thibaudeau).
Paris, le 3i octobre 178g.
Messieurs,
J'ai reçu jeudi dernier la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire au sujet de l'approvisionnement de la Ville de Poitiers; je suis allé le lendemain au contrôle général pour suivre l'expédition de votre demande (1). M. le Directeur général (2) est dans ce moment si surchargé d'affaires de la plus haute importance qu'il n'est pas possible qu'il s'occupe des détails; il m'a renvoyé à M. de Montaran (3), maître des requêtes, qui a le département des sub-
(i) La question des subsistances préoccupait depuis plusieurs mois le corps municipal de Poitiers : en juillet le froment s'était vendu 3' 12'' le boisseau. L'intendant Boula de Nanteuil avait autorisé le directeur des magasins militaires à prêter au corps de ville un certain nombre de sacs de froment et de seigle ; on avait accordé aux boulangers des indemnités pour ne pas hausser le prix du pain en attendant la récolte. L'intendant avait chargé Tribert, négociant, d'acheter des blés à Marans et à la Rochelle pour alimenter le marché poitevin. De là contre ce négociant des accusations d'accaparement. Le corps de ville s'était mis ensuite à acheter directement des blés. Mais la disette se maintenait, elle i5 septembre le peuple arrêtait et pillait dans la rue St-Savin une charrette destinée aux troupes en garnison à Niort; le 20, nouvelle émeute (celle ci due à des femmes) à l'entrée du Pont Neuf. Le décret de l'Assemblée Nationale du y août sur la libre circulation des grains ne pouvait être exécuté. La municipalité décida, à l'imitation d'Angers et de la Kochelle, d'organiser des greniers de sûreté à Poitiers, et de faire venir de l'étranger 20.000 boisseaux de blé. Les fonds nécessaires devaient être fournis par les souscriptions des classes aisées (Délibér. du corps municipal du nj juillet au f) octobre 18S9. ^^F!- '0^)- La souscription fut ouverte aussitôt : les souscripteurs, d'ailleurs, recevaient une promesse signée de députés de la municipalité et qui stipulait le remboursement de leurs avances au i^"" janvier lyyi (Délibér. du 5 et du 17 octobre 1789). {Af/it/ifs dii Poitou, u"^ des 9 et 22 octoi)rc 1789). C'est à cette occasion que le corps de ville écrivit à Necker pour lui demander d'affecter à la garantie de l'emprunt le produit des deniers d'octroi, sauf ceux du double don gratuit (délibér. 23 octobre 1789. Heg. ig'V).
(2) Necker n'avait que le titre de Directeur général des finances.
(3) M. de Montaran, maître des requêtes, intendant, était placé sous les
XX t
18 GORRESPUiNDANGE
sistances de cette province ; j'y suis allé le môme jour et je lui ai fait part de l'objet de ma visite ; il s'est fait apporter devant moi la lettre que vous aviez écrite au Ministre, il en a fait lecture et m'a proposé quelques objections.
Il a paru craindre que ce genre d'approvisionnement en magasin ne fût contraire aux arrêtés de l'Assemblée Nationale. Je lui ai répondu que personne ne pouvait connaître mieux que moi quel était, à cet égard, l'esprit de l'Assemblée, parce que, comme membre du Comité des subsistances (1), j'avais coopéré à préparer les décrets que l'Assemblée a adoptés, que le projet présenté par le Comité municipal de Poitiers favorisait l'importation des blés dans le royaume, que les magasins faits par les municipalités, dont la destination n'est pas suspecte, ne sont point contraires à la libre circulation des bleds dans les provinces.
M. de Montaran a ajouté que le gouvernement allait renouveller les concessions de primes en faveur de ceux qui importeraient des blés de l'étranger, qu'il serait peut-être convenable que le Poitou promît en particulier des primes à ceux qui importeraient de l'étranger des bleds dans cette province, que ce serait un moïen d'en garnir toute la province et non pas simplement la capitale (2).
J'ai répondu que ce moïen présentait beaucoup d'incerti-
ordrcs de Tolosau, inlendanl du commerce et des maiiufaclures,et dirigeait le bureau des subsistances g-énérales (Ahnanacli royal, 17H9).
