‹ Correspondance inédite de BuffonChapitre 9 sur 133 · CLXXXVIII · texte numérisé non relu

CLXXXVIII

A M. DE BURBURE,

LIEUTEKAKT DE CAVALERIE ET HEMBRE DE l’aCADEHIE DE CnALONS-SUR-MARNE.

Quoique vous étendiez , monsieur, mon système des molécules organiques au delà des bornes que j’ai cru devoir lui prescrire , je trouve que vous avez mis dans ce grand sujet l’intelligence du génie et la netteté du style jointes à de grandes recherches. Il m’a seulement paru que , dans le recueil des faits que vous avez rassemblés , il y en a quelques-uns qui ne méritent aucune croyance, et je serais fâché, si vous publiiez cet ouvrage*, de vous voir taxer d’un peu trop de crédulité. Je vous renverrai votre manuscrit avec quelques marques au crayon qui sufBront pour vous indiquer les passages que je trouve hasardés.

J’ai l’honneur d’être, monsieur, votre très-humble et trèsobéissant serviteur.

. Büffon.

(Inédite. — Nous devons la communication de cette lettre à l’obligeance de H. Deullin. )

GLXXXIX

A MADAME NEGKER.

Montbard, le 2 janvier 1777.

Je réponds à ma très-respectable amie :

Que je ne crois pas plus qu’elle à la transmigration des âmes, mais que je ne puis m’empêcher de croire fermement à leur communication ; car je ne reçois pas un billet d’elle où je ne trouve quelques-unes de mes pensées * ; or elle sait que la pensée est l’essence de l’ûme. La mienne participe donc

à votre essence divine , et cette communion , qui fait ma gloire , ferait aussi mon bonheur, si nos désirs étaient les mêmes. ■ Vous exigez trop, me dira-t-elle; a-t-on jamais commencé lettre ou billet par un argument en forme et suivi d’une demande contraignante? Soyez content que je pense comme vous, et tâchez seulement de sentir comme moi! »

Eh bien , dans la dispute avec charmant génie Gonzague *, je pense et sens comme belle âme Necker ; l’esprit sera de son côté , mais toute raison est du nôtre. Il faut bien qu’il y ait plus de grands écrivains que de penseurs profonds , puisque tous les jours on écrit excellemment sur des choses superficielles. Fénelon Voltaire et Jean-Jacques ne feraient pas un sillon d’une ligne de profondeur sur la tète massive des pensées des Bacon des Newton , des Montesquieu ; sans compter celui que vous voyez un peu colosse depuis qu'il fait corps avec le bien public. Pour moi , je l’ai toujours vu grand , et tout aussi grand qu’il l’est, noble et élevé autant que ses envieux sont petits et rampants. Je supplie ma très-respectable amie de lui faire agréer cet hommage de mon cœur. Je ne pourrai vous faire ma cour à tous deux que dans le mois prochain; la très-mauvaise saison et un peu de mauvaise santé me retiendront ici pendant le gros hiver. Recevez mes regrets et mes vœux avec cette même bonté que vous m’avez si souvent témoignée, et que je ne puis mériter que par le zèle et le respect que je vous ai voués.

Büffon.

Mme Daubenton, qui a, dit-elle, eu l’honneur de passer un jour entier avec vous, madame, dans son dernier séjour à Paris , me charge de vous présenter ses respectueux hommages.

(Inédite.)

COnnESPONDANCE

ex G

AU PRESroENT DE BROSSES.

Mombarü, la 13 jtnviar 1777.

Je VOUS envoie, mon très-cher Président, mon chétif portrait* et mon cœur qui dans tous temps fait des vœux pour votre bonheur. M. Panckoucke vous fera sa révérence, et, s’il manque à votre bibliothèque quelqu’un des volumes de mon ouvrage , il pourra vous les faire donner par Frantin. Un bon Anglais de mes amis me prie instamment de vous recommander MM. Cambell. Vous me ferez plaisir de leur dire que je vous en ai parlé. ,\dieu,monbon ami; vous savez combien je vous suis tendrement dévoué. .Mme Daubenton, qui entre auprès de moi , me prie de vous faire mention d’elle.

