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X CORRESPONDANCE

le département de Paris^ pour avoir ordonné de les fermer toutes. Les seules églises des religieuses voyaient encore, à Paris, célébrer la messe, mais sous la condition expresse qu'elle fût célébrée, portes closes (1).

A Poitiers, les prêtres insermentés continuèrent assez longtemps d'officier publiquement dans les chapelles, et, par suite, de disputer la direction des fidèles aux prêtres assermentés, qui officiaient dans les églises des paroisses. Thibaudeau s'en entretient avec Piorry, et déclare que le seul moyen d'éviter les troubles, et d'assurer, l'ordre public serait de supprimer tout culte en dehors des paroisses. Les curés des paroisses, dit-il, ne changeant en rien la manière de prier Dieu, et faisant les mêmes prièresque par le passé, l'attitude des réfractaires est scandaleuse, et ne peut s'expliquer que par <« l'entêtement» et «l'intérêt personnel» (2).

11 ne vient pas à l'esprit de Thibaudeau que, pour des raisons d'ordre moral ou théologique, les dissidents puissent considérer les églises paroissiales comme souillées par la présence des prêtres constitutionnelSj et qu'ils puissent se croire obligés, en conscience, d'officier dans des chapelles ou des oratoires, bientôt même en secret jusqu'au fond des campagnes. Dans l'affaire des capucins de Poitiers, expulsés de chez eux par un mouvement populaire, Thibaudeau se prononce contre le Sieur La Ronde leur protecteur, et son propre suppléant aux fonctions de procureur syndic du district (3).

Veut-o:i connaître enfin, en quelques mots, l'opinion entière de Thibaudeau sur les réfractaires ? « On ne peut,

(i) Correspondance, juin 1791; du 3 an 17 mai 1791.

{■a) y/và/., 1 g juillet 1791.

(3) Ihid., du 20 au 27 août 1791. *

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dit-il, espérer paix ni trêve avec ces gens-là, pas plus qu'avec les nobles. Il faut donc les surveiller tous, de manière à ce qu'ils ne puissent nous faire du mal , et ensuite à ce qu'on ne leur en fasse pas non plus, car il ne faut pas suivre les mauvais exemples (1). » Et ailleurs il va plus loin encore, excité par la nouvelle des agitations du clergé d'Alsace; (( L'esprit est partout le même, parce que les moines soumis à un seul homme pensent et agissent en masse, et sont partout les mêmes... » u Les corps administratifs doivent faire tout ce que l'opinion publique et le salut du peuple demandent (2).... » N'est-il pas évident que notre député modéré est, en matière religieuse, bien près de se convertir au terrorisme ?

(i) Correspondance, août 1791 (2) IbitL, du 17 au 28 juillet.

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LA DIVISION DE LA FRANCE EN DEPARTEMENTS ET EN DISTRICTS, ET l'attribution DE LA JUSTICE d'aPPEL AUX TRIBUNAUX DE DISTRICTS

Des tendances générales de Thibaudeau passons maintenant à ses opinions particulières sur certaines institutions telles que les départements ou les tribunaux d'appel, et voyons ce qu'il en disait dans les comités ou conférences de l'Assemblée, et dans les bureaux des ministres. Au premier abord, on saisit chez lui ce contraste et cette contradiction : Il se croit nommé député pour participer à des réformes d'ensemble, et }\ demeure essentiellement particulariste.

La grosse affaire de la suppression des provinces montre en lui le champion convaincu, mais impuissant, de l'ancienne délimitation administrative, et l'adversaire du morcellement en départements. Dès le mois de novembre 1789 la municipalité de Poitiers, rédigeant une adresse à l'Assemblée pour demander le maintien de la province du Poitou, envoyait un mémoire à Thibaudeau et lui indiquait comment il pourrait, d'après elle, faire prévaloir ces prétentions. Mais si Poitiers, de même que la plupart des « capitales ;> des provinces, appréhendait la division en départements, comme pouvant l'arnoindir dans sa richesse et dans son prestige, d'autres villes, fort nombreuses, désiraient au contraire cette division, en vue d'être elles-mêmes les chefs-lieux dos circonscriptions nouvelles. Et tout na-

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turellemenl une rivalité surgit entre les villes intéressées.

Il y a plus, avant de se sectionner en dépEirtements, nombre de provinces firent de grands efforts pour accroître leur territoire au détriment de leurs voisines. Elles étaient conduites par la préoccupation de s'assurer, dans l'avenir, des territoires départementaux plus importants. C'est merveille de voir, dans la correspondance de Thibaudeau, comme le Poitou se trouve aux prises avec la Touraine, l'Angoumois, la Saintonge, le Limousin ou le Berry. A la Touraine, Thibaudeau dispute le Loudunais, et, avec tel entrain, qu'il ose tenir tête à un Duc de Luynes (1). Il soutient que Loudun et son territoire forment, dans le Poitou, une enclave qui doit nécessairement faire retour à son administration; que tous les géographes ont placé Loudun en Poitou ; que Loudun est « de l'apanage, du gouvernement et du diocèse de Poitiers »; et que « sans ce bailliage on ne trouverait pas les mille cinquante-sept lieues carrées dont se compose le Poitou», au dire de M.Necker lui-môme, en son traité de l'administration des finances.

Contre l'Angoumois et la Saintonge, Thibaudeau défend les droits du Poitou sur la partie de l'élection de Confolens qui comprend Rochechouart, Mortemart etplusieurs petites enclaves détachées. Puis il bataille pour garder Marsillac ou Aigre, qui sont de la généralité de la Rochelle en même temps que de la sénéchaussée du Poitou ; il bataille pour conquérir Angles et Plumartin sur la généralité du Berry (2). Bref, avant que le Poitou disparaisse, il veut le grossir le plus possible, pour lui permettre de procréer, en se démem-

(i) Rcg-. municipaux, 19."), 3 nov. 1781J. (^2) Correspondauce, 7 nov. i7b(j.

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