(i)Le Comité des subsistances, créé le ig juin 17^(1, ctcomj)osé d'un membre du tiers état par généralité (Thibaudeau y représentait celle de Poitiers), de 12 membres du clergé et de 16 de la noblesse, avait fait adopter le décret du 29 août, qui permettait la libre circulation des grains et farines à l'intérieur du royaume, mais interdisait l'exportation à l'étraug-er (Archiv. Parlem., tome VIII, pp. i35, lOi, 191, 208, ^îti;, 5ii). Il n'avait pas abrogé nettement les anciennes lois qui interdisaient les magasins de blés pour prévenir les accaparements.
(2) l.e système des primes avait été employé avec succès par l'intendant Nanteuil dans les famines de 1785 et 178C (Archiv. Dép. G. 29 et 3û ; pièces à ce sujet).
lude et de lenteurs et était capable de jetler beaucoup d'allarmes, que d'ailleurs je n'avais pas pouvoir pour stipuler à cet égard, l'intérêt de toute la province; ce serait à la commission intermédiaire à s'en occuper; elle ne pourrait prendre un parti à cet égard sans en conférer avec les commissions intermédiaires de département, ce qui entraînerait un grand retard et peut-être offrirait des résultats oii il n'y aurait point d'uniformité; que j'étais bien assuré que la Commission intermédiaire provinciale désirait, autant que la municipalité de Poitiers, l'approvisionnement de cette capitale.
M. de Montaran a insisté sur la destination de deniers des octrois; je lui ai observé qu'on n'en pouvait faire de meilleur employ, qu'en les affectant à la subsistance des citoïens, qui était de première nécessité, que je savais d'ailleurs par mes connaissances personnelles que les travaux pour lesquels ces deniers étaient destinés pouvaient absolument se remettre d'un tems à l'autre,, et que le Pont- Neuf de Poitiers était en plein exercice (1).
Enfin dans un entretien assez long, et où M. de Montaran m'a parlé avec beaucoup d'honnêteté, et m'a témoigné la plus grande confiance dans la municipalité de Poitiers, je lui ai représenté qu'il serait bien malheureux que des citoïens ne pussent pas faire pour leur sûreté et leur subsistance, ce que M. l'Intendant avait pratiqué avec tant de succès dans les années précédentes, et par des moïens qui semblaient plus difficiles à obtenir du gouvernement, puisqu'on lui demandait alors des secours en argent.
M. de Montaran m'a dit que vous n'aviez point spécifié
(i) Les deniers d'octrois étaient, en principe, destinés aux travaux des villes. C'est avec ces fonds qu'on avait construit le Pont Neuf à Poitiers.
la quantité d'achat de grains que vous vouliez faire; je lui ai répondu qu'on pouvait calculer sur une population, dans la Ville, de 20 à 25,000 âmes, et qu'il fallait aussi prendre en considération les campagnes de 3 à 4 lieues aux environs, qui pourraient s'approvisionner aux marchés de Poitiers; enfm il m'a promis de mettre votre demande sous les yeux de M. le Directeur général et de l'apuier, dans son premier travail. Je crois qu'il éprouvera de la difficulté, parce que ces sortes de magazins ne sont pas dans les principes de M. Necker et il refusa, l'année dernière, à peu près la même demande, à la commission intermédiaire de Poitiers.
Je dois avoir une seconde conférence avec M. de Montaran et je compte avoir une réponse précise sous trois jours et pouvoir vous en faire part à l'ordinaire prochain.
Je suis avec respect^ Messieurs, Votre très humble et obéissant serviteur,
Thibaudeau.
Adresse de M. Thibaudeau : A M. Thibaudeau, député du Poitou, rue Bourbon, faubourg- St-Germain, n° 97, avec deux enveloppes, la dernière à M. le Président de l'Assemblée Nationale.
Thibaudeau à la Municipalité de Poitiers
(Bibl. Munie. Mss. n* 303. Signature de Thibaudeau).
Paris, le iC" novembre 1789.
Messieurs,
Il n'y a encore rien de décidé quant à notre province. Les affaires courantes vont avec une lenteur qui me désole,
par tous les incidents de questions particulières qui se présentent et qui nous détournent souvent de la marche ordinaire.
