CORRESPONDANT DU CABINET DU ROI
Paris, le 4 avril 1777.
Je viens de recevoir, monsieur, votre lettre datée de Montpellier, du 27 mars, et je joins ici une lettre pour M. Boriès, docteur en médecine à Cette, qui fera encore plus son effet en passant par vos mains. S’il me fait un envoi de poissons préparés , Je jugerai mieux de la valeur de son secret.
Vous me ferez plaisir de m’envoyer ce que vous avez écrit sur les kakatoès et les loris , et il ne restera plus que les perroquets proprement dits, et les perruches de l’ancien continent. L’on commence à imprimer le quatrième volume de rilistoire des oiseaux; il sera fini dans quatre mois, et, si M. Gueneau de Montbeillard se trouve alors en retard, je compte commencer le cinquième volume par le long article des perroquets. Ainsi, ne perdez pas de temps, je vous en prie, à travailler sur ce sujet et à m’envoyer tout ce que vous aurez fait.
Puisque vous ramassez des coquilles sur notre côte de la Méditerranée, vous pourriez m’en envoyer une petite caisse, en ne prenant qu’un individu de chaque espèce, et bien conservé; mais il ne faut pas laisser le poisson dans la coquille, pour éviter l’infection. Nous n’avons pas besoin de matières de volcans , à moins que ce ne fût quelque morceau qui vous parût singulier....
Votre peüt ara’ ne jure plus, mais il ne prononce que
deux ou trois petits mots ; il est bien maigre, et il continue de perdre beaucoup de plumes ; il ne veut manger ni pain , ni soupe, ni graines, et ne veut que du sucre et du biscuit, ce qui pourrait le trop échauffer ; peut-être il se portera mieux lorsque sa mue sera entièrement passée....
J’ai l’honneur d’être, monsieur, votre très-humble et trèsobéissant serviteur.
Le comte de Buffon.
(Publiée dans l'édition de l’Histoire naturelle donnée par Sonnini.)
CXGVI
■ A M. DE MAUREP.VS*.
* Au Jardin du Roi, le 16 avril 1777.
Monseigneur,
Daignez faire attention , je vous supplie, à la situation de M. Sonnini de .Manoncour. Jetez les yeux sur son mémoire*, et, si mes prières peuvent ajouter quelque chose à votre équité bienfaisante , recevez-les avec bonté ainsi que les assurances du dévouement et du respect sans borne avec leqüet j’ai l’honneur d’être,
Votre très-humble et très-obéissant serviteur.
Le comte de Buffon.
(Inédito. — Communiquée par M. BoiUy.)
A M. RIGOLEY
Au Jardin du Roi, le 9 mai 1777.
Comme mon plus proche voisin, monsieur, et comme ayant contribué de vos conseils et de vos soins à l’établissement de mes forges, j’ai l’honneur de vous envoyer la pre-
mière des aiîiches que je compte distribuer dans quelques jours pour les affermer'. On m’a déjà fait des propositions*; mais je ne veux pas les délivrer sans concurrence, et surtout sans que vous soyez averti le premier. Vous connaissez d’ailleurs tous les sentiments de l’estime et du véritable attachement avec lesquels j’ai l’honneur d’être, monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur.
[Inédite. — Appartient à Mme Morel.)
Buffon.
A MADAME NECKER
. Montbard, le 22 juin 1777.
Madame et très-respectable amie ,
On doit vous présenter de ma part un muet qui ne laissera pas de vous parler da moi, et que dès lors vous recevrez avec bonté. Cependant il ne vous dira jamais ce que mon cœur me dit tous les jours, et que moi-même je ne pourrais vous exprimer. Mais vous suppléerez à notre défaut d’organes par votre céleste intelligence, et vous me pardonnerez ce petit moyen que j’ai cherché de m’approcher de vous, ma tout aimable et très-respectable amie.
Buffon.
Mille tendres compliments et respects à M. Necker.
(Inédite.)
A M. DE FAUJAS DE SAINT-FOND
Montbard, le 13 juillet 1777.
