LETTRES A M, LE CAPITAINE BARBOT
et non sans succès, les sentiments d'envie et de vengeance que des utopies subversives y joignent encore dans nos anarchiques intelligences. Si le positivisme doit surtout systématiser aujourd'hui les justes réclamations des prolétaires, son inflexible morale pèsera tout autant sur les classes inférieures, pour y contenir les passions haineuses et les vicieux déclassements, que sur les classes supérieures, pour réprimer, ou flétrir au besoin, leur dédaigneux et stupide égoïsme. Parce que vous ne voulez pas coopérer réellement à cette difficile réorganisation, faut-il calomnier ainsi ceux qui sincèrement y ont voué toute leur vie, publique et même privée ? Quoique, depuis longtemps, divers indices spontanés m'aient successivement manifesté, à plusieurs égards importants, le défaut radical de justesse propre à votre intelligence, où cette lacune partielle n'exclut d'ailleurs ni la sagacité ni même la force, j'ai néanmoins été aussi surpris que choqué de voir surgir de votre part une accusation tellement absurde que je vous défie de citer à l'appui un seul passage de mes écrits quelconques, depuis environ trente ans que j'imprime.
Votre ancien chef spirituel,
(10, rue MonsUur-U'Prince),
I {$ COnRESPOMDANCE D'A UG USTE COMTE
A Monsieur le Capiiaim BARBOT, à Mé^îères,
Paris, le samedi 27 février 1847.
Monsieur,
Votre lettre de mercredi dernier m'afflige autant par ses lacunes que par son contenu. Cependant je m'empresse d*y répondre, parce que j'y crois reconnaitre une sincère intention d'éviter une rupture, quoique vous n'ayez rempli aucune des conditions propres à me rendre mon ancienne confiance en vous. Je suis surtout choqué de n'y rien trouver au sujet des divers torts personnels qui ont motivé la sévérité Je mes deux dernières lettres et de mon accueil du 10. Si l'orgueil vouS domine au point de ne vouloir reconnaitre l'évidente justesse d'aucun de mes reproches, je crains qu'il ne reste entre nous peu de germes d'un véritable rapprochement, même philosophique.
Pour vous donner une nouvelle preuve d'indulgence réelle, j'éviterai la juste aigreur qu'inspirerait peut-êrre à tout autre votre choquante insinuation sur Tindigne motif secret que vous supposez âmes récentes confidences personnelles. Quelque blâmable que soit de votre part une erreur aussi gratuite, je me borne à vous la signaler comme un indice spontané dece défaut radical de justesse que m'a souvent offert votre esprit.