L'Assemblée Nationale vient de rendre un décret qui doit faire suspendre le département (1) ; il a été arrêté que les ci-devant privilégiés seraient imposés à la taille, au lieu de la situation de leurs propriétés, et non à la paroisse de leur domicile. Le Comité des finances de l'Assemblée Nationale avait proposé un décret absolument opposé; il voulait que les ci-devant privilégiés ne fussent imposés pour tout^ qu'au lieu de leur domicile; mais on a pensé que, s'il en était ainsi, les grands seigneurs, surtout ceux qui demeurent à Paris, ne seraient pointimposés au juste taux de taille qu'ils doivent supporter^ parce qu'on n'aurait pas une juste connaissance de l'étendue et de la valeur de leurs propriétés, etque cette taxe, aulieu de leur domicile, ne tournerait point à la décharge des taillables dans les paroisses où les biens sont situés(2).Ce décret dont je ne peux vous envoyer le prononcé littéral, parce qu'il n'est ni imprimé, ni sanctionné, entraînera des détails qui intéressent les habitants des villes ci-devant privilégiées. J'aurai l'honneur de vous faire part, à l'ordinaire prochain, de ce qui aura été arrêté à ce
(i)Le décret du 2G septembre i-jSçf{Coll.(les /oiset décrets de l'Assemblée N^atiorude, tome I*"", p. 3i. — Archives Pari., IX, i8(t) avait prescrit, pour les biens des priviléoiés, l'établissement d'un rôle de supplément des con- Iribulionspour 1789, et à parlirdeiygo leur inscription au rôle comme pour les biens des autres contribuables, ainsi que la suppression des abonnements pour les viniçlièmes.
(2) Ni le Monili'tir, ni les Archives Parlementaires ne mentionnent la discussion dont Thibaudeau parle etqui eutlieuà la fin d'octobre 1789 au sujet de l'application de ce décret. Le nouveau décret qu'il indi([ue et (jui porte que les privilégiés seront imposés pour les derniers mois de 1 781) et pour 1 71(0, non dans le lieu où ils auront leur domicile, mais dans celui où leurs biens fonds sont situés, fut publié le 29 novembre 1789 [Collecl. des lois et décrets, tome le"". — Arcii. Pari., X, 326).
22 GORRESPOiNDANCE
sujet, principalement quant à la capitalion que les habitants des villes franches ne paieront sans doute pas au lieu de leur domicile, comme ci-devant; et encore la capitation taillable accessoire à la taille au lieu de la situation de leurs biens. Les députés des villes ci-devant franches vont s'occupper de ces opérations ultérieures et de celles qui y sont accessoires. Ainsi je crois qu'il faut suspendre le département ; j'en écris autant à M" de la Commission intermédiaire provinciale.
La division des provinces excite des réclamations ; on commence à imprimer comme nous; je joins ici un bulletin qui en offre un exemple.
Je suis avec respect, Messieurs, Votre très humble et obéissant serviteur,
Thibaudeau.
Thibaudeau à la Municipalité de Poitiers
(Bibl. Munie. Mss. n° 365 — autographe en entier).
Paris, 3 novembre 1789.
Messieurs ,
J'ay l'honneur de vous envoler la lettre que M. le premier Ministre des finances m'a remis, en réponse à celle que vous lui avés écrit, au sujet de l'approvisionnement de la Ville de Poitiers (1). Vous observerés sans doute, Messieurs, que cette réponse, en approuvant en général votre demande, ne s'explique point positivement sur l'authorisation
(i) Il s'ag-it de la lettre écrite le 23 octobre à Necker pour lui demander d'autoriser le corps de ville à affecter à la garantie de la souscription pour les blés le produit des deniers d'octroi et du double don gratuit.
que vous voulés avoir pour affecter les deniers des octrois au payement du déficit, en cas qu'il s'en trouve, moins les souscripteurs; je me suis bien aperçu de cette omission, mais M. Necker m'étant échappé, je n'ay pu dans le moment m'en expliquer avec lui; j'en ay découvert la cause, et je vas travailler à y mectre ordre; ces sortes de lettres sont préparées et travaillées dans les bureaux, et, lorsque la demande contient des questions qui concernent différens bureaux, chacun ne répond que pour ce qui le regarde. M. de Montaran n'étant chargé que des subsistances, on n'a répondu dans, ses bureaux que relativement à l'approvisionnement de la Ville. L'affaire des octroys regarde la partie des municipalités ; c'est M. de la Millière (1) qui en est chargé; je vas le voir de suite, affin d'en conférer avec lui sur le vu de la copie de la lettre que vous avés écrit au Ministre, et que vous m'avés envolée; je crois bien qu'il faudra un arrest du conseil, mais sans frais ; autrement, je n'irais pas en avant, sans de nouveaux ordres de votre part.
