partie critique seule m'en paraît solide. La joarlie
rganique me semble soulever cent objections.
on
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Elle abonde certainement en observations très ingénieuses, mais telles que le progrès des événements en suggère en ce moment à tous les esprits au niveau du siècle, en Europe ; mais c'est une grande erreur et très commune aussi dans laquelle cette secte semble en grand danger de tomber, de supposer que quelques observations frappantes et originales suffisent à fonder une science positive. M. Comte est un auteur extrêmement clair et méthodique, de style très agréablcy et il enchaîne si bien ses idées que parfois la cohésion parfaite et la consistance logique de son système donnent l'illusion de la vérité. Cette faculté de systématiser, de poursuivre un principe jusqu'à ses dernières conséquences, et celle d'exposer d'une façon claire et suivie, qui l'accompagne généralement, me paraissent être les qualités caractéristiques de tous les bons écrivains français : elles se rattachent étroitement à leur défaut caractéristique qui me semble être celui-ci: ils sont tellement satisfaits de la clarté avec laquelle leurs conclusions découlent de leurs prémisses, qu'ils ne s'arrêtent pas à comparer les conclusions mêmes avec les faits: et cependant c'est seulement lorsqu'elles ont subi l'épreuve de cette comparaison, que nous pouvons être certains que
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ces prémisses contenaient tout ce qui est essentiel à la question. Ils déduisent la politique, comme les mathématiques, d'une série d'axiomes et de définitions, oubliant qu'en mathématiques le danger de vues partielles n'existe pas: là une proposition est vraie ou ne l'est pas ; et si elle est vraie, nous pouvons en toute sûreté l'appliquer à tous les cas qu'elle comprend dans ses termes. Mais il est loin d'en être ainsi de la politique et des sciences sociales ; ici l'erreur provient rarement de ce que nous posons des prémisses fausses, mais généralement de ce que nous négligeons d'autres vérités qui limitent et modifient la portée des premières. Aussi il me semble qu'on peut imputer à beaucoup de philosophes français le défaut que Cousin reproche à Condillac, de n'insister que sur un seul côté de la question, alors qu'il y en a plusieurs, ou de n'apercevoir un objet que par une de ses faces, d'un unique point de vue, alors qu'il en est plusieurs autres également essentiels à la juste appréciation de cet objet. Si je voulais relever tous les cas où ce <léfaut existe dans l'œuvre de Comte, je pourrais le faire à chaque page, car il envahit tout le livre et c'est, je crois, ce défaut qui permet à CiOmtc de donner ù ses idées cette forme liée et
systématique, par laquelle elles prennent Tapparence dJiine sorte de science positive.
Et d'abord je prends le principe fondamental de tout le système: que le gouvernement et Tunion sociale existent pour concentrer et diriger toutes les forces de la société vers une seule fin.
L'auteur ne peut vouloir dire que le gouvernement ne doit pas exister pour plus qu'un objet unique, ni que cet objet unique doit être de diriger les forces unies de la société vers une seule fin. Quel fondement pour un système de science politique! Le gouvernement existe en vue de réaliser tout ce qui concerne le bien de Vhumanité, et le plus élevé et le plus important des objets qu'il poursuit c'est le progrès de l'homme lui-même comme être moral et intelligent, ce qui n'est pas compris dans les catégories de M. Comte. Les forces unies de la société n'ont jamais été et ne pourront jamais être dirigées vers un seul but, et je ne vois pas de raison de désirer qu'elles le soient. Les hommes ne viennent pas au monde pour accomplir une fin unique, et il n'existe pas de fin unique qui, réalisée même de la façon la plus complète, puisse les rendre heureux. Quand M. Comte recherche quel est ce but unique, il trouve soit la domination
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de rhomme surThomme, qui est la conquête, ou la domination de Thomme sur la nature, qui est la production : la première a été le but de la société dans l'antiquité et les temps féodaux (ce qui n'est nullement vrai !) Mais ce passé n'existe plus, et par suite c'est la production qui doit être le but de la société actuelle... Et pourquoi, je vous prie ? La conquête et la production sont-elles les seuls objets qu'on puisse concevoir comme devant être poursuivis par les efforts combinés des êtres humains? Voici une des mille raisons qui prouvent que la philosophie de Saint-Simon ne pouvait prendre naissance qu'en France.