J’ai toujours différé, monsieur, de répondre à vos lettres très-obligeantes, parce que j’espérais d’abord avoir l’honneur
de vous voir à Paris avant mon départ, et ensuite parce que j’imaginais que vous vous abouclieriez avec M. Daubenton, garde du Cabinet, auquel j’ai remis tout ce que vous avez eu la bonté de m’adresser, et que vous pourriez revoir soit au Cabinet , soit entre ses mains.
J’ai déjà une souscription de votre bel ouvrage'; du moins j’ai donné ordre au sieur Lucas d’en prendre une cliez votre libraire, et cela ne m’empêchera pas de recevoir avec plaisir un autre exemplaire de votre main. Cela fera que votre livre ne me quittera pas, et que je l’aurai à Paris et à la campagne.
J’ai l’honneur de vous envoyer ci-joint un petit mot pour M. le comte d’Angeviller, et je suis persuadé qu’il vous procurera la signature de Sa Majesté comme vous le désirez. J’envoie celte lettre à cachet volant , pour que vous la lisiez.
Si vous êtes encore à Paris vers la fin du mois prochain ou au commencement du mois de se])lembre , j’espère que j’aurai le plaisir de vous y voir, et de vous assurer de tous les sentiments de la respectueuse estime avec lesquels j’ai l’honneur d’être, monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur.
Büffon.
(Inédile. — De la collection de M. de Faujas de Saint-Fond.)
GG
A L’ABBÉ BEXON'.
Montbard, le 27 juillet 1777.
Je. suis très-satisfait, monsieur, et même plus que content; car on ne peut se plaindre que du trop de travail qu’a dû vous coûter la composition des articles que vous m’avez envoyés. Il y a en général trop d’érudition, et vous ne voulez pas qu’en comparant ces articles avec ceux qui sont impri-
UK BUFFON.
més, on voie qu’on a redoublé de science mythologique et d’érudition assez mutiles à l’histoire naturelle. J’en retrancherai donc beaucoup, et j aurai 1 honneur de vous envoyer dans peu le premier cahier corrigé de ma main ; cela vous servira d’exemple pour ceux de la suite. Mais, je vous le répète, monsieur, je suis parfaitement satisfait, et vous pouvez continuer, attaquer la famille des hérons', et suivre ensuite la cl^se de tous les autres oiseaux de marais. Vous en avez pour du temps, et je trouve que vous en avez beaucoup fait pour le peu de semaines que vous y avez employées. Tâchez, monsieur, de faire toutes vos descriptions d’après les oiseaux mêmes; cela est essentiel pour la précision. Je sais bon gré à M. Daubenton le jeune de vous donner toutes les facilités nécessaires. Recevez les assurances des sentiments de toute l’estime et de tout l’attachement avec lesquels j’ai l’honneur d’étre, monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur.
CüFFON.
(Publiée en l'an VIII dans le Conienafeur , ou Recueil de morceaux inédits, par François de Neufcliàteau ; et, eu 1844, par M. Flourens.)
A MADAME >EGK£R.
Monlbard, le 4 août 1777.
Ma très-respectable amie,
Comment avez-vous pu douter un instant du vif et très-sinçère intérêt que je prends à ce qui vous touche? Personne au monde n’a peut-être ressenti plus de joie, puisque l’avénement de M. Necker* n’a été que l’accomplissement de mes désirs. Vous devez tous deux en être bien persuadés, et, si vous vous rappelez notre conversation de la veille du départ, vous reconnaîtrez que non-seulement je désirais, mais que je prévoyais tout ce qui est arrivé; et lorsque vous saurez, ma
respectable amie, les motifs qui m’ont empêché de vous écrire, vous ne m’en estimerez qu’un peu davantage.