Je vous prie, Messieurs, de ne pas imputer à négligence, s'il y a quelque retardement dans l'expédition de cette seconde branche de vostre affaire ; nous sommes dans un moment de crise où je ne puis m'éloigner un instant de l'Assemblée Nationale, et je n'ay que fort peu de temps libre. Nous fûmes hier en séance depuis neuf heures du matin jusqu'à 6 heures du soir, sans désemparer (2).
J'ay l'honneur de vous envoler, Messieurs, une feuille
(i) M. de la Millière (Chaumont de), l'un des quatre intendants de finances au contrôle g'énéral, avait aussi dans son département les ponts et chaussées, ports, mines, messag-eries, prisons et dépôts (Alm. royal, 1789).
(2) Il s'ai^it de la fameuse séance du 2 novembre où l'Assemblée, par 568 voix contre 34^, décida (jue les biens du clerçé étaient à la dis[)osition de la nation (Arch. Pari., IX, 02y-0/(()).
imprimée qui contient la délibération prise hier sur les biens ecclésiastiques; la scéance fut des plus orageuses, pnr la contrariété des opinions et des intérêts. Le décret laisse entières plusieurs questions importantes; il y a lieu de croire que la nation ne s'emparera que des biens des bénéfices qui n'ont point de charges d'âmes, tels que les abbayes et bénéfices simples. On pourra réduire les revenus des Évêchés, mais on incline, avec raison je crois, à faire la dotation des évêchés, cathédrales et cures, en bien fonds, car des pensions en argent, comme les proposent plusieurs de nos publicistes, pourroient n'estre pas payées exactement , par mille événemens qui peuvent survenir. Les ecclésiastiques éprouvèrent hier des sorties très vigoureuses sur la différence qu'il y a entre leur manière de vivre et celle des temps apostoliques (1). On va continuer le travail des municipalités.
J"ai l'honneur d'être, avec respect, Messieurs,
Votre très humble et obéissant serviteur,
Thibaudeau.
Thibaudeau à la Municipalité de Poitiers (Bibl. iMunic, Mss. n» 360 — la formule finale, la sii^Qature et le |)Ost-scriplum de la main de Thibaudeau).
Paris, le 7 novembre 1789.
Messieurs ,
J'ai à vous rendre compte d'objets importants relatifs à la dépulation et à la commission particulière que vous m'avez
(i) Voir les discours de Le Chapelier el de .Mirabeau (Arch. Pari., IX, 03G-(')/|5). — La lettre de Thibaudeau donne des détails neufs sur les intentions de la majorité au sujet de la dotation du clerg'é.
DU CONSTITUxVNT THIBAX^DEAU 25
donnée concernant les bleds; je commence parce qui concerne la division de la province en plusieurs assemblées provinciales et les arrondissements de chacune d'elles.
J'ai l'honneur de vous envoler le discours que M. Thouret a prononcé à l'Assemblée pour soutenir le projet du Comité : l'impression en a été ordonnée et on nous en a fait distribuer plusieurs exemplaires pour les envoler dans les provinces (1).
L'Assemblée Nationale a renvoie aux députés de chaque province les détails de la formation en arrondissements des assemblées provinciales qui doivent y être établies (2) ; je n'ai pas yû ce renvoi sans inquiétude, parce que, dans ce moment, la députation du Haut-Poitou n'était pas en force, quant au nombre, avec celle du Bas-Poitou (3). La maladie nous prive de quatre députés du Haut-Poitou, et le Bas- Poitou a acquis une nouvelle force par l'admission de M. de l'Apparent supléant au lieu de M. d'Abbaye, qu'une ma'adie grave a obligé de donner sa démission. Le jour et l'heure de l'assemblée de notre députation ont été fixés par l'Assemblée Nationale à aujourd'hui vendredi, dans la bibliothèque des avocats, salle de l'Archevêché; les députés s'y sont en conséquence rendus pour la majeure partie. 11 a d'abord été question des arrondissements avec les provinces voisines; celle de Touraine nous a disputé le Loudunais et Richelieu. J'ai été obligé de lutter contre le duc de
(i) Voir ce rapport de Thouret très remarquable dans les (Arch.Parl., IX, 654-656; 3 nov. 1789). Le Moniteur n'en donne que le sommaire (tome 1er, p 335j.
