XII INTRODUCTION
flatter l'amour-propre, mais il répugne à la raison. Buffon, qui travaillait pour la postérité, vingt fois sur le métier remettait son ouvrage y il n'ignorait pas que la pensée n'est autre chose que la pierre brute que peut seul faire valoir l'art patient du lapidaire.
Tout grand édifice demande un grand travail; Buffon consacra à celui qu'il voulut élever toute une vie prolongée au delà des limites ordinaires, et prouva ainsi que, parmi les qualités qui font l'homme de génie, figurent au premier rang la patience et la force.
Le travail , c'est parfois le succès; c'est plus encore, Buffon nous le dira souvent, c'est toujours le bonheur.
Sa correspondance n'a pas le mérite littéraire des écrits si parfaits dus à la plume la plus patiente du dixhuitième siècle ; mais on y rencontre à chaque pas la trace des brillantes qualités qu'il avait reçues de la nature et dont il sut doubler la puissance par sa persévérance énergique. Ce langage familier sans bassesse, spirituel sans afféterie, l'expression naturelle et vraie des meilleurs sentiments, plaisent infiniment. De temps à autre, le grand écrivain se trahit, pour ainsi dire malgré lui, et des éclairs de génie illuminent tout à coup l'humble lettre. Ce sont des jugements jetés en passant, et qui étonnent par leur vérité et leur profondeur; ce sont de ces mots significatifs qu'il est difficile d'oublier et qui atteignent quelquefois, sans en avoir la prétention, à la plus haute éloquence. Lorsque les correspondants de Buffon sont des femmes, il semble aussitôt que le grave historien de la nature se transforme ; il redevient