FRAGMENT D'UNE LETTRE A GUYTON DE MORVE AU
Mars 1762.
.... Le vrai bonheur est la tranquillité; le premier moyen de se le procurer est de la donner aux autres, et de laisser, comme disent les moines, mundum ire quomodo vadit. Au lieu que, sous le prétexte et même dans la vue de faire plus de bien, on fait nécessairement mille fois plus de mouvement qu'on n'en ferait ; et c'est ce mouvement qui trouble et perd tout.
.... Les règlements2 de vos nouveaux élus font gémir tout le monde. Ils ont si fort serré la mesure pour le payement des impôts, qu'il faudra mettre en prison la moitié de la province et achever de ruiner tous les pauvres, si l'on veut mettre à exécution ces beaux règlements.
(Ce fragment, tiré de la correspondance de Buffon avec Guyton de Morveau, a été publié par M. Bernard d'Héry, dans son édition des OEuvres de Buffon, Paris, an xi.)
AU PRÉSIDENT DE RUFFEY
Paris, le 13 mars 1762.
Permettez-moi, mon cher Président, de vous envoyer cijoint une rescription de 465 liv. que je vous prie de donner à M. Jobard, trésorier des gages du Parlement1, pour payement de quatre quittances qu'il vous remettra pour les années 1756, 1757, 1758 et 1759 de la capitation de mon père. Vous voudrez bien ensuite m'envoyer ces quatre quittances de M. Jobard. J'ai cru , mon cher monsieur, que vous me rendriez volontiers ce petit service ; je ne doute pas même que ,
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dans l'occasion, votre amitié ne m'en rendît de plus grands. Vous devez maintenant avoir reçu mes deux volumes ; car Brosses n'a pas voulu me les rendre, en me disant pour raison que M. de Neuilly2, qui est parti ces jours derniers, s'en était chargé pour vous. J'ai beaucoup vu et j'aime beaucoup notre ancien premier président3; il a beaucoup d'esprit, et n'est pas fanatique comme les trois quarts de votre Parlement. C'est une chose bien singulière que des gens se mettent dans la tête qu'en acquérant une charge de vingt ou trente mille francs, ils acquièrent en même temps la qualité de tuteurs des rois. C'est bien assez de l'être de sa propre personne , et il me paraît que celui de ces Messieurs qui a fait le libelle aurait mieux fait de prendre un tuteur qu'une charge4. Je suis enchanté de ce que vous n'êtes point dans cette vilaine bagarre, qui donne fort mauvaise opinion de nos têtes dijonnaises. Je vous embrasse, mon cher Président, avec toute la sincérité de l'attachement et des sentiments que vous me connaissez depuis si longtemps et que je vous ai voués pour toute ma vie.
(Inédite. — De la collection de M. le comte de Vesvrotte.)
A GUENEAU DE MONTBEILLARD.
20 mars 1762.
Grand merci, mon cher bon ami, de ce que vous avez terminé l'affaire de mon ordonnance; c'était un service important pour moi dans les circonstances présentes. Voici une lettre pour M. Salvan que vous aurez la bonté de lui remettre. Je le prie de retenir les 10 000 liv. qu'il m'avait avancées, et de me renvoyer la reconnaissance que je lui en ai donnée. Je lui marque aussi que j'ai tiré sur lui un mandat de 6863 liv. 2 s. 10 d. que la veuve mère Lucas lui pré-
sentera le 3 ou le 6 de ce mois pour faire un payement qui échoit le 8, et je compte que M. Salvan ne manquera pas d'acquitter ce mandat de 6863 liv. 2 sous 10 deniers. Et h l'égard des dix mille livres qui restent sur le montant de l'ordonnance de 26 863 liv. 2 sous 10 deniers, je prie M. Salvan de me garder cette somme de 10 000 liv. et de me marquer dans quel temps il lui conviendra de me la payer ; car je ne voudrais pas le presser de me donner ces dix mille livres, puisqu'il a eu la bonté de m'avancer pareille somme que j'ai gardée plus d'un mois.