(2) Séance du 5 nov. 1789 (Arch. Pari., VIIl, 688 et sq).
(3) Parmi les députés du Haut-Poilou absents Hj^-urait Laurence. L'inconvénient de celte absence signalé par Thibaudeau détermina sans doute le corps de ville à sommer Laurence de se rendre à Paris (délibér. du corps de ville, 10 et 20 nov. 1789. Ileff.,195). Nous ijjnorons quels étaient les trois autres absents.
Luines, député de Touraine, qui paraissait disposé à n'abandonner de ce côté que la partie de l'Anjou comprenant Mirebeau et Moncontour^ mais il tenait absolument à la ville de Loudun et à son territoire.
J'ai observé à M. le Duc que le Loudunais était un enclave dans la province de Poitou, qui devait nécessairement rentrer dans l'administration de cette province; que ce territoire était mis par tous les géographes dans la province de Poitou, qu'il était de l'apanage, du gouvernement et du diocèse de Poitiers, que sans ce bailliage on ne trouverait pas les 1057 lieues quarrées dont on composait le Poitou, comme M. Necker l'avait adopté dans son traité de l'administration des finances. J'ai produit au soutien plusieurs cartes du Poitou où le Loudunais est placé dans l'enclave de cette province (1).
M. le Duc m'a répondu que le Loudunais était, dans l'état actuel des choses, de la province de Touraine; que si on faisait distraction de cette partie, la Touraine se trouvait réduite à peu de chose, qu'en un mot l'Assemblée voulait qu'on respectât les limites des provinces.
D'un autre côté l'Angoumois et la Saintongeont réclamé la partie de l'élection de Confollens (2), qui comprend Rochechouart et Mortemart, et plusieurs petits enclaves détachés, au milieu de la Saintonge. Je leur ai répondu que si on voulait se prêter de bonne volonté à l'arrondissement des provinces, nous ne demandions pas mieux ; que si on voulait nous laisser l'enclave du Loudunais, nous
(i) La question du Loudunais avait déjà préoccupé les savants poitevins au xviiie siècle. Voir collection Fonteueau, tome LIV, f* 21O; et Thibaudeau. Histoire du Poitou.
(2) L'élection de ConFolcns formée en 171/1 dépendait de la généralité de Poitiers. Cf. P. Boissonnade, Essai sur les di ris ions lerriloritiles de l'Angouniois, in-8, 1890. — Les Dictionnaires de Saugrain et d'Expilly.
pourions abandonner l'enclave deRochechouarl, mais que, les députés de Touraine refusant de nous faire cet abandon, et se tenant strictement aux limites des provinces, nous étions fondés à ne pas abandonner nos anciennes possessions.
L'inconvénient qu'il y avait dans ces négociations, c'est que le terrein que nous pouvions abandonner ne convient pas à la Touraine à qui nous demandons le Loudunais ; ainsi après des débats fort longs, nous avons fini par ne vouloir nous rien céder les uns aux autres, de province à province, et nous retirer chacun dans notre députation pour aviser à nos affaires particulières. Les députés du Loudunais nous avaient bien dit qu'ils désiraient être des nôtres; cependant quand je suis allé les chercher pour déclarer leurs intentions, ils m'ont répondu d'une manière vague qui annonce qu'ils ont quelque dessein qu'ils ne veulent pas dans le moment mettre au jour.
Nous sommes donc rentrés dans le cercle de notre députation ; il ne s'y est trouvé alors de la ville de Poitiers que M. d'Yversais (d) et moi .
On a commencé par nous demander l'exécution du plan du Comité de constitution (2).
Nous avons répondu en précis que ce plan était soumis aux localités et convenances des provinces, qu'il ne falhiit pas aller d'une extrémité à l'autre, qu'en multipliant les
(i) Jouslard d'Iversay (comte de), député de la noblesse du Poitou {Afjiches du Poitou^ <) avril 1789).
