SIR ROBERT PEEL
A Sir Robert PEEL, à Londres.
Paris, le vendredi i*' septembre 1848.
Quoique l'Angleterre ait la première accueilli noblement la nouvelle philosophie d'où émane la communication ci-jointe, vos hautes occupations pratiques vous ont peut-être empêché jusqu'ici d'accorder une attention spéciale à cette reconstruction théorique par laquelle notre siècle se distinguera surtout du précédent. En ramenant l'évolution sociale à des lois naturelles, propres à faire prévoir sans incertitude la marche généraledes événements, je serais heureux que l'utilité politique d'une telle science fût entrevue par le seul homme d'État vraiment éminent que possède aujourd'hui l'Occident, par celui qui a le mieux senti l'intime connexité des conditions de l'ordre avec; celles du progrès.
De toutes les situations occidentales, la situation anglaise paraît maintenant la moins rapprochée de la régénération finale vers laquelle tend l'ensemble du mouvement moderne. Cependant les véritables chefs politiques y sont plus susceptibles qu'ailleurs d'apercevoir cette issue nécessaire de la grande crise qui agite toute l'élite de l'humanité.
J'ai donc cru devoir vous adresser mon exposition
i64 CORRESPONDANCE ly AUGUSTE COMTE
systématique complète, quoique sommaire, du caractère normal que Tétude du passé assigne à l'avenir occidental, d'après les principes fondamentaux de la philosoplûe positive. Un opuscule spécial développe ensuite l'application politique de cette théorie sociologique à la présente situation de la France, pour déterminer le régime provisoire le plus propre à faciliter notre dernière transition, en assurant avec énergie Tordre matériel, tandis que l'élaboration philosophique dissipera librement l'anarchie intellectuelle et morale qui interdit aujourd'hui toute construction définitive. Cette conception pratique semble d'abord peu convenir à votre pays ; mais votre sage expérience y remarquera peut-être la prépondérance directe et continue du pouvoir central, dont l'Angleterre ;i désormais tant besoin.
Sinis compter sur une pleine sympathie, j'espère que ces lectures vous indiqueront la réalité, et même ropportunité, de la seule philosophie qui, écartant toute considération abstraite et absolue, fasse toujours sortir l'ordre artificiel d'une judicieuse systématisation de l'ordre naturel.
DaigneZj Monsieur, agréer, à cette occasion, la respectueuse estime de
Votre dévoué serviteur, Auguste Comte,
Auteur du Système de philosophie positive.
CINa LETTRES A M. VIEILLARD 1849-1855.
A Monsieur M, VIEILLARD, Représentant du peuple.
Monsieur,
A la faveur de nos anciennes relations, je venais ce matin vous entretenir librement d'un grave intérêt public qui m'est d'un haut prix personnel.
Vous avez vu naître l'enseignement positif que je pratiquai gratuitement, à la troisième mairie, pendant toute la durée du dernier gouvernement, pour initier dignement la raison populaire au véritable esprit philosophique. Je n'ai donc pas besoin d'insister ici sur l'intime aptitude de ces leçons hebdomadaires à seconder activement la conciliation fondamentale entre l'ordre et le progrès, qui constitue le nœud essentiel de la politique actuelle, et qui forma toujours le principal caractère de ma philosophie. Ces dix-sept ans d'épreuve publique dissipent d'ailleurs toute incertitude à cet égard, ne fût-ce que par l'invariable attitude d'un cours qui ne suscita jamais le moindre trouble, même aux temps orageux.
Afin de mieux caractériser l'esprit scientifique dans sa pureté initiale, vous savez que je choisis d'abord l'astronomie pour ce libre enseignement populaire. Mais vous n'ignorez pas que, dès le début, il fut toujours précédé et dominé par un préambule philoso-
i68 CORRESPONDANCE D'AUGUSTE COMTE
phique qui en signalait pleinement la portée mentale et la destination sociale. Ce préambule fondamental, borné ^rnbord à une ou deux séances, acquit ensuite une extension croissante, à mesure que ma philosophie devenait plus complète et mieux appréciable, surtout depuis l'entière publication de mon grand ouvriige. En 1847, cette introduction rempHt douTie longues séances annoncées, dont la substance se retrouve d.nis mon récent Discours sur V ensemble du positivisme.
