XVIII CORRESPONDANCE
de tout corps qui pût rappeler, même de loin, les parlelements ; mais la masse des députés, venus du fond des provinces, et notamment des pays d'élection où Tinfluence des parlementaires avait été moins gronde qu'ailleurs, ne put-elle pas partager les causes d'appel entre les tribunaux de district, sans obéir à ce mobile ?
Poitiers avait eu un Conseil supérieur en 1771, et en avait fort regretté la suppression (1). En 1789, sa municipalité fit présenter à l'Assemblée Nationale un mémoire oii elle demandait une cour d'appel dont le ressort s'étendît sur tout le Poitou, et sur une partie du Berry. A défaut des régions qui formèrent plus tard le département de la Vendée, elle aurait volontiers accepté celles dont on fit le département de la Haute-Vienne (2). Elle faisait valoir la présence à Poitiers d'une Université, la facilité des communications entre Poitiers et les provinces voisines, la pauvreté d'une ville où l'on ne voyait encore ni commerce ni industrie. Or, tout nalurellement, en prévision delà suppression des parlements, dont la plupart avaient des ressorts bien trop considérables, une foule de villes furent animées des mêmes convoitises que Poitiers. En Poitou môme, Fontenay rêva d'une (' Cour suprême » ; et^ aux abords du Poitou, Guéret n'en rêva pas moins... On voit dans les lettres de Thibaudeau tout un plan tendant à provoquer une manifestation en faveur de l'établissement d'une cour à Poitiers; et il va de soi que les négociations qu'il comportait devaient être soigneusement cachées à la ville de Fontenay (3). Manœuvre assez naïve, en somme, car chacun était en éveil, et d'ac-
(i) Archives de Poitiers, Reg-. du Corps de ville, 2.1 février 1771; i4 juillet 1772.
(2) Reg. inun., igf), 9 juillet 1789.
(3) Correspondance, 10 nov. 1789.
DU CONSTITUANT THIBAUDEAU xix
tives correspondances tenaient les députés et les municipalités au courant de tout ce qui touchait à leurs intérêts. Thibaudeau emploie dans une de ses lettres une expression qu'il convient de relever ici : il avoue redouter « la concurrence » des villes moins importantes que Poitiers (1).
Et de fait, en dépit de certaines démonstrations, qu'il sut déterminer, en dépit des mémoires qu'il rédigea et fit imprimer au nom de ses compatriotes, il devait voir ses espérances confondues. Vers le mois de mai 1790, il écrivit à Piorry, avec un réel découragement : « Toutes les impressions qu'on donne sourdement contre notre ville sont telles qu'elles nous font presque désirer d'avoir une cour suprême par département, parce qu'au moins nous serions sûrs d'en avoir une. )> Et enfm, le 24 juillet 1790, il écrivit aux officiers municipaux : «Tout est perdu pour notre ville, et pour toutes les capitales du royaume. Il vient d'être rendu un décret qui détruit absolument toutes les cours supérieures, tant actuelles que projetées. Voici ce qui s'est passé. En continuant la discussion de l'ordre judiciaire, mardi dernier, on a examiné la question de savoir combien il y aurait de juges dans chaque tribunal de district. Deux avocats, l'un du Dauphiné^ et l'autre de Chartres, prétendirent qu'avant de décréter le nombre des juges de chaque tribunal il fallait savoir quelles seraient leur compétence et leurs fonctions, et ils firent une motion en ces termes : Les juges de district seront juges d'appel, les uns à l'égard des autres, selon les rapports qui seront déterminés dans les articles suivants... » Thibaudeau fit d'activés démarches pour empêcher la motion d'aboutir ; mais
(i) Correspondance, lo nov. 1789. Cf. Rey. muu., njj, 4 tlt-t;. 1789. {2) Ihid., après le 10 mai 1791.