(2) C'est-à-dire le morcellement de la province qu'il s'ayissait dès le début de novembre de diviser en 3 départements (l'rotestalion de la ijarde nalionalede Poitiers, 3 nov. 1789. Reç. des délib munie, n° H)5). On voit que Thibaudeau obtint seulement qu'elle ne t'ùl divisée qu'en deux départements.
assemblées provinciales, c'était ne laisser à chacune que de petits moïens insuffisants pour faire des entreprises d'utilité publique, telles que canaux de navigation^ chemins, établissements de manufactures et autres ; que d'ailleurs c'était élever autant d'obstacles pour ces opérations qui souvent exigeaient des continuités et des prolongations d'un territoire sur l'autre. Celui qui croirait y avoir le moins d'avantages refuserait d'y contribuer, et ce serait un ouvrage manqué ; que c'était multiplier les frais d'administration dans une province ; que d'ailleurs elle ne comportait pas le partage en trois départements ; qu'on n'y trouverait même pas une étendue de surface requise par le com.ité pour former trois départements; j'ai fait valoir l'intérêt de notre ville, de rester toujours point central de l'administration; mais c'est une faible considération aux yeux même de l'Assemblée qui ne cherche qu'à diminuer la réunion des individus sur le même point, et la ville de Paris plus que toute autre va se ressentir de ce sistême, quand son parlement sera réduit à risle de France, et qu'elle n'aura plus ni gros financiers^ ni gros bénéficiers.
Enfin, Messieurs, il serait trop long de vous rendre compte de tous les débats et de toutes les raisons pour et contre qui ont été opposées ; tout ce que j'ai pu obtenir, est que la province du Poitou fût divisée en deux administrations provinciales sous le nom de haut Poitou et de bas Poitou ; cette division a été arrêtée à la pluralité des voix. J'ai l'honneur de vous envoier copie de la ligne de démarcation qui a été tracée sur une carte du Poitou que j'ai par devers moi; c'est celle de Pauleau de 1784. Aïez la bonté de vous la faire représenter, et d'y reporter cette ligne de démarcation ; vous verrez d'un coup d'œil quelle est cette
DU CONSTITUANT THiBAUDEAU 29
division ; nous avons longtems disputé à qui resterait la ville de Niort, à cause de sa proximité de Fontenay ; elle sera cependant de notre département.
Après avoir examiné avec un peu de détail, en mon particulier, celte division, je crois que le Poitou se trouve assez exactement partagé par moitié, même relativement aux contributions, et impositions foncières, en voici le détail :
L'éleclion de Poilierspaie de taille et accessoires.. . . 922.357'
Saint-Maixent 332.567
Chàtellerault 143.050
Confolens 357. 775
Celle de Thouars paie 000.489". On peut considérer qu'il reste au département de Poitiers, moitié de cette élection, en considération de la ville de Thouars; cette moitié est de. . . 300.244 10'
L'élection de Niort paie 526.419", il en reste les trois quarts et plus dans le Haut Poitou, qui peuvent donner 400.000
Total des impositions du département du "
Haut Poitou 2.455 993' 10'
Voici ce qui forme le département du bas Poitou. Election de Fontenay comme celle de
Poitiers 922.357
Chàtillon 408.503
Les Sables 510.222
Le restant de celle de Niort 12G.419
La moitié de celle de Thouars 300.444
Total des contributions du département du """
BasPoitou 2.333.945
Ainsi les contributions du département du Haut Poitou sont plus fortes que celles du Bas Poitou de. . 122.348 1., ce qui donne lieu de croire que le département du Haut Poitou se trouve plus étendu que celui du Bas Poitou.
On peut observer que le département du Haut Poitou doit être diminué par l'abandon qu'il faudra faire lot ou
tard de l'enclave de Rochechouart; mais cela ne peut se faire que par un travail générai d'arrondissement des provinces; en ce cas, la même convenance qui peut lui faire perdre le territoire de Rochechouart doit lui faire gagner celui du Londunais.
11 y a aussi des réunions à faire au Poitou dans d'autres parties, celle de Plumarlin et Angles (1), qui sont sénéchaussée et coutume de Poitou, et généralité de Berry.
