‹ Correspondance inédite de Buffon (volume 2)Chapitre 69 sur 80 · LXXXVIII · texte numérisé non relu

LXXXVIII

Note 1, p. 105. — François Gueneau de Mussy, frère de Gueneau de Montbeiilard, subdélégué de l'intendance, maire de Semur depuis 1763, s'occupa, à l'exemple de son frère, de l'étude de l'histoire naturelle. Il avait fait construire dans le jardin de son hôtel, à Semur, une vaste tour dans laquelle il avait rassemblé de riches et curieuses collections de zoologie et de minéralogie. Il se livrait avec zèle à des observations météorologiques, et souvent il apporta à Buffon le fruit de découvertes dont il ne pensa jamais à s'attribuer l'honneur. Sa bibliothèque fut celle d'un homme d'étude, fort complète et enrichie des meilleurs ouvrages et des plus précieuses éditions ; la bibliothèque du marquis de Thiard, son compatriote et son ami, dont les débris vinrent par la suite grossir les richesses de l'hôtel Bouhier, mérita seule de lui être comparée.

Note 2, p. 106. — Jacques-Philibert Guenichot de Nogent, né le 30 juin 1736, mort le 10 mars 1794, fut pourvu d'un office de conseiller au parlement de Bourgogne, sur la résignation de Bénigne Bouhier deLantenay. 11 fut reçu dans cette compagnie le 18 juillet 1757. Il prit une part active à la polémique ardente engagée entre le Parlement et Varenne. 11 dénonça à sa compagnie un ouvrage deVarenne ayant pour titre : Registres du parlement de Dijon durant la Ligue. Le livre fut supprimé; mais l'exil du Parlement empêcha que cette affaire

fût poussée plus loin et ne prît la gravité de celle qui l'avait précédée, et qui avait donné au nom de Varenno une célébrité chèrement achetée.

Note 3, p. 106. — Il est ici question d'un procès que les habitants de Marmagne, village situé à une demi-lieue de Montbard, intentèrent à l'abbé de Fontenet, leur seigneur, qui venait de faire reconstruire le déversoir d'un des étangs de l'abbaye, de telle sorte que les eaux inondaient en toute saison les terres voisines. Buffon s'intéressa à cette affaire, et prit parti pour les habitants de Marmagne, qui gagnèrent leur procès devant le Parlement.

Note 4, p. 10Ô. — Lorsque Buffon arriva au Jardin du Roi, il habita, à l'exemple de son prédécesseur, les bâtiments destinés à l'intendant. Le Cabinet du Roi se composait alors de deux salles étroites et mal éclairées; une troisième pièce renfermait les squelettes, que l'on ne montrait pas au public; les herbiers étaient entre les mains du démonstrateur de botanique; tout le reste du corps de logis était consacré aux appartements de l'intendance. Bientôt, et grâce à l'activité de Buffon, les collections s'augmentèrent; elles envahirent petit à petit les appartements de l'intendant, et, en 1766, Buffon dut quitter définitivement le logement qui lui était attribué. Il prit une maison à loyer rue des Fossés-Saint-Victor, à peu de distance du Jardin. Des galeries nouvelles furent créées, et les collections , auxquelles l'espace ne manquait plus, purent être classées et montrées au public. Les galeries étaient alors au nombre de quatre : dans les deux premières on plaça les animaux; les minéraux occupèrent la troisième; la quatrième fut attribuée au droguier et aux diverses productions du règne végétal. Les galeries ainsi distribuées étaient ouvertes au public deux fois par semaine; les autres jours demeurèrent réservés aux élèves.

Note 5, p. 106. — On lit dans les mémoires de Bachaumont : « 1er novembre. — L'Académie française procédera jeudi prochain, 6 de ce mois, à l'élection du successeur de feu M. llardion ; il paraît que M. Thomas est le seul aspirant, à l'exception d'un président du parlement de Bourgogne. » — « 6 dudit. — M. Thomas a été élu aujourd'hui pour successeur de M. llardion. »

Note 6, p. 106. — Gabriel-François Coyer, né en 1707; mort le 18 juillet 1782, fut comme l'abbé Le Blanc, auquel l'amitié de Buffon faillit valoir le fauteuil académique, un candidat malheureux

aux suffrages de l'Académie. Bien que jésuite, il aima fort Voltaire, et projeta de passer chaque automne plusieurs mois à Ferney; mais Voltaire y mit bon ordre, et fit entendre à l'abbé que l'hospitalité de Ferney n'allait pas aussi loin, <r Don Quichotte, disait-il à ce propos à ses amis, prenait les auberges pour des châteaux, mais l'abbé Coyer prend les châteaux pour des auberges. x>