Le succès de cette dernière extension ni'a déterminéj Tan passé, à remplacer enfin mon cours primitif d'astronomie parun cours philosophique sur Vhisfoire générale de l'humanité. Suivant Y Avis inséré au Moniieur du 22 janvier 1848, « ce nouveau cours « est surtout destiné à donner au peuple une juste (c idée de Tintime liaison du présent avec l'ensemble (î du passé, afin de concevoir sans utopie l'avenir « social, autant qu'une saine théorie historique per- *ç met de le déterminer. » Cette annonce indique assez kl haute efiicacité d'un tel enseignement pour faire dignement prévaloir l'esprit historique et l'instinct de continuité chez une population dont le principal tort consiste à se laisser dominer par des vues et des sentiments antihistoriques.
Entravé, dès son début, par l'aveuglement du pouvoir déchu, ce cours commençait à se poursuivre paisiblement sous l'admirable recueillement d'un nombreux auditoire prolétaire, quand les nouveaux besoins municipaux vinrent m'enlever, sans aucune malveillance locale, la salle où j'avais si longtemps professe. Depuis cette suspension forcée, au milieu de
mars 1848, il m'a été impossible d'obtenir une autre salle publique, malgré mes démarches réitérées ^ et celles de beaucoup d'auditeurs, quoique la chute Je la royauté multipliât évidemment les locaux disponibles.
Ces résistances inattendues tiennent surtout i la répugnance spontanée des littérateurs et des métaphysiciens contre toute sérieuse initiation du peuple ii la saine philosophie, qui compromettrait nécessairement leur omnipotence usurpée. A mesure que notre situ^ition républicaine caractérise mieux et seconde davantage une telle tendance, les rhéteurs et les sophistes y opposent de plus en plus les divers moyens de compression indirecte propres à leur puissance officielle* Contre de tels obstacles, je n'ai d'autre ressource que la ferme intervention d'un chef suprême qui, phicé au-dessus de toutes ces antipathies de coterie, doit toujours protéger, en véritable homme d'État, les eflbrts consciencieux qui peuvent sagement concourir à rectifier l'esprit public. D'après cette conviction, je me suis adressé, il y a deux mois, à M. le général Cavaignac, alors chef du pouvoir exécutif. Il paraissait avoir déjà compris la nécessité d'intervenir ici, sans me renvoyer au ministre de l'instruction publique, ce qui constituerait, au fond, une fin de non-recevoir, en me mettant à la merci des influences mêmes que j'accuse, et qui sont surtout cantonnées dans ce ministère. Mais la retraite de ce chef temporaire m'oblige aujourd'hui à de nouvelles démarches envers le président définitif de notre République.
C'est pour cela que je venais ce matin récLuner
1 70 CORRESPONDANCE D'A UGUSTE COMTE
franchement votre officieuse entremise, dont je connais la portée. Si, comme je l'espère, le cas vous intéresse^ j*en causerai plus amplement avec vous dans Teiu revue spéciale que je vous prie de m'assigner le plus prochainement possible.
Salut et fraternité.
Auguste Comte.
(/o, rue Monsieur-U' Prince).
Samedi soir, i? janvier 1849.
P. -S. — Ma demande d'un local public est d'aut:uu plus grave que ces misérables antipathies littéraires et métaphysiques empêchent non seulement mon propre cours, mais aussi tous les autres enseignemtnts positifs émanés d'une libre association que je m'honore de présider pour la saine instruction populaire, suivant la circulaire ci-jointe.
A Monsieur VIEILLARD, Représentant du peuple. Monsieur,
Je vous écrivis, il y a trois mois, au sujet de la mesure officielle qui empêcha les deux dernières séances de mon cours philosophique sur l'histoire générale de l'Humanité, en m'ôtant brusquement la salle ac-
cordée, pour cet^nseignement, par le même ministre, six mois auparavant, d'après votre intervention spéciale. Votre silence me fait présumer que cette lettre, arrivée pendant votre absence, ne vous est point parvenue. Quoi qu'il en soit, sans revenir sur l'acte accompli, j'espère, comme je vous l'annonçais alors, qu'une brutalité passagère envers un cours irréprochable, n'indique point un parti pris de m'interdire cet office gratuit. C'est pourquoi, voyant approcher l'époque ordinaire, où, depuis dix-neuf ans, je rouvre ma tribune volontaire, je vous prie de m'assigner, à votre convenance, un prochain entretien, où je puisse assez motiver ma nouvelle demande de votre honorable patronage, afin d'obtenir ainsi, à partir du quatrième dimanche de janvier 1850, pour le même cours, l'usage de la même salle, ou, à son défiiut, d'une autre aussi convenable, tous les dimanches, de midi à 3 heures, jusqu'à la fin de juillet.
