‹ Correspondance inédite avec Gustave d'Eichthal (1828-1842)-Chapitre 6 sur 33 · XIV • AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

XIV • AVANT-PROPOS

Après la dissolution de l'École Saint-Simonieniie, Sluart Mill et mon père continuèrent à s'écrire, bien qu'à intervalles plus éloignés : occupés tous deux, quoique dans des voies différentes, de travaux philosophiques, ils échangeaient leurs écrits ou leurs impressions sur les événements du jour. « Ceux chez qui, écrivait Mill à mon père, tout ce qui arrive se lie à une conception générale du développement humain — et c'est notre cas à tous deux — ceux-là ont

quelque chose de mieux, quelque chose de grand qui fût à notre hauteur. Nous n'avons plus les joies du guerrier ; nous n'avons plus de croisades à faire, de nouveau-monde à découvrir; le temps même est passé des expéditions napoléoniennes; nous n'avons plus ni solennités, ni temples, ni tournois, ni chants, ni fêtes. La vie est terne et monotone aujourd'hui et Dieu a mis dans le cœur de beaucoup d'hommes une énergie qui ne peut se ployer à cette contrainte... Nous avons été cependant plus heureux que beaucoup d'autres, car beaucoup sont réduits à chercher dans des joies désordonnées un élément à l'activité brûlante qui les remplit ; nous, nous avons rencontré un homme qui nous appelant à lui, nous a révélé une vie nouvelle... Nos vies ne font plus qu'une même vie ; nos destinées sont communes, nous sentons que nous sommes appelés à faire ensemble une chose glorieuse, sainte, divine!... »

Je signale aussi un mot d'une lettre de mon père à S. Mill, qui explique à la fois beaucoup des tendances et des erreurs de l'École : « Pour aimer, comprendre et pratiquer Saint- Simon, il faut avoir été chrétien,... et ne plus l'être,.. » (Voir plus loin, p. 138.)

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