A LEBRUN
Au Jardin du Roi, le l«f décembre 1760.
Je vous remercie, monsieur, de la belle ode2 que vous avez eu la bonté de m'envoyer; je l'ai lue avec un extrême plaisir, et j'y ai trouvé plusieurs traits qui supposent un beau génie et une âme tout aussi belle. Dans votre lettre , monsieur, vous avez mis entre le génie et le bel esprit une distinction bien forte3, mais qui n'en est pas moins juste ni moins heureusement appliquée. Si elle déplaît à quelques beaux, elle plaira à tous les bons esprits.
J'ai l'honneur d'être, avec beaucoup d'estime et de considération, monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur.
(Publiée, en 1811 , dans les OEuvres complètes de Lebrun.)
AU PRÉSIDENT DE RUFFEY
Paris, le 22 janvier 1761.
Je n'ai pas répondu dans le temps, mon cher Président, aux marques obligeantes de votre souvenir et de votre amitié, parce que j'étais malade et très-affligé de la perte de mon ami l'abbé Sallier1, que je regretterai toute ma vie. J'ai eu un rhume violent dont je ne suis pas encore quitte, et avec cela, il a fallu faire deux réponses et les prononcer en public2, la première à M. de La Condamine 3 et la seconde à M. Watelet4, qui viennent d'être reçus à l'Académie française. J'ai envoyé à M. Varenne un exemplaire du discours de La Condamine et de ma réponse pour vous être remis. Celle à M. Watelet n'est pas en-
core imprimée, et je compte vous l'envoyer aussi; vous verrez que je ne m'en suis tiré qu'à force d'être court. Nous avons encore deux autres places à remplir; l'une paraît destinée h M. de Limoges*, et je désirerais beaucoup que notre ami l'abbé Le Blanc pût obtenir la seconde. Je n'en désespère pas absolument, et je suis persuadé que vous en seriez fort aise.
Mes respects et les compliments de Mme de Buffon à Mme de Ruffey. Conservez-moi les mêmes sentiments d'amitié dont vous m'avez toujours honoré, et soyez sûr que personne n'est avec un plus sincère et plus inviolable attachement que je le suis , mon cher Président , votre très-humble et très-obéissant serviteur.
AU PRÉSIDENT DE BROSSES
Paris, le 11 février 1761.
M. de Fontette 4, que j'ai trouvé dimanche à Versailles, pourrait vous dire, mon cher Président, que ma première question, lorsque je l'ai vu, a été de demander si vous n'étiez pas encore à Montfalcon2. Je le croyais, et ne voulant pas qu'il vous en coûtât 6 fr. de port pour quelques plates paroles3, je me suis abstenu de vous les envoyer. Ne me grondez donc pas, je vous en supplie, car ce serait à tort. D'ailleurs, je ne veux pas que la nécessité des attentions diminue la confiance que j'ai dans votre amitié; elle m'est trop chère pour que je puisse imaginer de la perdre. L'abbé Le Blanc est en effet tout de bon sur les rangs pour l'Académie française, et quoiqu'il y ait beaucoup de gens qui sollicitent, les uns pour Marmontel, les autres pour Saurin4, les autres pour Batteux3, pour Trublet, etc., je crois que l'abbé Le Blanc sera élu, et je lui ferai part du désir que vous avez qu'il réussisse.
La succession de l'abbé Sallier ne consiste qu'en mobilier, et je ne crois pas, lorsque tout sera vendu, qu'il y ait plus de 30 ou 35000 livres0. Sur cette somme, il a fait ôter un legs d'environ 10 ou 12 000 liv. qu'il a fait à Mme de Monconseil7, à laquelle il a donné sa vaisselle et argenterie ; ensuite des legs de 4 à 5000 liv. pour des domestiques; un autre de 2000 liv. pour son exécuteur testamentaire. Otez encore 3 ou 4000 liv. de petites dettes, et au moins encore autant de frais funéraires, d'inventaires et de scellés, et enfin ce qu'il en coûtera pour les réparations d'un bénéfice où ni lui ni son prédécesseur bénéficier n'avaient jamais été depuis plus de cinquante ans ; je crains qu'il ne me reste pas assez pour faire le bien que j'avais projeté, qui était de donner à un pauvre neveu, que son oncle n'avait jamais connu , autant qu'il aurait eu s'il fût mort intestat. Je laisse toute cette affaire à discuter entre l'exécuteur testamentaire et les économats, et je pars la semaine prochaine pour retourner à Montbard, où j'espère demeurer jusqu'au mois de juin ou de juillet, et où vous devriez bien venir passer vos vacances de la Pentecôte; car je sais d'avance que vous n'en aurez point cette automne, puisque vous présiderez à la chambre des vacations. Mes respects, je vous supplie, à Mme de Brosses8, et tous mes compliments à M. votre frère9. Il me semble que, depuis que Voltaire réside en Bourgogne10, il est devenu furieusement babillard. Voyez seulement son épître à Mme de Pompadour, sa réponse à M. Déodatie, ses missives au sujet du roman de Rousseau ", dans lequel, par parenthèse, je trouve aussi bien du rabâchage, et vous m'avouerez que nos beaux esprits sont plus abondants que jamais, je ne dis pas en idées, mais en paroles. Mes mauvais yeux m'empêchent de lire, et ceci m'en dégoûte.
Adieu , mon cher Président, je vous embrasse bien sincèrement.
(Inédite. — De la collection de M. le comte de Brosses.)
A L'ABBÉ LE BLANC
Montbard, le 23 mars 1761.
J'ai été aussi surpris qu'indigné de cette élection à l'Académie française ! que vous m'avez apprise, mon cher ami. Vous avez raison : c'est plus contre Duclos, contre Voltaire et contre d'autres que l'on agit, que contre vous et que contre les autres aspirants. C'est le temps du régime des médiocres ; mais, quoiqu'ils soient en grand nombre et que ce nombre augmente chaque jour par le succès de leurs cabales, il faut espérer qu'ils ne réussiront pas toujours, et je sais bien bon gré à Saurin d'avoir vu tranquillement la plate préférence qu'ils ont donnée à l'abbé Trublet. Je voudrais, mon cher ami, que vous eussiez un peu de cette tranquillité ; les choses changeront de face, et peut-être à l'heure que nous y penserons le moins. Donnez-moi des nouvelles de la seconde élection2; car quelque dégoûté que je sois de l'Académie, j'y prendrai toujours intérêt à cause de vous. Mme de Buffon me charge de vous faire mille amitiés de sa part , ainsi que Mme et M. Daubenton; il compte arriver à Paris d'aujourd'hui en quinze jours. Je ne puis, mon cher ami, que vous renouveler les assurances du sincère et inviolable attachement avec lequel je serai toute ma vie votre très-humble et très-obéissant serviteur.
(Inédite. — De la collection du British Muséum. — M. Flourensen a publié un fragment.)
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