Note 7, p., 106. — A la mort d'Hardion, son confrère à l'Académie des belles-lettres, le président de Brosses, poussé par ses amis, par Buffon avant tous les autres, se mit sur les rangs pour lui succéder à l'Académie française. Sa position dans le monde, ses écrits qui l'avaient fait connaître du public, le signalaient depuis longtemps déjà aux suffrages de l'Académie. Lorsque le Président apprit que Thomas, appuyé par Voltaire et tout le parti encyclopédique, se mettait sur les rangs, il retira sa candidature. Thomas fut très-sensible à cette démarche et en manifesta sa reconnaissance au Président, dont l'élection au premier fauteuil vacant semblait désormais assurée.

Note 1, p. 107. — Le Mémoire sur l'inoculation de son fils, lu par Gueneau de Montbei'llard devant l'Académie de Dijon, à la séance du

21 décembre 1766 (Voy. les notes 2, k et 5 de la lettre lxxxv, p. 342).

Note 2, p. 107. — Thomas vint siéger à l'Académie française le

22 janvier 1767. Le jour de sa réception, le comte de Clermont, prince du sang, était directeur, et comme tel chargé de répondre au nouvel élu, En son absence, le prince de Rohan-Gueménée remplit ce devoir en homme de cour et en même temps en homme de lettres. Son discours fut bref et d'un style noble et élevé. Le discours de Thomas fut plus long, mais fort applaudi. On y remarqua un portrait de l'homme de lettres, qu'il place au-dessus de tous ceux qui peuvent apporter quelque gloire ou rendre quelques services à leur pays; audessus de l'homme d'État, de l'homme de guerre, du législateur même. On doit mentionner un autre discours académique de Thomas qui eut un grand retentissement dans le public. Le 6 septembre 1770, en qualité de directeur de l'Académie, il eut à répondre au discours de l'archevêque de Toulouse, élu à la place du duc de Villars. A la séance assistait lu comte de Vasa; parmi les académiciens présents se trouvait l'avocat général Séguier, auquel le parti encyclopédique ne pardonnait pas ses réquisitoires contre les livres dénoncés par la

Sorbonne commo dangereux ou immoraux. Un passage du discours de Thomas fut surtout écouté dans un profond silence. Dès les premières lignes on y vit une allusion évidente. Il parlait de ces hommes en place auxquels leur vanité fait désirer d'être de l'Académie, et que leur intérêt pousse ensuite à la trahir en calomniant les lettres; de ceux qui désavouent en public des hommes qu'ils estiment en particulier, et qui cherchent à tuer la liberté de la parole pour servir le pouvoir. M. Séguier, en sortant de la séance, alla se plaindre au chancelier Maupeou, qui fit aussitôt demander à Thomas le manuscrit de son discours. Le clergé, de son côté, qui assistait en corps à la séance de l'Académie, se plaignit de ce que Thomas, dont les doctrines philosophiques étaient connues, eût choisi précisément le jour de la réception d'un évèque, rendue plus solennelle par le grand nombre de prélats qui étaient venus rendre honneur au nouvel élu, pour faire une sorte de profession de foi de sa doctrine, et les associer ainsi indirectement à ses maximes et à ses idées. L'Académie fit une enquête au sujet de cette affaire ; on donna tous les torts à M. Séguier, et il fut décidé que, sans prendre contre lui une délibération qui soulèverait de nouveaux orages, l'Académie n'aurait plus de communication avec un de ses membres qui se montrait hostile à son esprit, hostile aussi à ses travaux. Le zèle de M. Séguier pour la religion, et ses réquisitoires contre les livres qui, à ses yeux, en combattaient les principes, le firent mettre par le parti encyclopédique au même rang que Fréron, le rédacteur de l'Année littéraire, et l'ennemi le plus acharné et le plus constant des philosophes. On fit à ce sujet l'épigramme suivante :

Entre Séguier et Fréron

Jésus disait à sa mère :

a Enseignez-moi donc, ma chère,

Lequel est le bon larron? »

L'archevêque de Toulouse , par la façon prudente et sage avec laquelle il agit dans toute cette affaire, s'attira la reconnaissance de l'Académie. De son propre mouvement il fit des démarches auprès du clergé, afin d'empêcher une dénonciation au Roi; et, par un excès de délicatesse, lorsqu'il fut décidé par le chancelier que le discours de Thomas ne paraîtrait point, il retira son manuscrit de l'imprimerie et ne voulut pas, de son côté, que son discours fût publié. Mais M. Séguier ne pardonna pas, et, le jour où l'éloge de MaroAurèle fut lu à l'Académie, il dénonça le livre au chancelier Maupeou, qui s'opposa à l'impression.