Votre zèle constant à cet égard m'inspire une entière confiance dans votre loyale disposition à me faciliter, autant qu'il dépendra de vous, un libre service dont vous reconnaissez l'utilité générale. Quelques dissidences secondaires, inévitables aujourd'hui entre les esprits les mieux ralliés, ne nous empêchent pas de concourir assez sur les principales bases de la vraie réorganisation mentale et sociale. Nous sommes tous deux des républicains sans date, qui, purs d'ambition privée, voulons diriger dignement la seconde partie de la grande révolution vers la régénération totale qui constitue sa seule issue possible. Vous sentez, autant que moi, combien il importe de former solide-
ment la raison populaire, pour la préserver radicalement des jongleurs et des utopistes. Assistant à rinauguration de ma libre chaire philosophique, en janvier 183 1, vous savez que j'invitais alors les classes dirigeantes à utiliser l'intermittence qu'allait éprouver, pendant quelques années, la fièvre révolutionnaire, afin d'adoucir et d'abréger ses succès ultérieurs, en favorisant la saine instruction des prolétaires, et même l'extension politique de l'esprit positif. Si ces avis, donnés à tous, eussent été moins négligés, la situation actuelle s'en trouverait mieux. Or, nous sommes aujourd'hui dans un cas semblable, mais beaucoup plus grave.
Par l'irrévocable avènement de notre république, le peuple a obtenu la consécration légale du principe, vers lequel il ne faisait alors que tendre, qui voue toutes les forces sociales à l'utilité commune, spécialement relative aux prolétaires. La présente contradiction entre ce principe moral et la conduite politique ne saurait être durable. Or, le principe ne pourrait fléchir que par une rétrogradation monarchique entièrement impraticable, et qui d'ailleurs, ne comportant aucune consistance, n'aboutirait, au nom de l'ordre, qu'à déterminer bientôtde plus violentes perturbations. Il faut donc, au contraire, que les conséquences deviennent prochainement conformes au principe, autant du moins que le comporte notre anarchie intellectuelle et morale. Votre politique est trop éclairée pour méconnaître la tendance rapide de notre situation républicaine vers une grande révolution socialiste, qui sera calme ou orageuse suivant la manière dont elle se trouvera pré-
parée et conduite. Tout véritable homme d*État, dirigé par une vraie théorie historique, qui indique la marche des événements, doit donc s'efforcer d'atténuer, autant que possible, ces prochains conflits, en secondant tout ce qui peut prévenir ou dissiper l'imminent ascendant des utopies subversives.
C'est à ce titreque je demande hautement aujourd'hui, non seulement une juste tolérance, mais un digne respect et un utile encouragement pour un sacerdoce philosophique dont l'expérience a déjà constaté Tefiicacité, et que seul encore je puis convenablement remplir. En se consacrant au maintien difiîcile de l'ordre matériel, le pouvoir temporel est maintenant forcé de négliger le désordre intellectuel et moral, sur lequel il n'a aucune prise réelle et dont il se voit même obligé d'admettre les principes essentiels, d'après la sanction légale des divers dogmes révolutionnaires. Dans cette position contradictoire, il devrait se féliciter qu'un philosophe éprouvé tentai publiquement de discipliner les esprits et les cœurs les plus rebelles, sans leur faire jamais une seule concession anarchique. Or, vous savez que tels furent toujours le sens et le résultat de mes longs efforts.