Il faut que vous sachiez qu’au moment même où j’ai appris cette nouvelle qui m’a fait tant de plaisir, et depuis ce moment, j’ai été tourmenté chaque jour de demandes et de sollicitations par tous les gens qui savent que vous etM. Necker avez des bontés pour moi. Je n’ai trouvé d’autre moyen de défaite, qu’en disant que je n’étais point en relation par lettres avec lui ; et, comme je n’aime pas mentir non plus qu’importuner mes amis, je ne vous ai point écrit en effet. Cependant, dans ce grand nombre de gens, il y en a quelques-uns que je ne puis m’empêcher de vous recommander, autant néanmoins-que cela pourra s’accorder avec les vues de notre grand homme.
1” M. de Varenne*, mon ancien ami, que vous avez vu chez moi, madame, et que vous avez bien voulu recevoir chez vous, homme très-honnête, très-éclairé et très-malheureux. Il craint que M. Necker ne veuille pas se servir de lui , et qu’on ne supprime son bureau; cependant personne, j’ose le dire, ne le servirait plus fidèlement et plus utilement.
2° Deux hommes, M. de Grignon, chevalier de Saint-.VIichel, et M. d’Antic’, celui-ci recommandé par Mme la duchesse de Villeroy*, et le premier par son seul mérite, demandent une inspection des manufactures à feu. Cette partie des arts en a grand besoin, et je joins ici ma prière à leurs demandes. .M. de Grignon surtout a fait un ouvrage excellent sur les manufactures de fer, et je ne connais personne en France qu’on puisse lui préférer, si l’on établit une place d’inspecteur des forges , comme cela me paraît nécessaire.
Je m’arrête, ma très-respectable amie, et je jette au rebut vingt autres demandes, quoiqu’il y en ait encore deux ou trois auxquelles je m’intéresse. Mais, je vous le répète, il m'en coûte beaucoup d’importuner mes amis. Sachant d’ailleurs que vous ne vous mêlez d’aucune affaire, je me borne à vous prier de communiquer ma lettre, et je vous laisse en-
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[1777] DE nUFFON. 33
suite mattresse de l’oublier. Souvenez-vous seulement, ma très-respectable amie, des tendres sentiments que je vous ai voués, et avez lesquels je serai toute ma vie, madame, votre très-humble et très-obéissant serviteur.
Büffon. ■
(Inédite.)
A GITÎNEAU DE MOMBEILLARD-
MontbarJ, Ip 4 août 1777.
V cher bon ami, dont je me fais honneur d’étre en même temps le bon voisin, j’ai lu les ortolans avec plus de plaisir que je ne les aurais mangés. Cependant je les ai envoyés tout de suite à la broche de l’Imprimerie royale, et si les bruants et les bouvreuils sont déjà un peu avancés, vous aurez du temps pour les autres ; car ceux de ma composition qui suivent immédiatement le bouvreuil feront cent pages d’impression, en y comprenant les cottingas, qui sont de la vôtre, et qui me paraissent entièrement achevés.
Je vous saurai bien bon gré de proiiter de ce petit loisir pour achever la traduction du Progrès de l’esprit hwnain'. Le prince de Gonzague en pétillé de joie et d’impatience, et, à tous égards, il mérite qu’on fasse pour lui ce qu’il désire. Il est enchanté de vous et de ma bonne amie ; il en parle avec enthousiaine, et me charge môme de joindre ses hommages à mes respects pour elle ; mais vous devriez tous deux faire la partie de nous venir voir. Sur cela je vous embrasse et lui baise les mains.
Buffon.
Cette lettre est écrite de la main d’un secrétaire, et non signée; les lignes qui suivent sont de la main de Mme Xadault.
Puisque vous avez mis un mot pour la petite bête dans la lettre du grand homme, elle vous remerciera dans sa lettre même et vous dira tout le plaisir que j’ai eu de vous revoir
CORHESPONDANCE
bien portante! si gai. Je vous renvoie la lettre que j’avais emportée hier. En lisant tout haut les caractères de La Bruyère, nous avons trouvé deux phrases qui allaient à merveille à notre Apollon, les voici : qu’en pensez- vous?... (Le rate manque.)
(Inédite. — De la collection de Mme la baronne de La Fresnaye. M. Flourens en a publié un extrait.)
A MADAME DAUBENTON
Au Jardin du Roi, le 28 novembre 1777.