Nos respects très-humbles à Mme la Présidente.

Buffon.

(Inédite. — De la collection de M. le comte de Brosses.)

AU PRÉSIDENT DE RUFFEY

Montliard, le 13 janvier 1777.

J’ai reçu de vos nouvelles avec la plus grande satisfaction , mon très-cher Président. En quelque temi»s que vous me donniez des marques de votre amitié, elles me sont toujours également chères et précieuses; car il y a peu d’iiommes que j’aime et que j’estime autant que vous. Ces sentiments sont aussi invariables qu’ils sont anciens chez moi , et je serais comblé de joie si vous pouviez faire encore cet été une petite partie de Montfort, qui m’assurerait de vous posséder quel-

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qucs jours à Monlbard. J’y suis encore retenu par la mauvaise saison et par un peu de mauvaise santé, car je ne l'ai pas aussi ferme que vous, et j’ai été enchanté d’en juger par moi-même et de voir que l’âge n’a rien diminué de vos forces ni de votre activité.

Quoique j’aie pris la plus grande part à l’établissement de M. votre fils je n'ai pu vous la témoigner comme je l’aurais désiré, pendant mon séjour à Paris; car j’ai d’abord été entraîné par une multitude d’affaires, et, comme je commençais à être un peu débarrassé et que j’espérais pouvoir vous voir à mon aise et vous recevoir avec M. votre fils et sa jeune dame, j’appris à votre hùtel que vous étiez parti deux jours auparavant, et j’eus bien du regret d’avoir manqué cette occasion de vous témoigner ainsi qu’à M. votre fils toute la part que je prenais à votre satisfaction.

Je vous remercie bien sincèrement de la part que vous avez la bonté de prendre à cette statue que je n’ai en effet ni mendiée ni sollicitée, et qu’on m’aurait fait plus de plaisir de ne placer qu’après mon décès. J’ai toujours pensé qu’un homme sage doit plus craiiuh'e l’envie que faire cas de la gloire, et tout cela s’est fait sans qu’on m’ait consulté*. Vous n’avez pas besoin d’exemple pour vous animer à faire le bien ; vos monuments de bienfaisance , tant à l’Académie qu’ailleurs , valent mieux qu’une statue , car ils sont vivants dans le cœur de tous les honnêtes gens.

Je vous prie de faire mention de moi à M. votre fils , et de faire passer les .assurances de mon respect à Mme de Ruffey, Je leur suis ti-ès-sincèrement dévoué comme à vous, mon très-clier Président. C’est avec un véritable et l’espectueux attaclicmeut que je serai toute ma vie votre très-humble et très-obéissant serviteur.

Buffon.

(InéUite. — Uo la oolletlion de M. le comte de VesTroUe.)

CORUESPONDANCE

CXGII

AU PRÉSIDENT DE BROSSES

Montbard, le 3 mars 1777.

Jamais, mon très-cher et respectable Président, je n’ai reçu un présent qui fût plus selon mon cœur que les trois volumes de votre bel ouvrage Je devrais cependant vous gronder de ce qu’étant aussi bon par sa personne, vous l’ayez encore si magnifiquement habillé. Il n’avait nul besoin de cette parure, surtout auprès de moi, qui me suis empressé de lire quelques-uns des endroits indiqués par votre lettre. J’ai regret d’être à la veille de mon départ pour Paris, surchargé d’affaires qui m’empêchent d’en faire la lecture entière; car je suis sûr que j’y verrai partout votre Ame et votre génie. Et combien n’en fallait-il pas pour une pareille production? C’est une divination qui suppose non-seulement une profonde connaissance des mœurs et du costume, mais encore exige une hauteur de vue et une finesse de discernement que je ne connais qu’à vous. Je ne vous parle pas du style; quoique simple et majestueux, il pourrait ne pas plaire à nos faiseurs d’historiettes ou de contes moraux. Pour moi , je le trouve très-convenable à la chose, et sur le tout je vous fais compliment du meilleur de mon cœur. Je suis persuadé que cet ouvrage vous fera beaucoup d’honneur auprès môme des érudits les plus revêches, qui, n’ayant pas entendu votre excellent traité de la mécanique du langage, entendront peut-être mieux la belle langue de Salluste en français. Je vous écrirai de Paris (où je serai dans six jours) tout ce que j’entendrai dire; et pour vous dire d’avance ce que j’en pense, c’est qu’il n’y a pas un seul de nous autres quarante qui eût fait cet ouvrage, non-seulement pour la partie de divination, mais pour celle de la précision et de la combinaison des recherches. Tâchez de venir à Pâques, ou du moins à la