Si. M. Comte était né en Angleterre, où depuis un siècle cette idole « la production » a été placée sur l'autel et adorée avec dévotion, s'il avait vu combien l'importance disproportionnée qu'on lui attribue est la vraie racine de nos pires vices nationaux , corrompt les actes de nos hommes d'état , les doctrines de nos philosophes, et endurcit l'àme de notre peuple au point qu'il faut renoncer à lui insuffler aucune ardeur d'intelligence ou de cœur, — il aurait compris qu'une philosophie qui fait de la production l'unique but de l'union sociale, rendrait irrémédiables les grands maux sociaux qui menacent partiellement l'état actuel de la ci-
vilisation. Par là on arrive aussi à la grande conclusion pratique de l'école Saint-Simonienne, que la direction du gouvernement doit être mise aux mains des principaux indinitrieU y le pouvoir temporel àiViVAom^^ le pouvoir spi7ntuel de\'dni revenir aux savants et artistes. Je ne sais pas comment cela serait en France; maisjesaisqw'en Angleterre ce sont là les classes de personnes qui se distingueraient par Tesprit le plus borné et bigot, par les vues les plus étroites et les plus basses, touchant tout ce qui dépasserait leurs affaires ou leurs familles. J'ai encore mille choses à dire à ce sujet, mais je dois passer à une autre question.
Il n'y a, suivant M. Comte, qu'une seule loi du développement de la civilisation humaine. Vous, qui avez élé en Angleterre, vous pouvez dire si ceci est vrai. N'est-il pas manifeste que ces deux nations, l'Angleterre et la France, sont des exemples du progrès de la civilisation réalisé par deux voies différentes, sans que Tune d'elles ait jamais passé ou doive sans doute jamais passer par Tétat que l'autre a traversé? Seuls les animaux inférieurs n'ont qu'une loi, celle do leur instinct. L'ordre du développement des facultés de rhomme est aussi variable que les conditions où il est placé. Il est triste de constater chez un
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homme comme M. Comte, combien toutes ses vues sur rhistoire ont été faussées et déformées par la nécessité de prouver que la civilisation n'obéit qu'à une loi, la loi du développement progressif; combien il en a été aveuglé sur les mérites des Grecs et des Romains et les défauts du moyen âge : parce qu'il y a eu progrès sur certains points, à telles époques, il croit qu'il y a eu progrès sur tous les autres. Pourquoi ne pas admetlre que, SI l'humanité a progressé sur certains points, elle a rétrogradé sur d'autresl
Il n'y a positivement pas place pour l'Angleterre dans le système de M. Comte ; il a énuméré tous les modes d'état social qui peuvent exister et il n'y en a pas un seul dans cette énumération qui convienne pour l'Angleterre.
Malgré toutes ces obj ections , le livre de M . Comte abonde en observations excellentes et justes ; et si l'on voulait se contenter d'en prendre une partie et de laisser le reste, ces doctrines, en y pratiquant les corrections et modifications nécessaires, auraient grande valeur. Mais si les prosélytes de Saint-Simon persistent à former une secte, ce que des penseurs indépendants devraient éviter par-dessus tout, et s'ils croient devoir, en tant que secte, en accepter tous les dogmes sans
distinction et sans restriction, non seulement ils ne feront aucun bien, mais ils feront, je le crains, un mal immense: de substituer un fragment de la vérité à un autre, ce n'est pas là ce qui est désirable, mais bien de grouper ces fragments de façon à en obtenir la plus grande somme possible de vérité.
Je ne me suis pas réservé assez de place pour vous dire le plaisir que j'ai eu à lire votre brochure qui m'a presque complètement converti, et les quelques pages de votre livre sur l'Angleterre que votre frère m'a montrées. Toutefois je vous récrirai par l'entremise de votre ami, j'espère pouvoir dire maintenant notre ami, M. Victor Lanjuinais^ que je souhaite connaître davantage à son retour d'Ecosse ; ce que j'ai vu de lui me plaît extrêmement.
En attendant croyez-moi
votre sincèrement dévoué,
J. S. MlLL.
1. Fils (lu célèbre constituant, et qui lui-niAuie a été député et miuistrc. — E. d'E.
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