UNE LETTRE A M. POLONCEAU
A Monsieur POLONCEAU, 42, rm Barbet-de-Jouy, faubourg Saint-Germain.
Le 3 Frédéric 62 (Jeudi 7 novembre 1850).
Monsieur,
Je ne regrette plus votre silence involontaire de dimanche dernier, depuis qu'il m'a valu la noble lettre dont vous m'avez honoré hier. Elle sera toujours conservée soigneusement parmi les principaux témoignages des précieuses sympathies qui ont, de temps en temps, embelli et soutenu ma vie publique. Une gratitude aussi profonde et aussi spontanée compenserait des fatigues bien supérieures à celles que me suscita le cours qui me l'a procurée. Elle doit m'ofFrir d'autant plus de prix que son organe a civiquement suivi toutes les phases antérieures de la grande crise occidentale, de manière à pouvoir mieux apprécier la doctrine qui seule peut en diriger la terminaison organique. J'ai déjà eu le bonheur d'obtenir quelques-uns de ces suffrages décisifs que recommandent spécialement une longue expérience et une haute impartialité. Mais aucun ne m'a jamais semblé aussi complet et aussi caractéristique. Je dois donc vous remercier, à mon tour, d'une adhésion qui augmente ma confiance dans le prochain ascendant de
h vraie religion finale. Cette touchante sécurité, dont k temps n'a pu altérer l'énergie, me fait mieux sentir l'opportunité de nos efforts continus pour inaugurer Tétat normal de l'Humanité, par l'avènement direct du régime pleinement rationnel et pacifique qui, comme %^ous le dites si bien, anéantira la misère, ou, sous un aspect plus général, développera partout Texistence domestique, presque concentrée jusqu'ici cUqz les classes les moins propres à la goûter.
Salut et fraternité.
(lO, rue Monsieur-le- Prince).