Les docteurs officiels ne peuvent attaquer l'esprit révolutionnaire sans constater leur propre impuis* sance, puisqu'ils redemandent pour cela les bases théologiques dont la décadence devint la première source de la crise décisive. Au contraire, le positivisme ne s'adresse directement qu'aux intelligences dégagées de toute croyance surnaturelle, et qu'une telle émancipation fait aujourd'hui supposer indisciplinables. Cest
cliez celles-là que la religion sociologique fournit aux saines notions sociales, sur Tordre, la propriété et la famille, des fondements beaucoup plus stables que ceux qui émanèrent jamais de la religion théologique. Au drapeau des niveleurs, nous pouvons seuls opposer dignement le drapeau des constructeurs. Nul des prétendus conservateurs n'est logiquement capable de réfuter avec succès aucune des utopies subversives, siins invoquer aussitôt la répression matérielle, qui ne fait qu'aggraver le désordre moral. Quoique la philosophie positive n'ait encore qu'un essor très restreint, ^lle a déjà ramené aux saines doctrines sociales et domestiques beaucoup de cœurs honnêtes et d'esprits judicieux que les opinions anarchiques avaient profondément atteints. Il serait étrange que le service désintéressé du nouveau pouvoir spirituel ne pût être secondé aujourd'hui par la simple concession d'une salle publique, tandis que tant de millions sont encore consommés légalement pour des croyances impuissantes ou dissolvantes.
Aussi, je dois espérer que l'aveugle brutahté commise envers la fin de mon cours sera bientôt réparée dignement. L'insuffisance de la Hberté d'exposition ne peut être maintenant excusée que par le danger des prédications anarchiques ou par le besoin de mieux préparer la reconstruction mentale. Aucun de ces deux motifs ne s'applique à un enseignement qui n*amena jamais le moindre désordre et qui tendit toujours à rectifier les aberrations révolutionnaires. Tout nouvel obstacle apporté à mon office philosophique autoriserait donc à penser que la compression
LETTRES A M. VIEILLARD îjs
actuelle est surtout due, non seulement à un intime sentiment d'impuissance • spirituelle, mais aussi au secret besoin de faire prévaloir des intérêts immoraux. L'entretien spécial, que je continue à vous demander, complétera les explications nécessaires que je viens d'ébaucher. Cette lettre, pleinement communicable, indique déjà les principaux motifs de la nouvelle concession officielle que je réclame^ non à titre de faveur, mais au nom d'une haute fonction moraie^ dont je suis le seul organe actuel (i).
Salut et fraternité.
Auguste Comte,
Auteur du Système de pbiî&sophie positive, {lo, rue Monsieur -Îe-Prince),
Jeudi soir 18 Frédéric 61 (22 novembre 1849).
A Monsieur VIEILLARD, Représentant du peuple.
Je crois devoir vous adresser ci-jointe une copie littérale de la remontrance personnelle que j ai envoyée avant-hier au ministre actuel des travaux publics, au
(i) On trouvera en appendice, à la fin du volume^ une lettre de M. Vieillard au Préfet de police, pour appuyer auprès de celui' ci la demande d'autorisation sollicitée par Auguste Comte*
sujet de son lâché silence sur la demande très simple que je lui avais faite d'après votre invitation spéciale. Vous voyez ainsi que je regarde la reprise de mon cours gratuit comme décidément ajournée jusqu'à la salutaire secousse qui mettra un terme, peu éloigné sans Joute^ à la plus vile rétrogradation qu'on ait encore tentce. L'oppression d'un tel enseignement pourra servir à l'histoire pour caractériser ceux qui, au nom de Tordre matériel, s'efforcent, au fond, de prolonger, autant que possible, l'anarchie intellectuelle et monilcj qui permet à tous les personnages sans cœur, sans esprit et sans caractère, de devenir successivementj à très peu de frais, les chefs officiels de la République française.
Salut et fraternité.
Auguste Comte.
{lo, rue Monsieur -h'Prince), Mercredi 9 Aristote 62.
A Monsieur FIEILLARD, Membre de la Commission consultative.