Le diable se mêle un peu de mes afl'aires, ma très-chère enfant, et je ne crois pas que je puisse partir de Paris avant Noël. J’en suis très-fâché; car, indépendamment du plaisir que j’aurais à vous revoir, le grand mouvement de ce pays-ci me fatigue et m’ennuie*. Je vous suis obligé des informations que vous me donnez au sujet du chevalier Bonnard’; j’en ai fait bon usage, et j’ai le meilleur augure du succès de la demande que j’ai faite pour lui. Il m’a chargé de vous faire mille res[>ectueux compliments; cependant il ignore que je vous aie consulté sur sa naissance. En tout, c’est un très-bon . sujet, et je serai charmé d’avoir contribué à son avancement. Je voudrais bien qu’il me lût possible de faire de même quelque chose pour votre cher oncle Potot de Montbeillard ; mais, tant que Gribeauval’ aura l’autorité, il n’y a nulle justice à espérer ni de bonnes raisons à faire valoir. Cependant je vous prie de lui dire, lorsque vous aurez occasion de le voir, que M. de Maillebüis m’a promis de parler en sa faveur; et il ferait bien lui-même dans cette circonstance d’écrire au chevaliei‘ Bonnard, qui pourrait lui rendre service par M. le duc de Mortemart*, chez qui il demeure, et par ses auti es amis. Votre pauvre oncle est dans le cas d'employer toutes les ressources et toutes les personnes qui lui veulent du bien, et
avec cela j’ai grand’peur qu’il n’obtienne rien, par la mauvaise volonté de Gribeauval. Je viens de remettre à Lucas l’ordre du thermomètre que vous demandez pour M. le 'fhéologal*; on l’exécutera avec soin, et j’espère qu’il en sera satisfait. Je vous prie de lui faire faire mille et mille sincères compliments de ma part. Embrassez aussi la charmante Betzy; baisez-la, puisqu’elle est si jolie; ce sont là le^ plaisirs les plus purs de la vie. Recevez aussi mes tendres et respectueux hommages, ma très-chère bonne amie.
Büffon.
(Inédite. — De la collection de H. Henri Hadault de BuCTon.)
CGIV
A M. L’ABBÉ BEXON.
Au Jardin du Roi, le 5 décembre 1777.
M. de Buffon fait ses compliments à .M. l’abbé Bexon, et le prie de ne venir que dimanche, parce que demain, samedi, il ne pourrait le recevoir. M. l’abbé Bexon en aura d’autant plus de temps pour arranger les fauvettes.
(Publiée par François de Neufchâteau et par M. Flourens.)
CGV
AU PRÉSIDENT DE RLFFEY
Montbard, le 9 janvier 1778.
J'ai été enchanté, mon très-cher Président , de recevoir de vos nouvelles à .Montbard, où je suis arrivé depuis quelques jours , et je ne doute pas de la sincérité ni de la constance de votre amitié; j’en juge par la mienne, qui ne se démentira jamais. Je voudrais bien que quelque affaire de votre terre
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de Montfort vous y appelât pendant mon séjour 5 Montbard , où je compte rester jusqu’après Pâques; et, à propos de cette terre où M. de Chaumelle est venu cet automne, on croit dans le pays que c’est à lui qu’elle appartiendra. 11 me semble cependant, mon cher Président, que ce n’était pas tout à fait là votre intention.
Ce.n’est point un traité sur la vieillesse *, mais seulement quelques réflexions en cinq ou six pages que vous trouverez dans mon quatrième volume de Supplément à l’iüstoire naturelle , dont je vous envoie le mandat , que vous pourrez prendre chez .M. Frantin. .Mille re.spects, je vous supplie, à Mme la présidente de RufTey, et mille très-humbles compliments et amitiés à .M. votre tils. Je serai toute ma vie, avec les mêmes sentiments que vous m’avez connus, votre trèshumble et très-obéissant serviteur.
Buffon.
(Inèilile. — De la collection de M. le comte de Vesvrotle.)
CGVI
A MADAME NECKER
Montbard, le 2 février 1778.