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Note 1, p. 108. — M. de Morges, conseiller d'honneur au parlement de Grenoble, était seigneur de Venarey, terre située à une très-petite distance de Montbard, avec un château tout nouvellement bâti en 1730 par Mme de Brun. Le projet d'acquisition dont parle cette lettre ne se réalisa pas.

Note 2, p. 108. — Buffon voulait acheter une terre pour son fils. Le fermier de ses forges lui ayant fait perdre, dans une gestion peu habile, des sommes importantes, ce projet ne se réalisa qu'en 1784, époque à laquelle Buffon acheta la terre de Quincy.

Note 3, p. 108. — Le seigneur de Grignon était alors Jean-Baptiste- Antoine Bretagne d'Orain, fils d'un conseiller au parlement de Bourgogne.

Note 4, p. 108. — François Queneau, écuyer, maire de Semur, avait acheté, en 1749, de Marie Bruslard, duchesse de Luynes, la seigneurie de Mussy-la-Fosse, dont il prit le nom.

Note 5, p. 108. — Mme de Scorrailles, dont il a été précédemment question (voy. la note 1 de la lettre lxxxii, p. 332) fut, avec Mme de Montbeillard, la plus intime et la plus fidèle amie de Mme de Buffon. M. de Scorrailles, son fils, servit dans le même régiment que le jeune comte de Buffon, et devint, avec un autre compagnon d'armes, le chevalier de Contréglise, son plus constant ami. Mme de Scorrailles appartenait à une des plus anciennes familles de la Bourgogne, dont une branche subsiste aujourd'hui avec honneur à Chalon-sur-Saône

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Note 1, p. 109. — Jean-Étienne Bernard de Clugny, né le 20 novembre 1729, mort le 18 octobre 1776, entra au parlement de Bourgogne le 26 novembre 1748. En 1760, il fut nommé intendant à Saint- Domingue; en 1764, il devint intendant de la marine à Brest; de là il fut envoyé à Perpignan; puis, en 1766, à Bordeaux, où il remplaça M. Esmangard. Le président de Brosses, prononçant l'éloge de Bernard de Clugny devant sa compagnie, a laissé de lui le portrait suivant :

oc Durant sa jeunesse passée à Dijon dans le sein du Parlement^

il avait montré tout le feu, toute la véhémpnce que donne cet âge, tout le talent que la nature accorde, toutes les connaissances, toute la capacité qu'on n'acquiert qu'avec le temps. Une figure agréable, uneélocution nette, un discernement prompt, un travail clair et facile, le goût du monde et l'esprit des affaires le rendaient également propre à la magistrature et à la société. 11 n'avait jamais exercé aucun emploi sans être jugé digne d'un plus considérable. »

Note 2, p. 110. — Le 7 août 1767 , Bernard de Glugny fut reçu membre honoraire de l'académie de Dijon. Cette compagnie ne tarda pas à se féliciter de son choix; car M. de Clugny lui fit parvenir, à diverses reprises, des objets curieux, et notamment une fort belle collection de coquillages, de plantes marines et de poissons desséchés, qui fut placée dans son Cabinet d'histoire naturelle.

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Note 1, p. 110. — Fin-Fin est le nom sous lequel sera le plus souvent désigné le fils de Gueneau de Montbeillard; le fils de Buffon est le plus souvent aussi appelé Buffonet.

Note 2, p. 110. — Le charmant moucheron, terme familier qu'employait Gueneau de Montbeillard pour désigner Mlle Boucheron (Mme Daubenton) sa nièce. Il l'appelle aussi quelquefois le charmant hanneton. Ces sobriquets, qui donnent une assez juste idée de la personne, se retrouveront souvent dans la correspondance de Buffon.

