‹ Correspondance inéditeChapitre 4 sur 24 · VIII CORRESPONDANCE · texte numérisé non relu

VIII CORRESPONDANCE

blemenls nrmés des fédérations (d). Tout entier enfin aux idées généreuses de son temps, il votait l'émancipation des gens de couleur, voulantque tousies hommesfussentlibres, et pussent devenir propriétaires; très hostile, en cela, à .MiM . Barnave et Lameth qui, possédant, paraît-il, des biens « dans les îles » ne voulaient pas affranchir pleinement les gens de couleur (2).

Avec cela, grand ennemi de l'anarchie, ou, si l'on veut, très effrayé par elle, Thibaudeau croyait la France menacée par le fait des républicains et des ambitieux d'extrême gauche, par les clubs, et par les écrivains révolutionnaires. Tout prudent qu'il fût, il se prononçait nettement, dans ses lettres à Piorry, contre Robespierre, Rœderer, ou Pétion ; et, quand le club des Jacobins fut abandonné par presque tous les députés, il semble bien que ses sympathies allèrent au club des Feuillants (3).

D'opinions modérées, en politique, d'autant plus modérées que son tempérament craintif lui faisait redouter d'avantage les violences des partis avancés, il fut pourtant d'une hostilité singulière contre une grande partie de l'ancien clergé, notamment contre les évêques et les moines. Mais il n'est pas impossible que sa haine des « réfractaires » lui soit venue justement de la peur que lui faisaient les réfractaires.

Son fils le dit (( philosophe et déiste », et il ajoute, peutêtre pour corriger ce qu'il trouve d'excessif dans ces apellations : « IMatin et soir il faisait sa prière, son bonnet à la « main, selon le temps, dans son jardin ou dans son cabi-

(i) Correspondance, iG juillet 1791.

(2) Jbid., 17 mai 1791.

(3) Ibitl., igjuillcl 1791.

DU CONSTITUANT TIIIBAUDEAU ix

«net(l). » Je croirais volontiers que le déisme de Thibaudeau était plus apparent que réel, surtout de surface, et puisé dans les livres où les hommes cultivés croyaient devoir prendre le ton du jour. Je m'y sens d'autant plus porté qu'en septembre 1791 Thibaudeau est encore assez imprégné de sa première éducation de catholique pour écrire sérieusement à Piorry, qui vient d'être élu à la Législative : « Il faut laisser agir le Saint-Esprit qui planera sans doute sur votre assemblée (2). »

Rien, ici, qui soit par trop en contradiction avec l'hostilité de Thibaudeau à l'égard du clergé réfractaire ; car Thibaudeau se montre fort attaché au clergé constitutionnel, et prétend demeurer avec lui bon catholique. Aussitôt qu'est posée la question de la confiscation des biens d'Église, il se rallie à l'idée d'assurer des ressources suffisantes aux évôchés, cathédrales et cures, en leur constituant une dotation en biens fonds; de? pensions en argent pourraient offrir, disait-il, le grave inconvénient de n'Otre pas payées avec exactitude (3). On sait ce qui fut décidé par l'Assemblée Constituante, et comment le conflit religieux, qui survint, souleva bientôt, parmi les législateurs, les plus vives passions; et Thibaudeau nous en offre un curieux spécimen, tout circonspect qu'il puisse être. Dès le mois dejuin 1790 il affirme que beaucoup des anciens évêques « ne croient à rien », si cen'est à leur « intérêt personne nel » ; les affaires d'Avignon l'excitent d'ailleurs contre le Pape, et sur les avis qui, de toutes parts, signalent le danger de laisser ouvertes les églises des couvents, il approuve

(i) Mémoires d'A. C. Thibaudeau, pp. 02 et oS. (2) Correspondance, 2 septembre i7<ji.

(o) Ibid,, 3 nov. 1789.

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