D;ins notre précieux entretien du 28 novembre, votre civique sollicitude fut justement frappée de mon
annonce relative aux salutaires conférences privées par lesquelles un digne et zélé positivisme (M. Lucas, pharmacien, Grande-Rue, à la Croix-Rousse) s'efforçait, depuis quelque temps, et avec beaucoup de succès, de ramener solidement aux vraies notions fondamentales de Tordre, les principaux prolétaires lyonnais enclins au communisme. Vous avez spécialement remarqué comment cette influence paisible et réfléchie avait récemment surmonté les tendances subversives invoquées par deux représentants en tournée anarchique^ suivant l'heureuse expression de M. Lucas. Ce noble et sage citoyen avait d'ailleurs annoncé ces conférences périodiques aux autorités de sa commune, qui voyaient avec plaisir un tel service. Je viens pourtant d'apprendre que M. Lucas a été dernièrement arrêté. Cette mesure inexplicable ne peut être due qu'à l'aveugle précipitation avec laquelle on procède trop souvent en ce moment. Je connais assez M. Lucas pour garantir pleinement sa constante opposition à tous les meneurs démagogiques, et sa ferme conviction de regarder le maintien scrupuleux de la tranquillité publique comme la première condition du vrai progrès social. L'un de mes jeunes amis, qui le vit à Lyon le 3 décembre, en se rendant à Paris, le trouva spécialement occupé à détourner de toute agitation politique les prolétaires dont il possède la confiance. C'est pourquoi je n'hésite point à vous demander, non seulement comme un service personnel, mais surtout au nom de l'intérêt public, de vouloir bien employer immédiatement votre haute intervention pour faire cesser cette injuste arrestation, et rendre, le plus promp-
tement possible, M. Lucas à sa respectable existence habituelle. Si vous croyez avoir besoin d'autres renseignements à ce sujet, je serai toujours prêt à vous les fournir, quand et comme vous le souhaiterez.
Salut et fraternité.
Auguste Comte.
{lo, rue Monsieiir-îe-Prince).
Lundi 13 Bichat 63 (E ^ décembre 1851).
P. S* — Le correspondant lyonnais qui m'apprend cette arrestation (M. A. Laurent, jeune ouvrier tisseur, à la Croix-Rousse), est lui-même aiteint d'un coup semblable, suspendu par sa présence actuelle à lliùpital de Lyon, pour une maladie chronique. Je sais depuis longtemps que M. Laurent est autant éloigné que M. Lucas de toute tendance subversive, et qu'il emploie à pacifier les esprits la grande considénition dont il jouit si justement parmi ses camarades, d'après son éminente nature morale et mentale convenablement cultivée par son éducation spontanée. Ainsi, j'espère que, en obtenant la libération de M. Lucas, celle de son digne ami en sera la suite immédiate. J'attacherais le plus grand prix à ce double service envers de fervents apôtres de la vraie religion de l'ordre.
A Monsieur le Sénateur VIEILLARD, à Paris.
Paris, le lundi 8 Frédéric 67 (12 novembre 1855).
J'attendais votre retour pour vous envoyer les deux exemplaires ci- joints de mon Appel aux conservateurs ^ publié depuis le commencement de septembre. D'api es cet opuscule, les hommes d'État de tous les partis peuvent sommairement apprécier l'aptitude du posîti* visme à concilier radicalement l'ordre et le progrès, en faisant toujours coïncider la discipline et la consécration.
Quand vous aurez lu l'exemplaire qui vous est destiné, je vous prie d'oflfrir l'autre à votre puissant élève ^ en lui témoignant ma reconnaissance pour la salutaire domination qui permet aux vrais philosophes de poursuivre dignement les méditations régénératrices. Sept heures d'attention peuvent aussi lui faire assez sentir que la synthèse universelle est maintenant capable d'inspirer des conseils réellement applicables à la politique nouvelle, qui manque à la fois de principe, de base et de but, faute d'une conception de l'avenir déduite de l'explication du passé. Dût-il même se borner d'abord à lire la conclusion, qui n'exige pas plus d*une
1 8o CORRESPONDANCE D'A UG USTE COMTE
heure, il y serait, j'espère, frappé de la proposition décisive dont l'adoption peut seule préserver la France, et par suite tout l'Occident, denouveaux orages, quand k dictature qu'il a fondée changera de mains.
Sans jamais chercher des contacts auxquels je suis peu propre, je dois toujours fournir les éclaircissements et les conseils qui me sont convenablement demandés. Ce devoir général m'est surtout prescrit envers quiconque se trouve en mesure d'utiliser ces communications pour le salut public. Je suis donc prct à développer, avec une respectueuse déférence, les explications, écrites ou verbales, que la lecture de cet opuscule pourrait faire souhaiter.
Salut et fraternité.
Auguste Comte.
(lo, rue Momieur-le-Prince).