Tous les jours et à presque toutes les heures de ma vie , mon cœur s’élève délicieusement à vous, ma très-respectable et tout aimable amie. Je vous vois au milieu du tourbillon d’un monde inquiet, environnée dé mouvements orageux, pressée d’importunités ennuyeuses', conserver votre caractère inaltérable de bonté , de dignité, et ne pas perdre ce sublime re[!Os, cette tranquillité si rai’e qui ne peut appartenir qu’à des âmes fermes et pures, que la bonne conscience et la noble intention rendent invulnérables. Je vous admire tous deux autant que je vous aime; mais je vous dois à tous deux plus que de l’amitié , plus que du respect. Je jouis de ma re-
UE BUFFüN.
connaissance autant que vous pouvez jouir de vos bienfaits.
M. Dufresne’ ni’a prévenu, de la manière la plus honnête, . que mon affaire est comme terminée; vous y avez répandu le souffle de vie depuis le premier de l'an jusqu’à la fin de mes jours. Vous animez tout ce qui respire auprès de vous , et dans l’éloignement vos lettres font mon bonheur. Adieu, mon adorable amie; mille respects à notre grand homme, et mille tendresses à votre charmante enfant.
Boffon.
(laédite.)
CCYII
A L’ABBÉ BEXON.
Montbard, le 5 fdvrier 1T78.
Je vous envoie, mon très-cher abbé, la copie de tous les articles sur les pics et martins-pêcheurs, tirée des extraits. J’ai vérifié que VHistoire générale des voyages n’a été extraite que jusque et y compris le sixième volume ; ainsi vous pouvez commencer votre travail à la Bibliothèque du Roi , en commençant par le septième volume. Cela nous sera trèsutile; mais il faut vous borner à extraire seulement les articles qui qnt rapport aux oiseaux qui nous restent à donner, et dont je crois vous avoir laissé la liste, en commençant par les perroquets, qui doivent être à la tête du sixième volume.
Je vous envoie ci-joint le travail que j’ai fait sur cette famille si nombreuse d’oiseaux, et je vous prie, mon cher monsieur, de vous en occuper de préférence , lorsque vous serez quitte des pics et des martins-pêcheurs.
Vous voudrez bien suivre ma distribution et ma méthode pour les perroquets. Je les divise d’abord en deux grandes classes ; ceux de l’ancien continent et ceux du Nouveau- Monde. Dans la première classe je place ;
1° Les kakatoès, sur lesquels vous trouverez un petit cahier de six pages ;
COBUESPONnANCE
2" Les perroquets proprement dits, sur lesquels je n’ai encore rien recueilli , et que vous travaillerez tout à neuf;
3“ Les loris, sur lesquels je vous envoie un cahier de six pages.
Dans la classe du nouveau continent , les premiers sont :
1“ l>es aras, sur lesquels vous trouverez environ vingtquatre pages d’écriture ;
2* Les amazones, un cahier de vingt-huit pages;
3» Les papegais, huit pages. J’y joins un cahier de notes intitulé : Les perroquets, et qui a treize pages.
Ensuite viennent les perruches , dont il faut faire un traité séparé, et qui doit suivre celui des perroquets, en distinguant, autant qu’il est possible, les perruches de l’ancien continent de celles du nouveau, et aussi celles qui, dans chaque continent , sont à queue longue ou à queue courte , à queue étagée ou non étagée , etc. Vous trouverez sur cela trois cahiers, l’un de vingt-deux, le second de huit, et le troisième de vingt et une pages.
