XXV« LETTRE
Ce 20 août 1866.
Mon cher d'Eicuthal,
Votre lettre n'est parvenue à Londres qu'après mon départ. Depuis bientôt huit jours je suis ici et bien content, je vous jure, de pouvoir revenir à des occupations tranquilles. La vie parlementaire fatigue et dissipe l'esprit toujours, pour l'exercer quelquefois.
C'eût été un vrai plaisir pour moi que de causer avec vous et de comparer nos impressions.
Je suis très indifférent aux pensées de ceux pour qui les événements du moment ne sont que des événements d'un moment, quand même ce moment s'appellerait un siècle. Mais ceux chez qui tout ce qui arrive se lie à une conception générale du développement humain — et c'est notre cas à tous deux — ceux-là ont toujours quelque chose à dire l'un à l'autre. Espérons que Toccasion nous en viendra.
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208 LETTUES DE S. MILL
Bien des amitiés à votre frère et à Duveyrier, dont la santé altérée me fait de la peine.
Votre bien dévoué
J. S. MlLL.
XXVle LETTRE
Saiul-Véran, 20 septembre 1866.
... Je suis à Saint-Véran et je compte y rester jusqu'à la fin de Tannée. Vous serez le bienvenu, si vous voulez bien y venir. Il serait bon de m'avertir quelques jours d'avance, afin que je ne sois pas exposé à choisir, sans le savoir, le moment de votre arrivée pour une de ces excursions que j'ai rhabitude de faire.
... Vous êtes maintenant un des plus anciens amis qui me restent. Nous avons non seulement beaucoup d'idées, mais encore beaucoup de souvenirs en commun, à partir de celui de notre jeune ami Eyton Tooke, que nous perdîmes d'une manière si tragique, il y a 36 ans. J'ai toujours
mieux aimé les vieux amis que les nouveaux, et vous ne faites pas exception à la règle...
Votre affectionne
J. S. MiLL.
XXVHo LETTRE Saint- Véran, Avignon, 17 janvier 1867.
Mon cher d'Eichthal,
La question du nombre d'enfants dans les familles me paraît plus importante au point de vue de la moralité qu'au point de vue économique, car, dans les circonstances actuelles de l'humanité, d'un côté le grand accroissement de la richesse, et de l'autre coté l'habitude croissante de l'émigration ont fort atténué l'importance de la question de la population économiquement parlant.
Je compte être à Paris pendant quelques heures le 26 janvier, et j'irai bien certainement vous trouver chez vous dans le courant de la journée, probablement vers midi ou une heure : je vous prie de la part de ma fille, de remercier
210 LtTTUES DE S. MILL
M"*^ et M"' d'Eichthal de leur aimable offre, dont elle serait très heureuse de profiter si notre séjour à Paris devait être un peu plus prolongé ; mais ce séjour n étant habituellement que d'une seule journée entre deux voyages, ma fille l'emploie le plus souvent au repos.
Croyez moi, mon cher d'Eichthal, toujours votre bien dévoué
J. S. MlLL.
XXVlir LETTRE Blackheath Park. Kent, le 8 mars 1867.
Mon cher d'EicuTUAL,
Je viens de donner une lettre de recommandation auprès de vous à M. John Plummer, qui se rend à Paris comme représentant de plusieurs associations ouvrières, dans l'espoir d'obtenir pour elles certaines facilités, dont je ne sais pas précisément la nature, par rapport à l'Exposition.
M. Plummer est un homme remarquable. 11 a été longtemps simple ouvrier dans une petite
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ville de province. 11 a commencé à écrire sous la stimulation d'une vive indignation contre certains procédés des Trades- Unions. De là, il a toujours été en progrès ; il est maintenant écrivain et journaliste, et ses écrits sur toutes les questions qui intéressent particulièrement la classe ouvrière sont remarquables par leur bon sens, par leur philanthropie éclairée, et même parla pureté de leur style. Malgré les désavantages, non seulement de sa position, mais de sa personne, car il est boiteux et un peu sourd, il a une influence considérable parmi les classes ouvrières, surtout en matière sociale et économique ; car quoique radical, il s'occupe moins de politique que des questions d'éducation et de progrès moral et intellectuel. Je suis sûr que vous ne le connaîtrez pas sans éprouver pour lui un vif intérêt ; et si vous pouviez l'aider à obtenir ce qu'il désire, j'en serais vraiment reconnaissant.
J'ai vu, hier, monsieur votre fils, pendant un quart d'heure à la Chambre. Je compte causer avec lui plus au long à son retour de Liverpool.
Votre affectionné
J. S. MlLL.
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XXIXe LETTRE
Blackhcath Park, Kent. 4 juillet 1867.
Vous savez ce qu'est la vie parlementaire, lu'on la prend au sérieux, et vous concevez Li'à quel point elle prête à la corresponle... J'applaudis à votre Association pour ouragenient des études grecques en France, uisque vous croyez que l'adhésion d un iger peut servir à quelque chose, je vous
de proposer mon nom, et je vous ferai enir par la première occasion la cotisation lelle. Il n'y a guère lieu, quant à présent, à que chose de semblable en Angleterre, où tudes grecques sont sulEsamment encoura- . Il est vrai que les méthodes d'enseignet ont besoin d'une réforme radicale, mais avants et les professeurs les plus éclairés y aillent déjà, et je crois que nous sommes à îgard en voie de progrès, — un peu lent, à érité, comme d'ordinaire dans ce pays-ci.
Maintenant laissez-moi vous témoigner le plaisir véritable que m'a donné la noble protestation que vous avez publiée contre la recrudescence de l'esprit guerrier et des haines nationales dont la France naguère semblait menacée'. Vous avez été presque le premier à vous prononcer en ce moment critique, et ce fut pour moi une grande joie que de voir avec quelle énergie la voix d'une grande partie de la nation à répondu à cet appel. On ne pourra plus désormais accuser la nation française de velléités guerrières et perturbatrices. Quoique dans beaucoup d'esprits l'honneur national reste encore trop attaché à la réputation d'être puissant pour nuire aux autres peuples, il y a évidemment très peu de Français qui désirent se servir de cette puissance.
Tout à vous
J. S. MiLL.
1. A propos de l'affaire du Luxembourg dans une lettre au journal le Temps. — E. d'E.
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XXXo LETTRE
Avignon, 9 octobre 1867.
... Je vous félicite de Finitiative que vous avez prise dans ces deux mouvements, celui des Etudes grecques et celui de la paix. J'espère beaucoup plus de la Société Passy que de celle qui s'est tant remuée à Genève. Quand on se réunit pour prêcher la paix, il faudrait savoir se taire pour le moment sur la diversité de ses opinions politiques.
Vous avez bien jugé le résultat de la campagne réformiste de cette année en Angleterre.
Nous avons fait un grand pas en avant, quand personne ne s'attendait à un aussi grand. Mais lorsque la tendance générale des choses est dans un certain sens, les intérêts même égoïstes trouvent quelquefois leur compte à hâter le mouvement. Vous dites très bien que « quand les gens ont l'égalité et la responsabilité, ils deviennent