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Note 1, p. 111. — Joseph-Jérôme Lefrançais de Lalande , né a Bourg en Bresse le 11 juillet 1732, mort à Paris le k avril 1807, aimait la popularité et l'astronomie à ce point que plusieurs fois on le vit faire sur le Pont-Neuf un cours d'astronomie au public, qui s'arrêtait pour l'écouter. 11 avait soin d'annoncer dans les journaux, la veille, que de telle heu;e à telle heure un astronome serait sur )e Pont-Neuf pour expliquer te! ou tel phénomène céleste. Par la suite la police, que les rassemblements dont il était la cause finirent par inquiéter, lui fit défendre de faire aucune démonstration ailleurs qu'à lObservatoire.

Note 2, p. 111. — Il s'agit d'un mariage dont s'occupaient alors Buffon et Gueneau de Montbeillard. On verra par la suite Butfon entamer d'autres fois encore avec son ami des négociations de cette nature ; son désir d'obliger l'empêchait de songer à la responsabilité que sa bienveillante entremise lui faisait encourir.

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Note 1, p. 111. — Butfon était seigneur engagiste du domaine du Roi à Montbard, dans lequel se trouvaient compris des bois importants.

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Note 1, p. 112. — La mère de Gueneau de Montbeillard venait de mourir.

Note 2, p. 112. — Potot de Montbeillard, beau-frère de Gueneau de Montbeillard, entra de bonne heure au service, et se distingua dans l'arme de l'artillerie par 6on savoir et parson habileté. Buffon, dans le temps où il s'occupait de ses expériences sur les fers, sur la force et sur la durée de la chaleur, eut recours aux conseils de Potot de Montbeillard. 11 cite son nom, à plusieurs reprises, dans l'Histoire naturelle, comme celui d'un homme dont l'expérience lui fut utile, et dont l'opinion doit être écoutée.

Buffon dut à Potot de Montbeillard l'idée d'une de ses plus intéressantes expériences sur la chaleur, celle qui consiste à observer la force et la durée du calorique sur un grand nombre de boulets de différents calibres, rougis au feu. Dans une lettre de Gueneau de Montbeillard envoyée de Paris à sa femme, on trouve sur son beaufrère le passage suivant : «M*** a persuadé à M. de Buffon que ton frère lui avait donné des faits faux au sujet de ces boulets rOugis au feu pour les diminuer, et qu'il les lui avait donnés tels par esprit de cabale. M. de Buffon a eu l'honnêteté de ne m'en point parler ; s'il m'en parle, je justifierai l'accusé tant qu'il ne me sera pas prouvé qu'il a tort, je veux dire un tort de méchanceté; car c'est celui qu'on lui impute. » Buffon ne crut pas aux mauvaises intentions qu'on voulait prêter à Potot de Montbeillard. Toute sa vie il l'honora de son estime et de son amitié et se servit de son crédit chez les ministres pour contribuer à son avancement. A la mort- de Potot de Montbeillard, arrivée au mois de décembre 1778, il 'obtint du Roi une pcni 23

sion pour sa veuve et ses enfants, qui n'avaient qu'une médiocre fortune.

Note 3, p. 112. — Gueneau de Montbeillard fournit différents articles d'agriculture à V Encyclopédie, dont Panckoucke était l'éditeur. Charles- Joseph Fanckoucke, né le 26 novembre 1736, mort le 19 décembre 1798, attacha son nom aux deux plus grandes œuvres du dix-huitième siècle : il fut l'éditeur de l'Histoire naturelle et de YEnci/clopédie. D'une hardiesse extrême, il se lança dans d'importantes entreprises de librairie qui ne furent pas toutes heureuses, et dont sa fortune se ressentit. Ce fut d'ailleurs un éditeur modèle; il se conduisit toujours généreusement avec les auteurs dont il publia les ouvrages, et de ce côté, ses affaires n'en allèrent pas plus mal. Il a laissé une brochure sur le-moijen d'augmenter le bonheur d'une partie de la nation sans nuire à personne, dans laquelle il parle surtout de la bonne organisation des spectacles (1781), et un livre ayant pour titre : De V homme et de la reproduction des différents individus, qui peut servir d'introduction et de défense à l'Histoire naturelle. Les derniers volumes de ce grand ouvrage furent payés par lui jusqu'à 12000 livres. Durant toute sa vie, Buffon n'eut qu'à se louer de son éditeur, et jamais un nuage ne vint troubler les relations qui s'étaient établies entre eux.

Note 4, p. 113. — L'article du coq fut le premier que fournit Gueneau de Montbeillard à l'Histoire naturelle; il venait de succéder à la collaboration de Daubenton. On pourra suivre désormais la part qu'il prendra à la rédaction des volumes de l'Histoire naturelle qui vont successivement paraître.