Celle de Marsillac, Aigre (2) et les environs, qui sont également sénéchaussée de Poitou et généralité de Saintonge et Aunis. J'ai reçu un mémoire des habitants d'Aigre qui demandent un siège roial relevant de la cour supérieure qui sera établie à Poitiers ; j'en ai parlé au Duc de La Rochefoucault chez lequel je dînais hier; il ne me paraît pas éloigné de rapporter ces terres au département de Poitiers ; mais ce sont là des opérations qui ne peuvent se faire dans ce moment. Il faut commencer par faire la division de la province suivant ses limites actuelles, décider combien il y aura d'assemblées de districts dans chaque département; on travaillera dans la suite aux arrondissements des provinces.
Tel est, Messieurs, le résultat de nos opérations qui ne sont cependant pas encore sanctionnées par l'Assemblée Nationale; j'aurais bien voulu conserver l'administration de la province telle qu'elle est, mais il ne m'a pas été possible. L'Assemblée Nationale veut absolument détruire les grands corps qui peuvent opposer trop de forces au pouvoir législatif ou au pouvoir exécutif; elle a supprimé la distinction
(i) Plumartin et Angles^ chefs-lieux de canton de la Vienne. (2) Aigre, chef-lieu de canton de la Charente, arrondissement de Ruffec; Massillac-Lauville, commune, même arrondissement.
des ordres de la noblesse et du clergé, et le régime féodal; elle va anéantir les parlements; elle ne veut pas que de grandes provinces puissent former des corps trop puissants dans l'Etat, capables de contrarier, par des intérêts particuliers, le bien général de la nation.
Je compte que l'établissement d'une cour supérieure à Poitiers (1) dédommagera cette ville des pertes qu'elle éprouvera par les changements qui vont s'opérer.
J'ai actuellement. Messieurs, à vous faire part de ce qui concerne votre approvisionement de bled.
Je suis allé chez M. de la Millière chargé des affaires des municipalités ; il a accueilli favorablement votre demande et m'a renvoie àM. Fieux, chef de bureau dans cette partie (2), au contrôle général; celui-ci m'a fait quelques difficultés, sur ce que, m'a-t-il dit, l'Assemblée Nationale avait décrété qu'il ne se ferait aucun emprunt sans le consentement de l'Assemblée 'Nationale et qu'une souscription telle que vous le proposiez était un emprunt. Je lui ai répondu que cet article n'avait pour objet que les emprunts à la charge de la nation, et non ceux que des corps et communautés étaient obligés de faire pour des besoins aussi pressants ;enrm ces difficultés ont été aplanies, mais il faut un arrêt du conseil; je ne pourrai l'avoir qu'à la quinzaine parce qu'il faut le tems de rapporter l'affaire, de dresser l'arrêt et de le faire expédier; cela poura coûter
(i) L'Assemblée avait résolu de supprimer les Parleiuenls. La ville de Poiliers demandait une Cour supérieure comme celle qu'elle avait possédée en 1771, après le coup d'Etat Maupeou (Adresse de la garde nationale de Poiliers, 3 nov. 1789; précitée).
(2) Fieux, I*'" commis de l'administration des finances, à l'hôtel du contrôle général, a dans ses attributions les hôpitaux, les dépôts de mendicité, les prisons, les octrois et les finances des villes (Alm. royal, année 1790, p. 235).
2 à 3 louis; j'en ferai l'avance et vous enverrai aussitôt l'arrêt.
Je vous prie, Messieurs, de vouloir bien me dire, par le premier courrier, si les décrets de l'Assemblée Nationale ont été registres en la Sénéchaussée, imprimés et affichés, ou par le fait de qui il peut y avoir eu à cet égard du retardement. Vous devez être assurés de la circonspection que je mettrai dans l'usage des instructions que vous voudrez bien me donner à ce sujet; je serais bien fâché de compromettre en la moindre chose mes concitoïens.
Je suis avec respect, Messieurs,
Votre très humble et obéissant serviteur.
Thibaudeau.
J'aurais bien désiré avoir les instructions que je vous avais demandées avant le travail de la députation, mais je n'ay pas été maître de l'éloigner parce que toutes les provinces ont eu avant le jour et l'heure marqués.