Voilà une bien longue et bien ennuyeuse besogne, dont néanmoins nous sommes plus pressés que d’aucune autre, et je vous serai très-obligé de ne vous occuper des oiseaux de rivage que quand vous aurez épuisé nos perroquets. Je vous enverrai dans huitaine la copie de tous les extraits qui ont rapport aux perroquets, et qui ne laissent pas d’être considéraldes. Ce travail me fait peur pour vous aussi bien que pour moi , car je suis persuadé (jue nous ne nous en tirerons ’ pas à moins de cent trente pages d’écriture. Je travaille au préambule, .qui sera court, et qui ne contiendra que les qualités particulières et les rapports qui distinguent ces oiseaux de tous les autres, et qui leur donnent, par la faculté d’imiter la parole, quelque relation avec cette faculté de l’homme, .S’il vous vient quebpies idées' sur la nature en général de ces oiseaux, vous me ferez plaisir aussi de me les communiquer. Surtout ne vous pressez pas, mon très-cher abbé ; ménagez vos petites entrailles, et ne vous excédez sur rien, pas ’
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DE BÜFFÛN.
même sur le désir de m’obliger. Je compte que vous en avez ici pour plus de deux mois; mais, lorsque cet article sera achevé, j’aurai plus de trois cents pages pour l’impression, car tous les articles suivants sont faits jusqu’aux hérons, et il ne faut songer à ces hérons qu’après les perroquets. Le cinquième volume ne laisse pas d’avancer. M. Mandonnet’ doit vous envoyer une épreuve pour rectiiier un passage italien d’Oliva*, qui a été mal copié, et que je n’ai pu vérifier ici, ayant prêté ce livre à M. de Montbeillard. Je vous prie de corriger les fautes qui se trouvent dans ce passage.
J’ai reçu vos notes et celles de M. Daubenton sur les barbus, et j’en fais usage.
Toutes les personnes qui ont entendu lire la belle ode de M. Lebrun* s’accordent à l’admirer; mais toutes conviennent aussi qu’elle est un peu trop longue, et qu’il y a trois ou quatre strophes moins belles que les autres, qu’on pourrait en retrancher. Je n’ai pas besoin de vous avertir, mon cher monsieur, de ne faire usage de cet avis qu’avec le plus grand ménagement : c’est pour la plus grande gloire de l’auteur que nous parlons ici. Je vous renouvelle, avec le plus grand plaisir, les sentiments d’estime et de véritable attachement avec lesquels j’ai l’honneur d’être, monsieur, votre trèshumble et très-obéissant serviteur.
Buffon. ^
(Publiée par François de NeuTchâleau et par M. Floursns.)
GCVIII •
AL' MÊME
Montbard, le U février 1178.
Je viens, mon très-cher abbé, de recevoir nos calaos, sur lesqu'èls vous avez fait un travail méthodique dont je suis parfaitement content. J’ai écrit un billet à M. Daubenton le jeune', pour qu’il ail à nommer calao du Malabar, et non
pas calao des Philippines , celui que nous avons vu vivant. Je le prie de faire aussi une planche enluminée des quatre becs du calao rhinocéros, du calao à casque rond, du calao des Philippines et du calao d’Afrique, et, au moyen de cette représentation de bec, tout deviendra plus clair.
Vous comptez onze espèces de calaos; je les réduis à dix, parce que le calao à bec rouge du Sénégal, qui est le vrai lock, dont j’avais fait la description à part, est le môme oiseau que le calao à bec noir du Sénégal. Celui-ci est l’oiseau jeune, et l’autre à bec rouge est l’oiseau adulte. Ce fait m’a été assuré par M. Sonnini , qui m’a dit avoir élevé de ces oiseaux au Sénégal; mais comme vous avez observé un rudiment d’excroissance sur le bec noir que vous n’avez pas vu sur le bec rouge , il se pourrait que ce fût ce même bec noir qui fût l’oiseau adulte, et le bec rouge l’oiseau jeune. Ceci n’est qu'un doute, qui peut-être même n’est pas fondé; car il y a des oiseaux, tels que les pigeons, qui ont de petites protubérances sur le bec quand ils sont jeunes , et qui s’effacent en vieillissant. Il se pourrait donc en effet que le calao à bec noir fût le jeune, et l’autre l’adulte. Quoi qu’il en soit, il ine parait certain que tous deux ne font que le même oiseau.
Une seconde observation, c’est que le calao décrit par Petiver’, d’après KameP, dans les Transactions phitosopliiqucs , n’est pas le même que notre calao des Plulippines. C’en est une espèce voisine, ou du moins une variété. Vous n’aurez, pour en être assuré, qu’à comparer la description de tous deux. Je vous enverrai l’qrticle entier de ces oiseaux dès qu’il sera copié.