A mesure que Buffon avançait dans sa vaste entreprise, il comprenait mieux l'immensité de la tâche qu'il s'était imposée. Accablé par les recherches sans nombre auxquelles l'obligeait la nature de ses études , obligé de dépouiller les mémoires des naturalistes étrangers et des correspondants du Cabinet, il sentit bientôt qu'il ne pourrait suffire à de semblables travaux, et chercha dans une collaboration les moyens de les continuer. Les premiers volumes de l'Histoire naturelle avaient paru sous son nom et sous le nom du docteur Daubenton, son compatriote et alors son ami. Le travail que fournit Daubenton pour l'Histoire naturelle fut bien plutôt un travail à part qui enrichit l'ouvrage, qu'une collaboration utile qui en hâta l'achèvement: cette collaboration, au reste, fut de courte durée. Le docteur, avec un cœur droit et une intelligence très -profonde, était cependant d'une extrême susceptibilité. Son amour-propre s'offusquait de peu, et une fois prévenu, il était impossible de le faire revenir. Quelle fut la cause

qui l'éloigna de Buffon? Je l'ignore, mais elle fut des plus insignifiantes, et jamais Buffon n'en a parlé à ses amis ; jamais il ne s'est plaint d'un procédé dont il avait cependant droit de s'étonner. En effet, ce fut lui qui tira Daubenton de son obscurité, lui aussi qui le fit entrer au Jardin du Roi, et à certains jours, Daubenton, lui rendant justice, se plaisait à dire : « Sans Buffon, je n'aurais pas passé dans ce Jardin cinquante années de bonheur. » La cause de cette séparation ne fut pas l'édition de l'Histoire naturelle qui parut à l'Imprimerie royale, en 1774, et dans laquelle ne se trouvent pas les notes anatomiques de Daubenton. On voit que bien avant cette époque la collaboration de Daubenton avait cessé. S'il s'est montré blessé d'un procédé auquel, mieux que personne, il savait bien que Buffon était demeuré étranger, il a eu tort. Le libraire Panckoucke, sans consulter Buffon et pendant un long séjour de ce dernier à Montbard, cédant aux instances répétées d'une certaine classe de lecteurs qui demandaient la suppression des triparties de M. Daubenton, eut l'idée de cette édition et la livra au public. Ce fut une entreprise de librairie, et non point un complot contre l'œuvre de Daubenton. Cuvier, en faisant son éloge, dit : « Daubenton oublia tellement les petites injustices de son ancien ami, qu'il contribua depuis à plusieurs parties de l'Histoire naturelle, quoique son nom n'y fût plus attaché.... » C'est une erreur; Daubenton ne se rapprocha jamais de Buffon, et comme ce dernier, loin de s'être rendu coupable envers lui de petites injustices, dont il serait difficile de citer un seul exemple, avait toujours mis son plaisir à lui rendre service, il ne chercha point à reconquérir une amitié qu'il avait perdue sans motif.

Privé de l'aide de Daubenton, Buffon s'adressa à Gueneau de Montbeillard. Celui-ci, à la prière de son ami, rédigea l'article du coq. Mme de Montbeillard nous apprend avec quel désintéressement ces premiers travaux furent entrepris et avec quelle bonne foi Buffon leur rendit justice.

Je trouve, dans la correspondance de Gueneau de Montbeillard, deux lettres dans lesquelles il se plaint des procédés de Daubenton à son égard. Le caractère doux et prévenantde Montbeillard, sa simplicité et sa modestie, assez grandes pour ne donner d'ombrage à l'amourpropre de personne, ne permettent pas de penser que les torts fussent de son côté. Si Daubenton se conduisit ainsi avec Montbeillard, dont il n'avait reçu que des marques d'affection et d'estime», s'étonncrat-on désormais de ses procédés envers Buffon? On comprendra peutêtre alors qu'il est inutile d'attribuer à Buffon des torts qu'il n'eut jamais, la retraite de Daubenton s'expliquent tout naturellement par la susceptibilité maladive de son caractère et par son mécontentement

de voir une œuvre, entreprise en commun, ne pas mériter à l'un et à l'autre la même part d'éloges. En 1773, Gueneau de Montbeillard, qui était alors à Paris, écrivait à Semur deux lettres dans lesquelles se trouvent les passages suivants :

A MADAME GUENEAU DE MONTBEILLARD

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