Pentecôte. Je séjournerai tout ce temps avant de revenir à Montbard. Mille respects à Mme la première Présidente, et mille tendresses à votre très-cher fils. Adieu, mon très-illustre et respectable ami ; personne ne vous estime et ne vous aime plus que moi , parce que personne ne vous connaît autant dans toute votre étendue.

Bufton.

[laèUite. — De la collection de M. le comte de Brosses.)

CXGIII

AU PRÉSIDENT DE RUFFEY

Montbard, le 3’mars 1777.

C'est avec bien de la sensibilité et toute reconnaissance , mon très-cher Président, que j’ai reçu les beaux vers dictés par votre amitié*. Si j’ai différé de vous répondre, c’est que j’aurais voulu vous les envoyer imprimés, et je les avais donnés pour les mettre dans un journal ; mais ces M.M. les journalistes, surtout ceux qui sont poètes eux-mêmes, ne se’ soucient que de leurs propres vers. Cependant je crois que les vôtres le seront, et, assurément, ils méritent bien d’être rendus publics. Quoique trop flatteurs pour moi, vous avez su néanmoins y conserver un caractère de noblesse, de simplicité et de vérité, qui ne peut que faire honneur à votre esprit et à votre cœur. Je vous en réitère tous mes remercîments , sans pouvoir vous exprimer combien j’ai été touché de cette marque éclatante de votre estime et de votre amitié. Je pars dans deux jours pour retourner à Paris ; donnez-moi vos ordres si je peux vous y être de quelque utilité. Si vous vous déterminez à vendre la terre de Montfort , avertissezmoi ; je sais quelqu'un qui pourrait y penser. Mille respects à Mme la présidente de Ruffey et à M. votre flls ; c’est dans

ces mêmes sentiments que je serai toute ma vie, mon trèsdicr Président, votre très-humble et très-obéissant serviteur.

UUFFOU.

(Inédile. — De la collection de M. le comte de Vesrrotte.)

GXCIV

A M. DE FALJAS DE SAINT-FOND '

Au Jardin du Roi, le 28 mars 177*.

A mon retour à Paris , mon.sieur, j’ai trouvé la collection choisie des matières volcanisées que vous avez eu la bonté de m’envoyer pour le Cabinet du Roi, et j’ai reconnu qu’elle a été faite avec autant de discernement que de connaissances. Cela me donne une grande curiosité de lire votre Mémoire , et je désirerais qu’il fut déjà publié, parce que je profiterais de vos observations et des lumières que vous aurez répandues sur cet objet. J’eu ferais même un usage assez prompt, parce que je vais imprimer un volume de supplément à ma Théorie de la terre, dans lequel l’article des volcans tiendra une place assez considérable , et je serais enchanté de vous citer avec les nouvelles découvertes qu’ont produites vos recherclies *.

J’ai eu l’honneur de vous répondre, monsieur, avant d’avoir vu votre collection, et je ne me souviens pas bien si je vous ai envoyé un mandat pour les quatre premiers volumes in-4 de la nouvelle édition de mes ouvrages; en tout cas c’est mon intention, et je vous supplie de me marquer si vous avez reçu ce mandat.

Les deux volumes suivants sont sous presse , et toute l’édition pourra être finie dans dix-huit mois. Je vous l’offre, nonseulement avec plaisir, mais comme un hommage dû à votre mérite. C’est dans ces sentiments et avec une respectueuse

considération que j’ai l’honneur d’être, monsieur, votre trèshumble et très-obéissant serviteur.

Le comte de Büffon.

(loédite. — De la collection de M. de Faujas de Saint-FondJ

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