Je suis très-flatté, mon bon ami, que vous ayez adopté mes corrections. Vous en trouverez moins dans le second cahier de la copie que j'ai l'honneur de vous envoyer ci-joint; mais vous en trouverez beaucoup plus dans le troisième et dernier cahier, que je vous renverrai dans quatre ou cinq jours. Vous verrez même peut-être avec regret que j'ai sabré de longues tirades tout entières; mais il n'y a pas une correction ou suppression dont je ne puisse vous donner la raison, et, si j'étais auprès de vous, je crois que vous seriez de mon avis. Je vous ai déjà dit, mon bon ami, que l'ouvrage était trop long et que j'avais tâché de le raccourcir et de resserrer un peu le style. Je pense que, tel qu'il est maintenant, l'on n'aura plus de reproche à vous faire. Enfin j'ai traité vos feuilles comme les miennes, et, si j'avais été près de vous, vous auriez pu les rendre encore plus parfaites ; mais il y a mille et mille choses sur lesquelles on ne peut s'expliquer ou s'entendre par lettres; j'espère cependant que vous apercevrez les raisons des abréviations lorsque vous lirez ce troisième cahier de copie. 11 ne vous était pas possible d'y maintenir le même ton de gaieté, puisque tous les faits en sont assez tristes, et, au défaut de gaieté, j'ai cru qu'il fallait y substituer de la brièveté. C'est à vous maintenant à me corriger moi-même; en relisant votre ouvrage avec attention, vous pourrez encore y semer quelques fleurs1. Puisque votre sort est fixé d'une manière stable , vous reprendrez bientôt votre sérénité et votre
aimable enjouement2. Vous vous voyez à la vérité obligé à un travail pénible; mais vous, avez toujours travaillé, et je suis persuadé que vous le faites avec tant de facilité que cela vous coûte peu, et sûrement moins qu'à vos amis, auxquels vous ne pouvez pas donner le temps que les affaires vous prennent.
Je suis inquiet de votre ami M. Varenne3. Mandez-moi où en est sa malheureuse affaire. Je vous embrasse tous deux, et je suis, mon cher bon ami, autant à vous qu'à moi-même.
Buffon.
(Inédite. — De la collection du British Muséum.)
AU PRÉSIDENT DE RUFFEY
Paris, le 14 janvier 1763.
J'ai reçu, mon cher Président, avec la plus grande joie, les nouvelles marques de votre amitié; elle me sera toujours également présente, également précieuse, et tous mes regrets sont de n'en pas jouir aussi souvent que je le désire. Il y a longtemps que je n'ai eu le plaisir de vous voir; vous ne venez plus à Paris, vous ne voulez plus venir à Montbard, et j'en suis très-fâché. A votre place, je craindrais moins les raisons de poitrine, et je les écouterais patiemment et uniquement pour ne pas les entendre. C'est ma méthode avec Mme votre belle-mère ; aussi nous ne sommes pas absolument mal ensemble.
Je vous remercie de la liste que vous m'avez envoyée. Vous avez depuis deux ans décoré votre Académie de beaux noms, et en même temps vous l'avez renforcée de bons sujets ; cela vous fait beaucoup d'honneur ; car le tout est dû à votre zèle, et je suis persuadé qu'avec le temps cet établissement, qui a été plus de vingt ans à naître, deviendra très-utile1.
J'avais coutume d'envoyer à l'Académie un exemplaire de l'Histoire naturelle, à mesure que les volumes ont paru; mais je ne sais si les derniers, c'est-à-dire le huitième et le neuvième , ont été envoyés , et je vous supplie de me le faire savoir. Je serai toujours enchanté de donner à votre compagnie cette faible marque de mon respect.
Recevez aussi, mon cher Président, les sincères assurances de mon tendre attachement, et assurez, je vous en prie, Mme la présidente de Ruffey des mêmes sentiments et de tous nos respects.
(Tirée des archives de l'Académie de Dijon, et publiée en 1819, par C. X. Girault)