Je vous remercie aussi de la bonne note que vous m’avez donnée sur lejoli touraco; au reste, vous verrez par rébauche de ce travail qu’il y aura encore beaucoup à retoucher, et j’attendrai vos rétlexions et vos ob.servations pour l’achever. Le préambule même n’est pas encore, à beauconp près, comme je le désirerais. J’ai interposé les descriptions du calao à casque rond, du calao d’Abyssinie , etc.
Je viens de recevoir une lettre de M. Lebrun , avec son ode sur la campagne d’Italie du prince de Conti‘; il y a de trèsbelles strophes et de magnifiques images; mais en tout cette ode n’est pas aussi sublime que celle qu’il m’a adressée. On y reconnaît néanmoins le pinceau du génie dans plusieurs endroits. J’aurai l’honneur de lui répondre dès que j’aurai quelques moments de loisir; mais actuellement les ouvriers des bâtiments et des travaux de mes forges m’occupent prodigieusement : j’ai bien de la peine à dérober quelques heures pour nos oiseaux.
Je suis très-fàché qu’on ait si mal servi la Bibliothèque du Roi, et je tâcherai, à mon retour, de lui procurer un meilleur exemplaire de mes ouvrages. Vous ferez mes compliments à iM. Lebrun, ainsi qu’à M. l’abbé Üesaunais*. Vous ferez mes hommages très-sincères à Mme votre mère et à Mlle votre sœur, et j’espère que vous ne douterez jamais de tous les sentiments d’amitié avec lesquels j’ai l’honneur d’étre, mon cher monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur.
Buffon.
N. B. — Vous trouverez ci-joint tout ce que j’ai pu recueillir sur les perroquets.
Vous pourriez peut-être me dire , mon cher abbé, ce que c’est qu’un M. Champlain de La Blancherie*, qui se dit à la tète d’une société littéraire, et qui demeure à l’ancien collège de Bayeux , rue de la Harpe. 11 m’a écrit une grande épître , comme si tous les gens de lettres devaient s’intéresser à son entreprise, qui se réduit à une espèce de journal, sous le titre de Nouvelles de la République des Lettres. Je crois que tout cela n’est écrit que pour avoir des souscriptions, et je suis étonné que notre ami Panckoucke ne s’oppose pas à tous ces nouveaux journaux qui font du tort au sien
(Publiée par François do Xcufdiâteau et par M. Flourens.)
CORRESPONDANCB
A MADAME NECKER
MoiitbaM, le 19 février 1778.
Tous les jours, madame et très-respectable amie, vous me donnez de nouvelles marques de vos insignes bontés; tous les jofrs je vous ai de nouvelles obligations. Pindure Lebrun est transporté de l’accueil que vous avez fait à son ode sur le prince de Conti, et il est si flatté de ce que vous avez eu la bonté de lui dire sur la mienne, qu’il me prie de l’aider à vous en marquer sa respectueuse reconnaissance. Je m’en acquitte avec grand plaisir, toutes les occasions de m’entretenir avec vous, mon adorable amie, étant clières à mon coeur. Votre amour pour le bien, votre discernement exquis, toutes vos hautes vertus me sont toujours présentes, et les traits de cette amitié particulière dont vous m’honorez me sont si glorieux, que je n’en échappe aucun'. Je vois par une lettre de M. de Scliouwalofî’ que vous avez eu la bonté, madame, de lui parler avec éloge de mon ouvrage sur les Époques. Vous voudriez porter ma réputation aux extrémités de la terre, üue ne vous dois-je pas à tous égards, ma tout aimable amie? Je ne pourrai jamais m’acquitter avec vous ; mais au moins recevez les assurances des sentiments constants et profonds de mon tendre respect et de mon entier dévouement.
Duffon.
(Inédite. — Au dos de cette lettre est écrit de la main de Mme Necker : Remercitr du chtoreuil.)
DE BÜFFON.'
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