INTRODUCTION. XI
Tous les obstacles s'aplanissent successivement devant cette volonté puissante. Si l'argent manque dans les coffres de PÉtat, Buffon contracte des emprunts onéreux et fait hardiment toutes les avances nécessaires ; si le mauvais vouloir ou les calculs intéressés de ses voisins contrarient ses plans par de sourdes menées ou par d'injustes procès, il oppose son crédit et son infatigable constance aux ruses de la chicane. Il meurt sans avoir pu achever complètement son œuvre; mais ses plans seront exécutés, et son but est atteint.
L'esprit d'ordre et un rare bon sens, une réelle indépendance qui prend sa source dans une grande dignité de caractère, telles sont les qualités dominantes de l'homme extraordinaire dont il nous a été donné de révéler les plus secrètes pensées.
C'est dans le commerce intime de ce prodigieux génie qu'on peut apprendre à quel prix s'achètent les succès durables. Riche imagination, mémoire fidèle, esprit vif et pénétrant, voilà des dons précieux que la nature distribue à ses élus d'une main avare, et qui cependant sont frappés de stérilité, si le travail ne vient pas les féconder. Buffon, qui n'était pas dans les déshérités, fut avant tout le plus laborieux des écrivains. Il savait que, pour atteindre à sa perfection, une œuvre veut être longtemps méditée et travaillée plus longtemps encore. Aujourd'hui, on ne cherche qu'à se hâter en toutes choses; il faut qu'un livre, à peine conçu, soit achevé. Et cependant écrire vite et bien, produire sans efforts et créer pour l'avenir une œuvre impérissable, sont des idées qui s'excluent. Ce paradoxe peut